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Il allait encore être en retard, malgré tous ses efforts, il allait se faire allumer, son chef de section ne manquerait pas de lui rappeler avec ironie qu’il devait être venu au monde en retard. Julian maudit le trafic new-yorkais et maudit également cette journée. Tout avait été de travers depuis qu’il avait mis le pied par terre ce matin, à croire qu’il y avait quelqu’un planqué avec une poupée et des aiguilles pour lui attirer le mauvais sort.
Ça avait commencé chez lui plus d’eau chaude ce qui l’avait obligé à se doucher à l’eau froide, ensuite à peine arriver à son bureau, réunion surprise avec son chef qui avait pris soin de lui rappeler son rendez-vous de cet après-midi et lui avait fait clairement comprendre d’être à l’heure ce qu’il s’était évertué à faire, mais comme cette journée n’étant décidément pas la sienne, il avait inversé le dossier de l’université avec un de ses dossiers en cours et maintenant il essayait de rejoindre son bureau au plus vite pour récupérer ledit dossier.
Julian perdit patience et engagea la sirène de son véhicule, il emprunta la b***e d’arrêt d’urgence et fonça vers son bureau, il avait rendez-vous à 17 h 15 avec M. Baldwin au sujet de ces cours de criminologie et il voulait à tout prix éviter les remarques de son supérieur. Il regarda l’horloge et souffla, il avait rattrapé au moins une demi-heure et avec un peu de chance, il pourrait peut-être éviter les sarcasmes de son patron. Il remercia Dieu ou n’importe quelles autres divinités quand il aperçut le bâtiment fédéral. Julian gara son véhicule et s’engouffra dans le bâtiment, il monta avec hâte jusqu’à son bureau et récupéra le dossier sur le projet universitaire. Il repartit en sens inverse, reprit sa voiture, et démarra en direction de l’université. Julian souffla, il lui restait une bonne heure devant lui, il réenclencha la sirène de sa voiture tout en priant que cette journée finisse bientôt.
Il arriva à l’université vers 16 h 30, et se détendit en constatant qu’il serait à l’heure. Il s’engouffra dans les bâtiments administratifs et se mit à la recherche du bureau de M. Baldwin. Il le trouva finalement et s’adressa à la secrétaire.
— Bonjour madame, je suis l’agent Turner, FBI, j’ai rendez-vous avec M. Baldwin à 17 h 15, expliqua Julian.
— Bonjour, M. Baldwin va vous recevoir bientôt. Veuillez vous asseoir dans la salle au bout du couloir, lui répondit poliment la secrétaire.
Julian s’installa dans la salle et réfléchie au poste qu’il allait devoir assurer. Il soupira intérieurement et se demanda pourquoi parmi tous les agents fédéraux, c’est lui qu’on avait choisi. Il pria très fort pour que M. Baldwin ne l’apprécie pas et qu’il demande à son chef de section un autre agent, mais au fond de lui, il savait que cet entretien était plus une formalité qu’autre chose. En effet, il avait gagné le ticket gagnant pour ces cours grâce à son diplôme de psychologie qui le classait sur le haut de la pile des agents aptes à enseigner la criminologie. Ça et le fait que son chef se faisait un devoir quotidien de lui pourrir l’existence. Julian soupira encore une fois, il était las, peut-être que s’éloigner pendant un temps des affaires sordides qui attendaient réponse sur son bureau pourraient lui faire du bien, lui redonner un second souffle, même si ce n’était que quelques heures par semaine. La porte du bureau s’ouvrit et il se reprit rapidement.
— Ah, agent Turner, bonjour, je suis Robert Baldwin, je suis enchanté de vous rencontrer, vous êtes à l’heure, parfait, votre responsable m’avait prévenu que vous aviez un petit souci avec les horloges, plaisanta M. Baldwin tout en tendant sa main vers Julian.
