CHAPITRE 6: LES MENSONGES SOUS LE MASQUE

1244 Words
Les jours suivants, Nafi tenta de rester aussi discrète que possible. Les sorties se faisaient de plus en plus fréquentes, et Amadou continuait à la chercher, sans jamais se douter du plan qu’elle tissait autour de lui. Pourtant, chaque rencontre avec lui laissait une empreinte sur elle. Elle se retrouvait à mentir et à manipuler, à jongler avec ses sentiments et sa mission, tout en essayant de garder son masque intact. Un après-midi, alors qu'elle venait de rentrer après une autre rencontre avec Amadou, elle trouva sa mère dans la cuisine, occupée à préparer le repas du soir. Les arômes d’épices et de riz embaumaient la pièce, et l'atmosphère était chaleureuse, familière. Mais il y avait quelque chose dans l’air qui rendait l’instant un peu plus tendu que d’habitude. "Tu es sortie encore ce matin, Nafi," dit sa mère, sans lever les yeux de sa tâche. "Tu ne m'as pas dit où tu allais. C'est presque tous les jours, maintenant. Il faudrait peut-être me dire ce que tu fais à l'extérieur, tu ne trouves pas ?" Le ton de sa mère était léger, mais il y avait une pointe d’inquiétude dans sa voix. Nafi se figea un instant. Elle savait qu’il était plus difficile de mentir à sa mère qu'à Amadou. La femme qui l’avait élevée, qui connaissait chaque recoin de ses silences et de ses gestes. Elle se força à sourire, essayant de paraître aussi naturelle que possible. "Oh, ce n’est rien, maman," répondit-elle, sa voix pleine de calme. "Modou m’a trouvé un travail dans une nouvelle entreprise. C’est un peu loin, alors je dois y aller assez souvent. Mais ça va, c’est un bon travail. Rien de grave." Sa mère leva enfin les yeux, la scrutant avec un regard qui semblait scruter son âme. "Un travail ? Modou t’a trouvée un travail dans une entreprise ?" Elle hésita un moment, comme si elle cherchait quelque chose dans le regard de sa fille. "Tu n’aurais pas dû me le dire plus tôt, Nafi. Je me faisais du souci." Nafi se sentit soudainement coupable. Elle avait menti si facilement, mais chaque mot laissait un goût amer dans sa bouche. "Je ne voulais pas t’inquiéter," répondit-elle, espérant que sa voix sonnerait assez convaincante. "C’est juste un travail administratif. Rien de spécial, mais c’est déjà mieux que rien." La mère de Nafi sembla se détendre légèrement, mais elle continua de la fixer un instant, un mélange de scepticisme et d’acceptation dans le regard. "Bon, si tu dis que c’est un bon travail..." Elle se tourna alors de nouveau vers le feu, reprenant son activité, mais un air préoccupé restait gravé sur son visage. Nafi, soulagée d’avoir évité une question plus intrusive, prit une grande inspiration. "Oui, tout va bien, maman. Je te promets." Elle se hâta de quitter la cuisine, le cœur encore battant à tout rompre. Elle savait que ce mensonge n’était qu’un petit fil tissé autour de la vérité, mais elle avait bien conscience que chaque mensonge ajoutait une nouvelle couche de complexité. Elle avait choisi ce chemin, et il était trop tard pour revenir en arrière. Mais à chaque nouvelle rencontre avec sa mère, à chaque question innocente qu’elle posait, Nafi sentait l’étau se resserrer autour d’elle. Plus tard dans la soirée, alors que la lumière s’éteignait lentement dans la pièce, Nafi réfléchissait à la direction que tout cela prenait. Elle se demandait combien de temps elle pourrait continuer à jongler avec les mensonges sans que quelqu’un ne finisse par découvrir la vérité. Le piège qu’elle avait créé autour d’Amadou devenait de plus en plus difficile à maintenir. Et sa propre mère, sans le savoir, ajoutait une pression supplémentaire sur ses épaules déjà lourdes. Nafi se rendit compte