La villa était plongée dans une atmosphère pesante. Les lustres brillaient, mais la lumière ne réchauffait rien : chaque recoin semblait respirer l’angoisse. Isabella se tenait debout près des grandes fenêtres, les yeux rivés sur l’allée principale. Depuis que Dante était parti quelques heures plus tôt, une peur viscérale l’avait envahie. Chaque minute sans nouvelle lui paraissait une éternité. Les bruits de la bataille restaient gravés dans sa mémoire. Les cris, les détonations, l’odeur de poudre… et surtout l’image de Dante, blessé, refusant pourtant de se reposer. Elle revoyait ses yeux sombres, la froideur de ses décisions, mais aussi la fragilité qu’il avait laissée entrevoir, ne serait-ce qu’un instant. Soudain, le grondement de moteurs fendit le silence de la nuit. Isabella sursauta, son cœur battant la chamade. Elle colla son front contre la vitre, les yeux scrutant les phares qui approchaient. La grille s’ouvrit, laissant passer plusieurs véhicules noirs aux vitres teintées. Les gardes en faction se mobilisèrent aussitôt. Quand la première voiture s’arrêta dans la cour, Isabella ne put s’empêcher de courir vers l’entrée. Les battants de la grande porte s’ouvrirent brusquement, laissant entrer Dante entouré de ses hommes. Il marchait d’un pas décidé, malgré les bandages encore visibles sous sa chemise ouverte. Son visage portait la marque de la fatigue, mais aussi une flamme de triomphe glacée. Marco le suivait, le visage dur, tâché de poussière et de sang. Isabella s’approcha, ses lèvres tremblantes. « Tu… tu es revenu… » Dante s’arrêta, ses yeux sombres croisant les siens. Pendant un instant, le tumulte autour d’eux sembla disparaître. Puis il lui adressa ce demi-sourire ironique qui, étrangement, la rassurait autant qu’il la troublait. « Tu doutais de moi, bella ? » Elle secoua la tête, incapable de parler. Ses jambes cédaient presque sous elle. Dante posa une main ferme sur son bras pour la soutenir. « Nous avons remporté la bataille, » déclara-t-il d’une voix basse mais assurée. « Les Russo ont payé cher. Mais… ce n’est que le début. » Marco intervint aussitôt : « Trois de nos hommes sont tombés. Ils savaient que nous viendrions, quelqu’un les a informés. » Le mot résonna dans l’air comme une lame invisible : trahison. Dante serra les mâchoires, ses yeux lançant des éclairs. « Je trouverai le rat. Et quand je le ferai, il priera pour mourir vite. » Isabella frissonna. Elle voyait bien que derrière ce calme apparent, une tempête de colère grondait en lui. Il se tourna vers elle, et d’un ton plus doux, dit : « Va dans ta chambre, Isabella. Ce monde n’est pas fait pour toi. » Mais elle refusa d’obéir. « Je ne peux pas juste… détourner les yeux, Dante ! J’étais là quand ils ont tiré. J’ai vu le sang, j’ai senti la peur… Tu ne peux plus me tenir à l’écart. » Il la fixa longuement, puis ses lèvres se pincèrent en une ligne dure. « Tu n’as pas idée du poids que tu portes déjà sur tes épaules. Si mes ennemis découvrent ce que tu représentes pour moi, ils t’utiliseront comme arme. » Le cœur d’Isabella s’emballa. « Alors je ne suis qu’un danger pour toi ? » « Tu es mon danger, Isabella, » répondit-il, sa voix grave emplie d’une intensité brûlante. « Mais c’est trop tard pour reculer. » Elle resta figée, ses yeux brillant d’émotion. Il y avait dans ses mots une déclaration déguisée, une confession brutale mais sincère. Soudain, un garde entra précipitamment : « Boss ! Nous avons trouvé un portable sur l’un des Russo abattus. Les messages indiquent une taupe ici, à l’intérieur même de la villa. » Dante se leva d’un bond, malgré sa blessure. « Fouillez chaque pièce, chaque couloir. Personne ne dort avant que je sache qui ose me trahir. » Isabella sentit une angoisse froide glisser le long de sa colonne vertébrale. Pour la première fois, elle comprit pleinement ce que signifiait vivre dans ce monde : chaque victoire avait un prix, et chaque nuit pouvait se transformer en piège mortel. Dante se rapprocha d’elle, posant une main sur sa joue. Son regard se fit plus tendre, mais non moins intense. « Toi, reste près de moi. Si quelqu’un ose approcher, je veux être là pour le briser. » Un mélange étrange d’effroi et de chaleur envahit Isabella. La villa ne dormait plus. Chaque pas résonnait dans les couloirs comme un écho menaçant. Les gardes fouillaient pièce par pièce, les visages tendus, les armes prêtes à jaillir au moindre doute. Isabella, elle, avançait à côté de Dante, refusant de le quitter malgré ses ordres répétés. Dans son bureau, les lumières restaient allumées. Des plans de la ville couvraient le bureau massif, avec des marques rouges pointant les zones de guerre. Marco posa le portable récupéré sur la table. Dante l’attrapa, ses yeux passant rapidement sur les messages codés. « Regarde ça, » dit-il à voix basse, tendant