Chapitre 8

2457 Words
Moscou – Entres souvenirs endoloris et premier rapprochement.       ZAKHAR     — Pauvre petit enfant illégitime. Tu es comme ta misérable mère, des chiens errants et assoiffés d'argent. Tu pensais mettre en péril le trône de mon cher et tendre fils ? Jamais ! Je te tuerai de mes propres mains si cela arrive, tu m'entends ? — Je partirai avec ma maman loin de vous. Je vous le jure mais ne nous tuez pas s'il vous plait, adjurai-je d'une voix à peine audible, je jure qu'on disparaîtra mais laissez-nous partir. Elle me regarda d'un air machiavélique, humidifiant ses lèvres avant de me cracher à la gueule comme un déchet. Attaché fermement par une corde, je tentai avidement de m'en détacher mais en vain. Ma force physique s'atténuait au fil des minutes laissant mon corps moisir sur la chaise. Je criai pour me faire entendre mais les résonances dépressives n'atteignaient personne. Elle s'approcha de moi accompagné d'un couteau aiguisé et s'amusa à le frôler près de mon visage, descendant lentement vers mon cou exposé. Elle se recula pour laisser un homme s'approcher de moi. Un de ses hommes déposa son pied sur mon dos et le broya férocement, lançant sans cesse des invectives. Des essoufflements irréguliers s'émanaient de ma bouche de couleur écarlate. Je l'implorai inlassablement de cesser ce combat unilatéral, ce pugilat déséquilibré mais rien n'y faisait. Il était déterminé à me faire comprendre la situation. Elle pointa son arme dans ma direction et appuya sur la queue de détente et...   Je me réveillai en sursaut. La sueur dégoulinait le long de mon faciès crispé. Mes mains moites couvrirent mon visage sans doute apeuré par ce rêve. Un ascenseur émotionnel de mon cœur où les battements vinrent s'ajouter au spectacle. Un cauchemar, une succession d'évènements tragiques. Ce souvenir refoulé qui ne cessait d'apparaître dans mes rêves. Bien que l'écueil atteignît son paroxysme, la crainte s'empara de moi et me rongeait jusqu'à m'engloutir entièrement. Chaque soir je résistais à la tentation du sommeil mais je ne pouvais pas y faire face puisque la fatigue venait s'infiltrer en moi et me faisait tomber dans les bras de Morphée. Je souhaiterais être amnésique pour ne plus rien connaître de mon passé. Je souhaiterais avoir une perte de mémoire pour ne plus remémorer cette tragédie. Cela me permettrait d'éradiquer tous ces souvenirs néfastes qui me rongeaient et embrasaient mon âme jusqu'à l'emprisonner dans une bulle meurtrière. Soudainement, je me sentis étouffé, comme si des mains s'agrippaient sauvagement à mon cou pour m'étrangler et ne voulaient plus me lâcher. Une impression que la peur extirpait toute force herculéenne qui était en moi pour me réduire à un être vulnérable. D'un geste herculéen et d'une volonté surhumaine, je me levai et me dirigeai vers le balcon. Un ciel fuligineux se conjuguait parfaitement avec la couleur de mon âme. Ce mistral qui enjolivait mes tourments du soir, où les arias de mon cœur rythmaient le spectacle sinistre. J'insérai mon médoc', l'allumai entre mes lèvres et j'inhalai cette p'tain de fumée. Je me voulais dans un état pitoyable, un état où mes larmes asséchées par l'aridité des maux attristerait ma plénitude éphémère. Ryuk à mes côtés, j'avais consenti mon âme à rompre l'irénisme, au schisme des mœurs. J'avais écrit moi-même mon nom sur la liste des Enfers. Hadès comme maître, mon antipathie avait la puissance de la foudre de Zeus. Ma vie était comme la boîte de Pandore. Les embûches parsemées sur mon chemin avaient le même supplice que Prométhée. Mon âme, attachée à une roue enflammée, savourait le même châtiment que son ami Ixion. Et le rocher de mon bonheur ne trouvait le sommet comme celui de Sisyphe. J'étais comparable aux tonneaux des Danaïdes, mon cœur percé à jamais. Et mes démons, aux veines drainées étaient comparable à Tantale. Elles demeuraient à jamais, la gorge brûlante et desséchée, le ventre douloureux et l'esprit fou de désir inachevé.   