qu’il lui faudrait prendre une décision bientôt. Mais pour l’instant, elle n'avait pas d'autre choix que de suivre le courant, d’aller d’un jour à l’autre, espérant que tout cela ne finirait pas par exploser. Les jours suivants, Nafi se retrouva plongée dans un tourbillon inattendu. Amadou, bien qu’en voyage, ne cessait de penser à elle. À chaque échange de messages, il lui faisait part de son empressement à la revoir. Mais ce n’était pas tout. Il lui envoyait aussi des cadeaux. Des petites attentions, d’abord modestes, mais qui se faisaient de plus en plus somptueuses. Le premier cadeau était une boîte de parfums de luxe, accompagnée d’une note écrite de sa main : "Pour toi, Nafi, chaque moment passé loin de toi est un peu trop long." Un geste charmant, mais pas forcément surprenant venant de lui. Après tout, elle savait bien que les hommes comme Amadou avaient l’habitude de multiplier les attentions pour obtenir ce qu’ils désiraient. Nafi ne se laissa pas attendrir, mais elle ne pouvait s’empêcher de sentir un frisson à la lecture de ses mots. Le deuxième cadeau arriva quelques jours plus tard, bien plus grand. Une montre en or, délicatement emballée dans une boîte de velours, avec une inscription gravée : "Pour la personne qui rend mon monde plus lumineux." Cette fois, le geste semblait plus personnel, plus significatif. Elle se demanda ce qui se cachait derrière cette générosité. Était-ce le début d’une véritable attraction, ou un moyen de la manipuler davantage ? En tout cas, elle ne pouvait ignorer la valeur de ces présents. Modou, qui suivait de près l’évolution de la situation, était ravi de ces cadeaux. Il savait que le millionnaire était en train de se prendre au jeu, mais il savait aussi que l’heure était venue de passer à l’étape supérieure. "Il faut qu'il te gâte encore plus, Nafi," lui dit-il un jour, un sourire satisfait aux lèvres. "Tu as vu la montre ? C’est exactement ce qu’il faut pour qu’il se sente investi. Mais on doit aller plus loin. Tu dois lui faire comprendre que tu as des besoins… et il va les combler." Nafi fronça les sourcils, pensant à tout ce qui pourrait en découler. "Je ne sais pas si c’est une bonne idée. C’est déjà trop. Il va commencer à se poser des questions." Modou la regarda, l'air sérieux. "Non, au contraire, il faut qu’il pense qu’il ne fait pas assez. Ces hommes-là, ils veulent toujours plus. Tu dois jouer avec sa générosité, Nafi. Fais-lui croire que tu en veux plus, qu’il peut t’offrir tout ce que tu désires." Elle se mordilla la lèvre inférieure, hésitante. Modou avait raison sur un point : Amadou semblait se donner corps et âme, même s’il ne savait rien des véritables intentions de Nafi. Peut-être qu’il était temps de le pousser à en faire encore plus, d’obtenir ce qu’il avait de plus précieux. Elle se demandait combien de temps elle pourrait encore tenir cette position. Le lendemain, Amadou, de retour à Dakar, lui offrit encore un cadeau : un sac à main de créateur, d’une valeur exorbitante, avec un mot accompagné : "Je t’ai choisi quelque chose d’unique, comme toi." Nafi soupira en recevant le sac. Elle savait que chaque cadeau était une étape vers quelque chose de plus grand, un piège invisible qu'elle tissait autour de lui. Mais dans son cœur, une graine de doute commençait à germer. Chaque cadeau, chaque geste, la faisait hésiter. La vérité était qu’elle n’avait jamais été dans une telle situation, où elle se retrouvait à manipuler un homme qui, pour une fois, semblait sincère. Bien qu’elle fût résolue à aller jusqu’au bout de son plan, quelque chose la poussait à se demander si tout cela en valait vraiment la peine.
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