Damnation Dans mon dernier voyage en Afrique, si l’idée que j’en ai conservée est autre chose qu’un songe, il m’est survenu je ne sais quelle aventure étrange dont je veux entreprendre de fixer le souvenir. Vaincu par la chaleur du jour, je m’abandonnais à la lente marche de mon cheval, sur les bords d’un fleuve que je ne nommerai point, parce qu’il n’a jamais eu de nom, quand tout-à-coup, à travers le rideau d’aloès aux girandoles d’or, de baobabs aux feuilles démesurées, et de roseaux géants qui voilaient ses rivages, m’apparut un petit esquif monté d’un seul homme qui suivait négligemment le cours des eaux, sans s’occuper ni de la rame ni du gouvernail ; et, au même instant, je vis un crocodile énorme qui saisissait la poupe de ses mains écailleuses, et qui battait les ondes de sa queu

