Chapitre 6 Au volant de sa Renault d’un âge canonique, qu’on hésitait à appeler « voiture de collection », Manon Guichaoua, en cette fin d’après-midi, quittait la voie express après sa journée de travail. Elle louait une petite maison perdue dans la campagne léonarde, à vingt minutes de trajet de Morlaix. D’humeur particulièrement joyeuse ce jour-là, elle enfourna dans son lecteur un CD de Stelenko, groupe de musique bretonne qu’elle affectionnait entre tous, tant l’approche jazzy et originale de cette formation décoiffait les poncifs que les néophytes auraient pu avancer à propos de la mélodie traditionnelle. À la voix chaleureuse et puissante de la chanteuse, elle mêla la sienne, au demeurant fort modeste. Bah ! Qu’importait ? Personne n’était là pour l’écouter ! La soirée promettait

