« Eh bien, vous pouvez au moins me dire votre impression ? » Elle tourna la tête vers moi, puis reporta les yeux au loin. « Mon impression ? » fit-elle lentement, presque rêveusement ;… puis, d’un ton plus décidé : « On dirait que cet homme a plus souffert de ses pensées que de la fortune adverse. » « De ses pensées, dites-vous ? » « C’est chose trop naturelle chez un Russe », reprit-elle, « chez un de nos jeunes Russes surtout ; il y en a tant qui ne sont pas faits pour l’action et ne savent cependant jamais se reposer ! » « Et vous croyez que c’est un de ces hommes-là ? » « Non, je ne puis dire cela ; comment pourrais-je le juger aussi vite ? Vous m’avez demandé mon impression ; je vous la donne. Je… je… ne connais ni le monde ni les hommes. J’ai trop vécu dans la solitude ; je su

