L’air dans l’alcôve était devenu une matière dense, presque palpable, chargée d’un mélange de parfums coûteux et d’une tension électrique qui faisait grésiller mes nerfs. Au-delà des paravents de soie, le brouhaha du restaurant n’était plus qu’un murmure lointain, une rumeur de monde civilisé qui ne nous atteignait plus. Ici, dans ce renfoncement d’ombre et de velours, le temps s’était arrêté. La musique, un jazz lent et mélancolique porté par un saxophone plaintif, semblait s’étirer à l’infini, chaque note flottant dans l’air comme une goutte de pluie sur une vitre. Karim me fixait. Ses yeux, sombres et insondables, ne quittaient pas mon visage, descendant parfois avec une lenteur provocante vers l’échancrure de ma robe, là où le satin noir laissait deviner la bordure écarlate de ma li

