Le bunker, qui nous avait semblé être un sanctuaire quelques minutes plus tôt, était devenu une ratière de béton et d'acier. L'air était saturé d'une tension si épaisse qu'elle semblait étouffer les néons vacillants qui grésillaient au-dessus de nos têtes. Je fixais ma mère, cette femme que j'avais pleurée pendant des années, celle que j'avais crue brisée par le deuil dans notre villa de Casablanca, et je ne reconnaissais rien d'elle. Ses traits étaient sculptés dans la pierre froide, son regard dépourvu de cette chaleur maternelle qui avait bercé mon enfance. Elle se tenait là, droite, impeccable malgré l'humidité des souterrains, comme si elle n'était pas l'ombre d'une morte, mais le bourreau des vivants. — Maman... comment as-tu pu ? Ma voix n'était qu'un souffle brisé, une plainte