Julian étouffa un grognement et s’empara de la main tendue tous en prenant bien soin de faire comme si la plaisanterie ne l’atteignait pas, mais intérieurement, il maudit sur plusieurs générations, son chef, Baldwin, le FBI et tous ceux qui avaient fait en sorte qu’il se retrouve dans cette galère. Apparemment, son chef avait dépeint un portrait de lui pas très glorieux, le contraire l’aurait étonné. Il lâcha la main de Baldwin et le suivit à l’intérieur de son bureau où une jeune femme était déjà confortablement installée, une tasse de café à la main.
— Je vous en prie, entré et installez-vous, désirez-vous boire quelque chose ? demanda poliment Baldwin.
— Un café serait parfait, répondit Julian en s’installant
Baldwin contourna son bureau et appela sa secrétaire pour qu’elle ramène une tasse de café, Julian était intrigué par cette femme et à en croire le regard interrogatif qu’elle avait posé sur lui quand il était entré, elle aussi était intriguée. Il n’eut pas le temps de se poser d’autre question que Baldwin reprit :
— Très bien Mme Harland, je vous présente l’agent Julian Turner du FBI, qui se chargera de faire cours 12 heures par semaine avec vous en criminologie. Il sera présent le lundi, mercredi et vendredi matin. L’agent Turner est un agent de terrain et possède un diplôme de psychologie ce qui a fortement encouragé ses supérieurs à nous proposer sa candidature, et le directeur de l’université pense que l’expérience d’un agent du FBI est profitable et non négligeable pour ces cours, expliqua calmement M. Baldwin
— Je comprends en effet et je suis tout à fait d’accord avec le directeur, répondit Sam
— Agent Turner, Mme Harland ici présente, est la nouvelle enseignante de criminologie, elle prendra ses fonctions en même temps que vous en octobre prochain, elle possède un doctorat en criminologie et c’est avec elle que vous passerez vos 12 heures de cours par semaine.
— Eh bien, je suis ravi de vous rencontrer, salua poliment Julian tout en tendant sa main vers la jeune femme qui la sera brièvement. Toutefois, j’ai quand même une question, si je suis au milieu d’une affaire, je ne pourrais peut-être pas gérer les cours, avez-vous prévu un plan de secours ? demanda Julian.
— En effet, votre chef de section m’a assuré que vos contraintes seraient prise en compte et que vous serez épaulé pour vos enquêtes par d’autres agents pendant vos périodes de cours, expliqua Baldwin, maintenant que les présentations sont faites, et que les questions essentielles sont réglées si nous parlions des cours que vous allez devoir animer, reprit Baldwin, j’ai pris la liberté de vous imprimer le programme scolaire prévu pour la rentrée prochaine, vos cours devront comprendre une partie théorique et une partie « pratique » si je puis dire ainsi, avec des exemples concrets sur la nature du terrain, c’est là que votre contribution sera nécessaire agent Turner.
— Je comprends Monsieur, répondit brièvement Julian tout en regardant le programme de cours.
Ils continuèrent de discuter pendant une bonne demi-heure, enfin surtout Baldwin et la jeune femme, lui écoutant d’une oreille discrète et faisant une apparition dans la conversation quand c’était nécessaire. Il feuilleta brièvement le programme de cours tout en pensant à ses nouvelles responsabilités, à dire vrai, il avait été soulagé de savoir qu’il n’assurerait pas ces cours tout seul, la jeune femme à ses côtés avait l’air de maîtriser son sujet. En plus de cela, elle ne ressemblait pas à ces profs coincés et un peu guindés qu’on croise parfois dans les grandes universités, au contraire, du point de vue de Julian elle avait l’air plutôt cool et assez sympathique, c’était déjà ça s’il arrivait à s’entendre avec elle. Non la partie qui l’angoissait vraiment était le fait d’enseigner, il n’avait jamais aimé parler en public, quand il y avait des présentations à faire au bureau, il s’arrangeait toujours pour être en congé ou alors, les refiler à des agents juniors, il fallait bien que l’ancienneté serve à quelque chose. Mais là, il ne pourrait pas y couper, il allait se retrouver face à une soixantaine de jeunes et c’était son rôle, du fait de ses cours, de les motiver et les intéresser. Bien qu’il ne l’avoue jamais, il ressentait une pointe d’angoisse face à cela. C’est ridicule, pensa-t-il, j’affronte des situations pires que cela tous les jours et je suis mort de trouille à l’idée de me retrouver face à une b***e de gamins, il fait vraiment que je me ressaisisse.