Zéphyr caressait l'étoile maculée par la noirceur de mon affliction, par un souffle blême. Ange séraphique venue du firmament sinistre errait dans ce monde pervers, laissant son éclat soporifique disparaître dans la pénombre nuptiale. Kriss aiguisé transperça mon astre damné, engendrant un ultime râle asphyxié par l'oppression de ma profonde tristesse. Héritier d'un monde sans édifice, mon âme blafarde suspendue dans les abysses déambulait sur le chemin de la perdition, laissant les bribes reluisantes se faire engloutir par les ténèbres. Atma pathologique, aura prisonnière et un cœur criblé qui rugit l'oraison funèbre à l'aube de son absence. Roi de pique, j'ordonnai à mon âme flamboyante de mélancolie mourir par les chants maléfiques de Charybde et Scylla. Une semaine était passée depuis la soirée organisée pour Koskov. Depuis, les cauchemars s'étaient démultipliés et s'enchaînaient jusqu'à me rendre paranoïaque. Ils m'avaient tous délaissé, me considérant comme un étranger. Leur orgueil atteignait le paroxysme, pigmenté par une confiance outrancière. Ils endossaient des masques lorsqu'il s'agissait de l'extérieur, berçant les gens par leurs boniments enjôleurs. Leurs chants méphistophéliques avaient séduit la population, devenus prisonniers de leur monde chimérique. Je ne faisais plus parti de leur monde alors pour quelles raisons étaient-ils après moi ? J'avais promis de vivre comme un orphelin et c'était ce que j'avais fait. J'étais devenu Zakhar Kovalovski. Un être sans identité, un être sans famille.     Demeurant au bureau en compagnie de Sergei, Dimitri et Kwang-Beom, nous discutâmes de plusieurs affaires. Un des sujets concernait une histoire de vol. Ce dénommé Alexei avait dérobé de l'argent mais également des documents confidentiels. Le destinataire était connu de tous. — Je pense me rendre à Saint Pétersbourg pour essayer de le retrouver, annonça Dimitri d'un regard déterminé. Il ne m'échappera pas ce chien. J'acquiesçai en guise d'agrément et poursuivis en le questionnant — As-tu pu récolter des informations concernant sa famille ? — Un de ses collègues m'a seulement avoué qu'il avait une petite sœur et une grand-mère. Mais sinon rien de particulier. Je continue encore de chercher dans les quartiers et si j'ai du nouveau j'en ferai part. — Et l'affaire Ducciano ? — J'ai enquête sur l'affaire et celui qui est à la tête de ce g**g est Giovanni. Venu récemment d'Italie, il s'est rapidement associé à une personne très importante de Kazan, de Novossibirsk et bientôt de Moscou. Et tu connais bien la personne. À l'entente de la dernière phrase de Kwang-Beom, je fronçais instinctivement les sourcils. Il me tendit un appareil photo. — Ton cousin Nikolai. J'ai réussi à les photographier. Ils préparent sûrement un coup pour te faire tomber Zakhar. Ils te craignent tous et la seule et unique issue est de te tuer pour arriver à atteindre leurs objectifs. — Il faut surveiller le personnel. Il se peut qu'il y ait une taupe. Homme ou femme, prévint Sergei en tapant la table de son poing de béton. Après des heures de discussion, nous décidâmes de quitter les lieux. Le soleil rougissait, nous offrant un ciel chatoyant pour un instant de quiétude. Sur le point de quitter le bar, j'aperçus un groupe de serveuses intimider une jeune femme au sol. Irina pour ne pas changer. — Elle est dans une situation délicate et toi tout ce que tu fais c'est rester là comme une statue et regarder le spectacle. La voix de Sergei me fit sursauter.  