Algésiras ne nous accueillit pas avec la chaleur d'une terre promise, mais avec la froideur chirurgicale d'une lame d'acier poli. Dès que je posai le pied sur le quai, je sentis l'air changer de texture. Ce n'était plus l'oxygène pur et sauvage des montagnes du Rif, mais une atmosphère saturée d'ondes, un brouillard invisible de fréquences qui semblait peser sur mes tempes comme une couronne de plomb. La ville se dressait devant nous, non pas comme une cité de pierres, mais comme une jungle de néons et de verre, un labyrinthe électrique où le silence marocain avait été dévoré par un vacarme sémantique assourdissant. Ici, la lumière ne servait pas à éclairer, mais à surveiller. Chaque panneau publicitaire, chaque écran géant surplombant les avenues crachait des flux de données incessants,