Il sortit de ses pensées et essaya de recentrer sur l’entretien simplement pour se rendre compte qu’il était sur le point de se clôturer.
— Très bien, dans ce cas, je crois qu’on a fait le tour, si vous avez la moindre question, mes coordonnées se trouvent sur le dossier de l’université, sinon vous prendrez tous les deux vos fonctions, le 6 octobre, expliqua Baldwin en se levant.
Julian prit cela pour une invitation à prendre congé et se leva tout en récupérant le dossier universitaire, le programme de cours et les horaires d’enseignements de l’année suivante. Il fut rapidement suivi par Mme Harland. M. Baldwin les reconduisit jusqu’à la porte et les salua chaleureusement avant de les laisser prendre congé.
Une fois la porte refermée sur eux, Sam se tourna vers l’agent Turner et lui dit
— Je suis ravi de travailler avec vous, agent Turner, j’espère que notre collaboration se passera bien, dit gentiment Sam
— En effet, mais appelez-moi Julian, après tout, on va passer pas mal de temps ensemble alors je pense qu’on devrait oublier les formalités.
— Tout à fait d’accord, appelez-moi Sam alors, répondit-elle en souriant.
Ils se dirigèrent tous les deux vers la sortie du bâtiment et Julian prit la direction du parking, il se retourna en voyant que Sam ne le suivait pas et qu’elle cherchait un taxi. Il lui demanda.
— Vous voulez que je vous dépose quelque part ?
— Euh… et bien… je ne voudrais pas vous déranger… je dois rejoindre une amie, elle possède un club dans le centre, le « Galaxie » vous connaissez ? demanda Sam
— Oui je connais, c’est un club assez sympa, et non cela ne me dérange pas, sinon je vous aurai laissé planter sur le trottoir, aller monter, je vais vous déposer.
— Merci beaucoup, répondit Sam en montant dans le véhicule.
Julian démarra et s’engagea vers le centre de New York direction le « Galaxie ». Après une demi-heure de route, ils étaient coincés dans les bouchons et Julian entama la conversation.
— Alors comme ça, vous connaissez la gérante du « Galaxie », ça pourrait me servir quand je veux boire un verre à l’œil, dit-il en plaisantant.
— Oui Lindsey est ma meilleure amie, elle a gentiment accepté de m’héberger pendant mon séjour à New York.
— Vous ne vivez pas ici ?
— Non, je vis à Chrisma city, une petite ville dans le Maryland, je suis venue quelques jours pour cet entretien, mais je dois repartir dès la fin des vacances scolaires, j’enseigne les lettres au lycée de Chrisma, expliqua Sam
— Ah d’accord, donc je suppose que vous comptez vous installer par la suite, il y a des quartiers assez sympas, mais d’autres qu’il faut éviter, je peux vous faire une liste si vous voulez ? demanda Julian en souriant
— Merci, mais je devrais m’en sortir, mon amie Lindsey commence déjà à consulter les agences immobilières pour moi, si elle continue comme ça j’aurai un appartement meublé avant la fin de l’année scolaire, plaisanta Sam
— OK, n’hésitez pas en cas de besoins.
Ils continuèrent à rouler et Julian finit par se garer devant le « Galaxie ».
— Vous voilà arrivé, je vous laisse ma carte si vous avez besoin de me joindre avant la rentrée et penser à donner mon nom à votre amie pour mes consos gratuites, lui dit Julian en souriant.
— D’accord, je lui dirai, encore merci de m’avoir déposé, et je vous laisse également mes coordonnées, ça a été un plaisir de vous connaître.
— Merci ça a été un plaisir pour moi aussi, à bientôt.
Sam lui sourit gentiment et descendit du véhicule. Elle se dirigea vers le club et rentra. Une fois à bon port, Julian redémarra et s’engouffra pour la énième fois de la journée dans le trafic new-yorkais.