Quelle galère celui-là, toujours là au mauvais moment. — Arrête d'avoir toujours un bâton dans le c*l et cours l'aider. Tu ne vois pas qu'elle a besoin d'aide ? Sergei était aussi mon antipode. Issu d'une famille royale, il était doté de qualités impériales. Humble, respectueux et hardi, il était jaugé par toutes les femmes qui osaient noyer son regard dans un Saphir étincelant. Il avait cette volubilité lorsqu'il conversait avec une femme. Il considérait que le cœur de la femme était un univers incommensurable. Il aspirait à devenir un bel homme. Il propageait un sentiment chaleureux qui soulageait l'esprit, il était cette voix de sagesse qui apaisait les céphalées. Depuis la conversation avec Viktor, je l'ignorais et ne lui accordais aucun moment. Elle comprit, par mon attitude abjecte, que je ne lorgnais converser avec elle. Je la toisais souvent du regard pour lui faire comprendre le fossé qu'il y avait entre elle et moi. Les serveuses venaient souvent se plaindre de son attitude innocente à l'égard des hommes. Elle refusait de répondre aux attentes du client et multipliait les inepties, ce qui a fallu de nombreux mécontentements de la part des habitués. Claudia prit le seau content de l'eau et lui jeta à la gueule. Par son regard hautain, elle s'abaissa à son niveau, prit en sa possession la chevelure et la sermonna sévèrement. — Tu n'es qu'une m***e. J'espère que tu as compris ta pla... — En voilà de belles paroles. Je vois que la solidarité règne ici. Je te félicite Claudia pour ton professionnalisme et ta bonté, interrompit Sergei avec sarcasme avant de reprendre un sérieux infaillible, n'ose même plus t'approche d'elle ou crois-moi que je n'hésiterai pas à te virer. Emmène tes chatons avec toi et déguerpissez d'ici. Claudia afficha une mine horrifiée avant de s'exécuter. Lorsque son regard apeuré croisa le mien, son visage se décomposa avant de baisser, dans la seconde qui suivait, sa tête. Mon regard se posa sur Irina, toujours dans une situation désastreuse comme si un sort funeste s'était acharné sur elle. Des larmes se perlèrent, des yeux étaient rougis par la tristesse. Son cœur criait de douleur et étrangement je l'entendais. Sa voix vacillante transperça pendant quelques instants mon cœur noirci. J'avais l'impression qu'elle dissimulait un profond chagrin dont je n'arrivais à discerner. Je l'épiai intensément et j'observai un être chétif à mes yeux. Elle n'avait pas cette lueur d'espoir qui pourrait la maintenir en vie. Elle était comme vide à l'intérieur mais s'évertuait à offrir un sourire pour apaiser sa souffrance. Je la scrutai et je vis une femme qui n'était munie d'aucune arme. Elle avait comme capitulé, renoncé à la bataille. C'était une sacrée plaie cette femme. Une vraie plaie. — Comment vas-tu, commença Sergei en enlevant sa veste pour la poser sur elle, quelle question bête, bien sûr que tu ne vas pas bien. Ne te préoccupe plus d'elles, elles ne viendront plus t'embêter. — Je vous prie de m'excuser pour tout ce vacarme. Je vais nettoyer immédiatement. Toujours et encore des excuses pour ne pas changer. Toujours en train de se négliger et se remettre la faute. Je fermai mes yeux pendant quelques secondes avant d'expirer fortement. J'éprouvais un agacement à son égard. Sa présence me dérangeait fortement sans véritablement savoir la raison. — Zakhar va s'occuper de toi. Tu es toute trempée et tu risques de tomber malade, proposa Sergei en m'offrant un sourire, je nettoierai le sol ne t'inquiète pas. J'arquai les sourcils en raison de son idée saugrenue. Pour quelles raisons devrais-je prendre soin d'elle ? C'était son métier et devait obtempérer les ordres de ses supérieurs. Irina n'osait regarder dans ma direction et se hâta pour répliquer négativement. — Non, non. Ne vous inquiétez pas pour moi. J'aimerais terminer les tâches que j'ai à faire pour aujourd'hui. — Zakhar, tu vas l'aider n'est-ce pas ? Me questionna mon ami en me toisant du regard. J'abdiquai sinon il allait forcer jusqu'à mort s'ensuivit. Je lui ordonnai de me suivre et elle le fit sans broncher. Le chemin jusqu'à la voiture se fit en silence. Personne n'osait rompre ce silence pesant. Moi qui ne voulais pas perdre mon temps à gaspiller ma salive et elle trop honteuse de me dérangeait. Au moment où il fallait s'engouffrer dans l'habitacle elle s'écroula subitement. Mais quel bordel cette femme     Mon généraliste personnel avait consulté de manière scrupuleuse Irina, qui celle-ci, dormait paisiblement. Son évanouissement résultait d'un surmenage, d'une charge importante de stress et surtout d'une malnutrition. Je me contentais d'éplucher cet être frêle qui se dressait devant moi. C'était une femme ordinaire, aucune trace de superficialité. Je me maugréais intérieurement d'avoir amené une femme dans ma demeure. Comment avais-je pu faire preuve de fébrilité ?     