Déclaration
Au reste, on conviendra que je n’ai pas affiché du moins la prétention insensée d’être neuf dans le métier le plus fastidieusement usé qu’on puisse exercer au monde, celui, dirait Rabelais, de sophistiqueur de pensées et de grabeleur de mots.
Vous chercheriez inutilement pendant cent ans un titre qui révélât plus naïvement le plagiat que ces lignes ingénues :
Histoire
du roi de Bohème
et
de ses sept châteaux.
À peine ont-elles frappé vos yeux que trois ou quatre idées subites jaillissent tout armées d’autant de cases de votre mémoire, comme Minerve de la tête de Jupiter, chargées d’insignes, de blazons, de plans, de devis ; ceintes de remparts, de glacis et de contrescarpes ; hérissées d’ouvrages à cornes et de bastions –
Ah ! ah ! dites-vous, j’ai vu cela quelque part, dans Olaüs Magnus, dans Rudbeck, dans Sterne peut-être…
Une dernière case s’ouvre, celle de la réflexion, et il en sort une idée plus intelligente, plus nette, plus lucide, qui vous dit d’un ton sardonique en haussant légèrement les épaules (ô divine Entéléchie, les épaules d’une idée !…)…
« Mais c’est cela, c’est absolument cela ! c’est dans Sterne ! ce n’est qu’un pastiche. » Et puis elle rentre avec dédain… Merci, madame !
Et pourquoi pas un pastiche ?…
Il m’était si aisé de dissimuler cet emprunt d’une imagination épuisée, en disant, par exemple :
HISTOIRE
DU ROI DE HONGRIE
ET
DE SES HUIT FORTERESSES
ou mieux encore :
CHRONIQUE
DES EMPEREURS DE TRÉBIZONDE,
ET DESCRIPTION
DE LEURS QUATORZE PALAIS.
Mais ma candeur naturelle répugne à ces artifices ;
Un pastiche, un vrai pastiche, tout ce qu’il y a de plus pastiche…
Et cela me convient d’autant mieux que je ne savais pas ce que c’était.
Il ne tient même qu’à vous de me faire porter cette abnégation sincère de tout mérite personnel à sa dernière expression –
(Je parle à cette idée hargneuse, qui sort obstinément de sa niche à la fin de toutes mes pages, comme l’automate importun des horloges de Nuremberg.)
Douce et pudibonde Modestie ! inspire-moi une concession si humble, si résignée, qu’elle désarme enfin la colère de mes ennemis !
Je l’ai trouvée !… – Je l’ai trouvée ! –
Et je dois rassurer mes jolies lectrices – je n’écris point ceci dans le simple appareil… dans le costume négatif d’Archimède. J’ai un habit bleu barbeau qui ne m’a servi que trois fois.
Ce n’est pas moi d’ailleurs qu’il s’agit de regarder. C’est la page suivante où vous trouverez le titre définitif de ce volume…
Définitif, autant qu’il est permis à l’homme d’attacher à une de ses conceptions cet adjectif téméraire…
Définitif, si Dieu et mon anévrisme le permettent…
Pauvre Théodore !