Nafi resta appuyée contre la porte quelques secondes après le départ d’Amadou, ses doigts frôlant machinalement la poignée. Il y avait quelque chose d’enivrant dans son regard, sa manière de se tenir proche sans franchir les limites. Elle soupira profondément avant de secouer la tête, reprenant son masque d’assurance.
Dans le salon, Modou l’attendait, affalé sur le canapé, un sourire narquois accroché à ses lèvres.
— Alors ? Comment ça s’est passé ?
— Calme-toi, ce n’était qu’un dîner, répondit-elle en posant son sac.
— Un dîner avec un millionnaire ! Tu avances bien, cousine. Il doit être sous ton charme à l’heure qu’il est.
Nafi leva les yeux au ciel, agacée par son ton.
— Je sais ce que je fais, Modou. Pas besoin de me mettre la pression.
— Ce n’est pas de la pression, c’est un rappel. N’oublie pas pourquoi on fait ça.
Elle le fixa un instant, son visage fermé. Oui, elle n’oubliait pas. Mais ce jeu devenait plus complexe qu’elle ne l’avait imaginé.
Le lendemain, alors qu’elle était en train de ranger le salon, son téléphone vibra sur la table basse. Elle jeta un coup d’œil et vit un message d’Amadou.
« J’ai quelque chose pour toi. Puis-je passer dans l’après-midi ? »
Elle s’arrêta, le cœur battant légèrement plus vite. Chaque fois qu’il envoyait un message, elle ressentait cette petite montée d’adrénaline, mélange de peur et d’excitation. Elle tapota rapidement une réponse.
« Si tu veux. Mais tu n’étais pas obligé de m’apporter quoi que ce soit. »
Quelques heures plus tard, Amadou arriva, vêtu d’un costume beige parfaitement taillé. Il tenait une petite boîte dans une main, un bouquet de fleurs dans l’autre.
— Tu m’as dit que je devais prouver que tu pouvais me faire confiance, dit-il avec un sourire. Alors, j’ai pensé que ces petits gestes seraient un début.
Elle prit les fleurs, feignant une surprise un peu exagérée.
— Des fleurs ? Tu es incorrigible, Amadou.
Il haussa les épaules, amusé.
— Je voulais juste voir ton sourire.
Elle posa le bouquet sur la table avant de s’asseoir, croisant les jambes avec élégance.
— Et qu’est-ce qu’il y a dans cette boîte ?
Il lui tendit l’objet, son sourire s’élargissant.
— Ouvre-la et tu verras.
Nafi hésita un instant avant de retirer le couvercle. À l’intérieur, un bracelet en or finement travaillé brillait sous la lumière. Son souffle se coupa un instant, mais elle dissimula rapidement son trouble.
— Amadou… C’est beaucoup trop.
— Pourquoi dis-tu ça ? Je voulais te faire plaisir.
Elle leva les yeux vers lui, son regard empreint d’une sincérité feinte.
— Tu n’as pas besoin de m’offrir des choses aussi coûteuses. Je ne suis pas ce genre de femme.
Il s’approcha légèrement, son visage sérieux.
— Je sais que tu n’es pas ce genre de femme, Nafi. C’est justement pour ça que je veux te gâter. Tu es spéciale.
Son cœur battait à tout rompre, mais elle garda son calme, jouant avec le bracelet du bout des doigts.
— Tu ne me dois rien, Amadou.
— Et si c’était moi qui avais besoin de te donner ?
Elle releva la tête, troublée par l’intensité dans sa voix. Cette réponse, aussi simple soit-elle, portait un poids qu’elle n’avait pas prévu.
— Alors, merci, murmura-t-elle finalement.
Elle glissa le bracelet à son poignet, notant comment il s’accordait parfaitement à sa peau. Amadou sembla satisfait, un sourire triomphant sur les lèvres.
Après son départ, Nafi resta un long moment seul, observant le bracelet. Elle savait que ce n’était qu’un jeu, une partie d’un plan soigneusement orchestré. Mais pourquoi avait-elle l’impression que, parfois, les lignes entre le jeu et la réalité devenaient floues ?
Lorsque Modou arriva plus tard, il remarqua immédiatement le bijou.
— Eh bien ! Ce type ne fait pas les choses à moitié.
— Ce n’est qu’un bracelet, répondit-elle sèchement.
— Un bracelet en or, cousine. Tu es en train de gagner sa confiance. Continue comme ça, et on sera bientôt au sommet.
Elle le regarda, une pointe d’agacement dans les yeux.
— Tu parles toujours de ce qu’« on » va gagner. Mais c’est moi qui prends tous les risques.
Modou s’approcha, posant une main sur son épaule.
— On est une équipe, Nafi. Je ne te laisserai pas tomber.
Elle détourna le regard, incertaine. Ce plan semblait simple au début, mais plus elle avançait, plus elle se demandait si elle contrôlait vraiment la situation.