Chaque soir, le vieux Mouque recevait la visite de son ami, le père Bonnemort, qui, régulièrement, avant son dîner, faisait la même promenade. Les deux anciens ne se parlaient guère, échangeaient à peine dix paroles, pendant la demi-heure qu’ils passaient ensemble. Mais cela les égayait, d’être ainsi, de songer à de vieilles choses, qu’ils remâchaient en commun, sans avoir besoin d’en causer. À Réquillart, ils s’asseyaient sur une poutre, côte à côte, lâchaient un mot, puis partaient pour leurs rêvasseries, le nez vers la terre. Sans doute, ils redevenaient jeunes. Autour d’eux, des galants troussaient leurs amoureuses, des baisers et des rires chuchotaient, une odeur chaude de filles montait, dans la fraîcheur des herbes écrasées. C’était déjà derrière la fosse, quarante-trois ans plus tô

