Chapitre 13 : La Mission Impossible

978 Words
Le Départ et la Peur de l'Épouse ​La nuit était tombée sur Bouda. Le temps pressait ; l'audience devant le Fon était dans six jours. La seule solution était qu'Amira retourne à Yaoundé. ​Japhet était livide d'inquiétude. — C'est trop dangereux, Amira. Clarisse ne te laissera pas entrer dans mon bureau. Elle sait que nous cherchons une preuve. ​— Je suis la seule qui peut y aller, Japhet. Tu es en résidence surveillée, et si Kouemou se déplace, Tshameni s'en apercevra. Moi, je suis l'étudiante, la "fausse enceinte", je peux prétexter d'aller chercher mes affaires universitaires. ​Amira lui rappela la nouvelle d'un ton ferme. — Nous devons sauver Yannick. Il n'y a pas d'autre option. ​Japhet lui donna les instructions. L'acte devait être caché dans un livre de Droit, le plus ancien et le moins utilisé, dans la bibliothèque fermée à clef de son bureau. Il lui donna une clef de rechange et lui confia de l'argent. ​Le plus difficile fut de partir sans que Clarisse, qui dormait à quelques mètres, ne s'en aperçoive. Grâce à l'aide de Kouemou, qui fournit une voiture discrète et un chauffeur fiable, Amira quitta Bouda sous le voile de la nuit, laissant Japhet derrière elle, angoissé. ​Le Guet-apens de Yaoundé ​Le voyage fut éprouvant. Arrivée à Yaoundé, Amira se rendit directement à la villa de Bastos. Elle utilisa la clef de rechange pour entrer discrètement par la porte de service. ​L'atmosphère dans la maison était glaciale. Amira réalisa que Clarisse était peut-être rentrée avant elle. ​Elle monta dans sa propre suite pour faire semblant de récupérer ses affaires. Elle ouvrit la porte de la chambre. La chambre était vide, mais un message était inscrit en lettres rouges sur le miroir : ​« Je savais que tu reviendrais pour le trésor, p****n. Attends-moi. » ​Amira comprit. Clarisse n'était pas physiquement là, mais elle avait laissé ce message pour la terroriser. Elle était surveillée, peut-être par une femme de ménage ou par un complice de Tshameni. ​Elle n'avait pas le temps d'attendre. ​L'Infiltration du Bureau ​Amira se dirigea vers le bureau de Japhet. La porte était, comme prévu, verrouillée. Elle utilisa la clef que Japhet lui avait donnée. ​L'intérieur sentait le cuir et les cigares coûteux. Amira se précipita vers la bibliothèque. Il y avait des centaines de livres. Elle chercha le plus ancien, celui qui semblait le moins touché, un vieux Code Forestier datant de l'époque coloniale. ​Elle l'ouvrit. Rien. ​Elle commença à paniquer, le temps jouant contre elle. Elle chercha de nouveau, se concentrant sur les indices donnés par Marlyse dans son carnet. Le serment de la terre et de la justice. ​Elle trouva un exemplaire abîmé du Code de Procédure Civile. Elle l'ouvrit. ​Au milieu du livre, glissé entre deux pages sur le droit des contrats, se trouvait un document plié et jaunissant. C'était l'Acte Sous Seing Privé, signé par Marlyse D'OUMAY et Japhet Fotsing, légalisé par un avocat à Yaoundé juste avant la mort de Marlyse. ​L'acte léguait sans ambiguïté les terres de Béni-Terre à Japhet, sous la condition qu'il prenne soin de "l'enfant de l'amour". ​Amira sentit une vague de soulagement. La preuve était là. ​Le Contre-Piège de Clarisse ​Au moment où Amira repliait l'acte, la porte du bureau s'ouvrit avec fracas. Clarisse était là, essoufflée et triomphante. ​— Je savais que tu étais stupide, Amira ! Je savais que tu ne résisterais pas à la tentation de sauver ton homme ! ​Clarisse n'était pas seule. Un homme costaud, avec un air menaçant, la suivait. C'était l'homme de main que Tshameni avait laissé en ville. ​— Laisse-moi l'acte ! ordonna Clarisse, tendant la main. Sinon, je ne t'emmènerai jamais à l'enfant ! ​— Vous ne savez pas où est l'enfant ! Vous n'êtes qu'un pion de Tshameni ! ​— Je sais que le garçon est à Bouda ! Et je sais que mon allié, Tshameni, va le faire disparaître si tu ne me donnes pas l'acte qui le rend légitime ! Donnez-moi l'acte et je te donnerai le nom de la concession où il est caché ! ​Amira refusa. Elle tenait la seule chose qui pouvait sauver Japhet de la honte et de la prison. ​L'homme costaud se précipita sur elle. Amira fut projetée contre l'étagère. Dans un réflexe désespéré, elle attrapa un lourd trophée de bronze de l'étagère de Japhet et le lança sur l'homme. ​Le trophée frappa l'homme à l'épaule. Il vacilla. Amira se précipita vers la porte, mais Clarisse bloqua le passage. ​— Tu ne sortiras pas d'ici, petite ! ​ ​Amira réalisa qu'elle ne pouvait pas s'échapper par la porte. Elle vit la grande fenêtre du bureau, qui donnait sur le jardin. ​Elle courut vers la fenêtre, l'ouvrit violemment et grimpa sur le rebord. ​— Non ! s'écria Clarisse, comprenant l'intention. ​Alors qu'Amira sautait, Clarisse, par pure rage, attrapa un grand vase posé sur le bureau et le lança de toutes ses forces. ​Le vase rata Amira, mais l'Acte Sous Seing Privé, qui n'était pas bien glissé dans sa poche, s'échappa. Il vola dans l'air et atterrit dans le jardin, juste sous le pied de l'homme de main qui venait de la rejoindre. ​Amira atterrit sur la pelouse, blessée mais indemne. L'homme de main ramassa le document. ​— Je l'ai ! hurla-t-il à Clarisse. ​Amira vit alors un taxi passer dans la rue. Elle courut vers lui, le cœur battant. Elle venait de réussir sa mission... mais elle venait de perdre la preuve. ​Le document vital, la clé de leur défense, était désormais entre les mains de l'ennemi. Elle devait retourner à Bouda les mains vides, avec seulement la connaissance de la vérité.
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