l’écran à Marco. « L’ennemi savait l’heure exacte de notre départ… et même l’itinéraire que j’avais modifié à la dernière minute. » Marco fronça les sourcils. « Seuls trois de nos hommes étaient au courant. » Isabella sentit son cœur battre plus fort. « Tu veux dire que… quelqu’un ici, quelqu’un de proche, travaille pour eux ? » Dante releva la tête vers elle. Son regard sombre semblait scruter son âme. « Oui. Et tant que je ne l’ai pas trouvé, chaque seconde que tu passes ici te met en danger. » Elle soutint ses yeux, même si une peur glaciale coulait dans ses veines. « Alors trouve-le. Mais ne me demande pas de partir. Pas maintenant. » Un silence lourd s’installa, brisé seulement par le grésillement des radios portatives. Marco sortit, laissant Dante et Isabella seuls dans la pièce. Dante s’adossa à son bureau, une main pressant sa blessure sous la chemise entrouverte. Le rouge du sang tâchait déjà le tissu. Isabella fit un pas en avant, inquiète. « Tu perds encore du sang… » Il haussa un sourcil, esquissant ce sourire arrogant qui la rendait folle. « Tu t’inquiètes pour moi, bella ? » « Arrête avec ça ! » dit-elle en fronçant les sourcils. Elle attrapa la trousse médicale posée sur une étagère, déterminée. « Assieds-toi. Laisse-moi regarder. » À sa surprise, il obéit sans protester. Isabella ouvrit doucement sa chemise, découvrant la plaie encore fraîche. Elle sentit ses doigts trembler mais elle se força à rester concentrée. Dante observait son visage de si près qu’elle en perdait presque son souffle. Sa peau frôla la sienne lorsqu’elle appliqua une compresse imbibée d’alcool. Il ne broncha pas, mais ses yeux brûlants restaient rivés sur elle. « Tu trembles, Isabella. » « Parce que tu es idiot, » souffla-t-elle. « Tu aurais pu mourir ce soir. » Il attrapa soudain sa main, l’arrêtant dans son geste. Son regard s’assombrit, sa voix devint grave. « Mourir fait partie du jeu. Mais si je tombe… ce ne sera pas à cause d’une balle. Ce sera parce que tu m’auras désarmé. » Leurs yeux se rencontrèrent, et l’air entre eux sembla vibrer. Isabella sentit un frisson parcourir tout son corps. Elle voulait parler, protester, mais les mots restaient coincés. Puis, sans prévenir, Dante relâcha sa main et se redressa, brisant le moment. « Continue. Je n’ai pas le luxe d’être faible. » Elle acheva de panser sa plaie, en silence. Mais dans son esprit, une tempête faisait rage. Cet homme était à la fois un danger et une attirance irrésistible, et elle le savait. Soudain, la porte s’ouvrit à la volée. Marco entra, le visage fermé. « Boss, nous avons trouvé quelque chose. » Dante se leva aussitôt. Marco posa une petite clé USB sur le bureau. « Elle était dissimulée dans la chambre de Luis. » Isabella fronça les sourcils. « Luis ? Mais… il était toujours gentil avec moi. » Dante resta impassible, ses yeux devenant deux lames de glace. « La gentillesse est l’arme préférée des traîtres. » Il inséra la clé dans son ordinateur portable. Des fichiers apparurent : des plans détaillés de la villa, les horaires de surveillance, même les déplacements récents de Dante. Isabella sentit son estomac se nouer. « C’est bien lui, » confirma Marco, la mâchoire serrée. « Il nous a vendus. » Dante resta silencieux un long moment, ses doigts tapotant le bois du bureau. Puis il dit d’une voix tranchante : « Amenez-le-moi vivant. Je veux ses aveux. » Marco hocha la tête et sortit, laissant Dante seul avec Isabella. Elle osa murmurer : « Qu’est-ce que tu vas lui faire ? » Il la fixa, ses yeux flamboyant d’une intensité sombre. « La trahison n’a qu’une seule punition. Mais toi… tu n’as pas à voir ça. » Isabella sentit son cœur se serrer. Elle comprenait que ce monde n’avait pas de place pour la pitié, mais une part d’elle refusait d’accepter la brutalité qui allait suivre. Dante s’approcha, réduisant la distance entre eux. « Ce soir, Isabella, tu as vu le vrai visage de ma vie. Le sang, la peur, les masques qui tombent. Tu aurais encore le choix de fuir. Mais si tu restes… alors tu appartiens à ce monde autant qu’à moi. » Son souffle chaud effleura sa peau. Isabella sentit son cœur battre à tout rompre. Elle n’avait pas encore la force de répondre, mais son silence en disait long. Au loin, des cris éclatèrent dans la villa. On avait trouvé Luis. Des pas précipités résonnaient dans le couloir, des ordres fusèrent. Dante se redressa, redevenant le chef implacable. Il posa néanmoins une main ferme sur la nuque d’Isabella, son regard plongeant dans le sien. « Quoi qu’il arrive, reste près de moi. Parce que si je te perds, Isabella… ce n’est pas la guerre que je perdrai, mais moi-même. » Un frisson la parcourut, mais avant qu’elle puisse répondre, Marco réapparut dans l’encadrement de la porte, tenant un homme à genoux, les mains liées, le visage couvert de sueur et de peur. Luis.