Le temps ne s'écoulait plus ; il s'était métamorphosé en une substance visqueuse, une sorte de poix existentielle plus lourde que l'eau noire qui continuait de refluer, en un râle sinistre, dans les entrailles labyrinthiques de la mine. Le clic sec et définitif du percuteur de Sarah Vane avait agi comme un couperet invisible, tranchant net le dernier lien ténu qui nous rattachait encore à la logique rassurante du monde extérieur. Ici, à des centaines de mètres sous la croûte terrestre, écrasés par des tonnes de granit et l'indifférence millénaire de la roche, la morale n'était plus qu'une abstraction poussiéreuse face à la puissance brute, presque nucléaire, du Code de la Genèse que je serrais contre ma poitrine comme un nouveau-né fragile. Mes doigts, engourdis par le froid polaire des

