Dimanche 8 septembre
Dans la matinée, les OPJ accueillent le neveu de madame Dumont, arrivé la veille dans la soirée chez les Le Gall, les voisins de sa tante, qui l’ont hébergé pour la nuit.
Le fils de ces derniers l’accompagne.
Très touché par la disparition de sa tante, Corentin répond aux questions des enquêteurs :
— Gisèle est accro à la photo. Partout où elle va, elle emmène son appareil. Les fleurs, les oiseaux... les mésanges, maman les adore, elle lui en a fait tout un album.
— Votre tante avait-elle des ennemis ? Avait-elle remarqué quelque chose qui pourrait nous aider dans nos recherches ? interroge Erwann.
— Pas à ma connaissance. Depuis la disparition de mon oncle, elle prenait du recul par rapport à son travail. Je crois qu’elle occupe... occupait un poste pas très facile, elle ne voulait pas embêter maman avec cela quand elle venait à Nantes. Elle attendait sa retraite pour se rapprocher. Maman a de gros problèmes de santé.
Corentin n’apporte aucun élément nouveau aux interrogations des policiers. La pause déjeuner, bien que tardive, permet aux deux hommes de relâcher la tension d’une fin de matinée lourde en émotions.
Après un passage à la machine à café, Christophe entre dans le bureau avec deux gobelets.
— Les collègues de la Scientifique nous ont transmis les photos prises par l’appareil de notre noyée. Tu viens regarder ?
Sans attendre la réponse, Erwann étale les épreuves sur son plan de travail.
— Le Corniguel, perdu dans la brume... Joli effet des nappes au-dessus de la rivière. Le halo des lumières sur le port, le sablier...
— L’entrée de la roselière. Voilà qui devient intéressant. La famille “canard”... Les planches, les herbes... On continue. Intersection, elle passe par la droite, le chemin le plus long et le plus proche de la rivière. Elle prend son temps, elle fait plusieurs prises. Elle n’a toujours pas croisé la route de son agresseur. Tiens, une aigrette... Gros plan sur le volatile. C’est dégagé...
— Dégagé ? Regarde les herbes, ce sont de gros buissons, on s’y tient accroupi ou allongé facilement. Tu as bien vu sur place, hier...
— Ce n’est pas la meilleure position. Tu dois te relever, grimper sur le ponton. Trop long. Trop humide aussi, à moins d’être sur une touffe de joncs, et encore. Si tu restes au même endroit un moment, tu t’enfonces dans la vase, c’est marécageux.
— Pourtant, les zones aplaties sont nombreuses, les types qui traînent là ne doivent pas craindre pour leurs rhumatismes... Je préférerais encore le sous-bois !
— Là, ça devient intéressant, elle tourne le dos à la rivière : les arbres ! La brume s’accroche entre le bord de la roselière et l’orée du bois. L’effet esthétique est réussi. Je ne distingue rien, pas même une ombre.
— Rien, sur aucune épreuve. Pas âme qui vive. Nous arrivons aux derniers clichés, l’approche de la fontaine, le début du sentier. Un gros plan sur les pierres au sol... Le sol grossièrement pavé, à nouveau. On arrive à la fontaine. Et là, la dernière photo, floue.
— Elle lâche son appareil, il tombe à terre. Elle vient de se faire assommer. Elle n’a pas vu son agresseur.
— Il arrive derrière elle. Donc, il se tenait sur la gauche de la fontaine. Madame Dumont n’est pas allée jusque-là : les photos sont prises dans le bas du sentier. Regarde celle-ci, elle s’est retournée pour ce cliché.
— Impossible. Si l’assaillant était resté là un moment, le sol aurait été foulé, or, il n’y a aucune empreinte.
— Autre hypothèse : il arrive par le chemin de Kérogan. Il est en hauteur. Elle le voit, le reconnaît, ne se méfie pas, le laisse approcher.
III