IRINA     J'ouvris difficilement les paupières en raison de l'éreintement qui s'était emparé de moi.  Je balayai furtivement la pièce. Je regardais lentement avec un air perplexe, ne reconnaissant pas l'endroit. Serais-je dans la maison de... Ce n'était pas possible non. Bête que tu es Irina ! Je me levai précipitamment et appréhendai la rencontre avec lui. Je me regardais dans un miroir et quel état immonde. J'étais moche mais terriblement moche. J'avais l'impression que j'étais un zombie. J'avais un visage hâve, des yeux obombrés par l'adynamie, accompagné de cernes très sombres. Je dépeignais le portrait d'un être fragile. L'évanescence de mon âme émolliente trépassait au fil des chagrins. J'étais un être languide, induré par un surmenage, qui errait dans un monde pervers, laissant son cœur livide humer un air délétère. Aura dépravée par les souillures, perdant alors la nitescence absolue, braillait de douleur. Sortant de l'immense chambre, je m'aventurai dans un terrain inconnu en priant de trouver la sortie et de m'échapper au plus vite. Je me sentais perdue dans ce couloir immense. J'avais l'impression de me retrouver dans le labyrinthe du Minotaure. Au moment où je pivotai pour continuer mon immersion, Zakhar fit son apparition. Un arrêt sur l'image et me voilà statufiée par l'insuffle de Méduse. Aucun son n'était émis et le silence régnait pendant de longues et éternelles secondes. Il est apparu avec une serviette autour de la taille, laissant son corps dénudé s'exhiber. Quel corps râblé. Apollon était présent. Hercules était présent. Un corps sculpté telle une statue grecque, où les contours étaient méticuleusement bien dessinés. Quelques gouttes, émanant de sa chevelure humidifiée ruisselaient le long de sa nuque, de ses pectoraux, de son abdomen. Ma bouche scellée n'arrive à trouver une échappatoire, laissant un cri sourd s'étouffer à l'intérieur de moi. Je restai de marbre avec une infime érubescence. Je m'ingéniais à détourner mon regard mais en vain, j'étais totalement incapable. Ma conscience me quitta et laissa mes pulsions s'exprimer. Mon cœur déplorait le toucher. Mon âme dépourvue d'ailes, implorait de s'envoler comme Pégase vers un monde chimérique, là où je serais maître. Sa nitescence, comparable à la Lune qui m'aveuglait au point de me noyer inconsciemment dans son monde chatoyant. Il était sémillant à mes yeux, me faisant oublier ma fatigue. Sa beauté jaculatoire, plutôt son aura capiteuse éclipsait mon aura dépressive. Il était sculptural, tellement sculptural que j'étais impuissante de détourner mon regard. — Tu prends du plaisir à m'épier à ce que je vois, déclara-t-il d'un regard mutin tout en s'approchant de moi. Devrais-je me rapprocher pour que tu puisses mieux me contempler ? Instinctivement, je me hâtai pour reculer mais au dernier moment, sans m'en rendre compte, mes pieds s'emmêlèrent à quelques mètres de cet homme attirant. Pensant que j'allais tomber, il me rattrapa et me projeta vers lui. Mon petit corps finit par épouser celui d'un Apollon. Cette collision engendra une chute de nos deux corps, toujours aimantés. Je frémis instantanément où mon cœur prit un ascenseur émotionnel, gênée par cette situation troublante. Mes yeux émeraudes constellés de grains bleu-océan vinrent confronter ses yeux ténébreux au point de m'y noyer aveuglement sans que je pusse alerter quiconque de mon naufrage. Je me pensais immunisée de toutes les passions, de tous les désirs, de toutes les envies inconscientes qui pouvaient dépraver ma raison et mon objectif. Je n'aurais jamais pensé un jour être spectatrice de mon aliénation. Que se passait-il ?     
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