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1465 Words
PDV de Daphnée ‘Et voilà Ioan et Jules qui me rattrapent ! Mais pour quoi faire ? Pour retourner à la table avec l’autre, c’est hors de question !’ « Attends » a-t-il dit après avoir repris un peu son souffle. ‘Je ne pensais pas que je marchais si vite que ça !’ « Hey… Quel est… le problème… avec Derby ? » demande Jules en reprenant son souffle lui aussi. ‘Et voilà Yann maintenant ! Je n’aurais peut-être pas dû venir voir José aujourd'hui finalement !’ « Tu devrais l’affronter pour passer à autre chose, tu ne peux pas la laisser gagner… » me dit Ioan. J'ai parlé à voix haute ou quoi ?? « NON IOAN, CE QUE J’AI ENTENDU CE JOUR-LÀ, CA NE M’A PAS SIMPLEMENT BLESSÉE… CE N’EST PAS QUE JE NE VEUX PAS MAIS JE NE PEUX PAS » crie-je avec douleur. « En fait, vous savez quoi ! Elle a déjà gagné il y a huit ans » déclare-je avant de m'écrouler au sol en pleurs. Je n’ai pas la force physique et mentale aujourd’hui pour ça… Ioan me soulève dans ses bras, m'embrasse la tempe et me dépose sur un banc plus loin. Ils s’assoient tous les trois à côté de moi et attendent quelques minutes en silence que j'arrête de pleurer. « Merci et désolée pour tout ça... » « Ne t’excuse pas, tu as le droit de craquer de temps en temps comme tout le monde ! Avec notre discussion, tu as eu beaucoup d'émotions aujourd'hui en plus » me dit-il avec un clin d'œil. « Ioan a raison, tu n'as pas à t'excuser devant nous. Mais, s'il te plaît, raconte-nous maintenant qu'il n'y a que nous pourquoi tu ne veux pas voir Debby ? On est perdu avec Yann. » Et me voilà à nouveau en train de parler du passé… Mes larmes coulent encore une fois aujourd’hui et ça m’épuise mentalement. « Je ne m'attendais pas à des paroles aussi blessantes, je comprends mieux son attitude avec Debby. » Yann est choqué de mon récit et ne parle pas, mais me regarde avec de la pitié dans les yeux. « J'en ai rêvé des dizaines de fois de lui parler du mal qu’elle m’a fait, mais je ne peux pas, en tout cas pas aujourd'hui. » Ils essaient de me convaincre de l’affronter, mais je ne cède pas et je rentre juste à la maison pour me reposer un peu avant le repas. Une fois allongée sur mon lit, avec les larmes aux yeux, je parle à voix basse de Ioan. N’ayant pas entendu la porte de ma chambre, je sursaute quand ma mère me demande : « Tu l’as revu ? ». « Maman, tu es là depuis longtemps ? » inquiète qu’elle ait entendu la totalité de mes paroles. « Non, j’ai juste entendu que tu as parlé avec Ioan. Depuis combien de temps, tu es en contact avec lui à nouveau ? » « C’est la deuxième fois depuis février ! Pourquoi ? » « Je comprends mieux ton attitude maintenant de ces derniers mois. Tu as revu les autres garçons aussi ? Et … » Je sais très bien de qui elle voulait parler. J’acquiesce en hochant la tête avant la fin de sa phrase. Elle s’approche de mon lit et me fait un câlin réconfortant. * * * Cinq ans plus tard, début juin Je suis à Nantes depuis cinq ans, j’ai obtenu mon BEP après les trois ans du programme et je me suis ensuite lancée dans un BAC PRO Compta sur deux ans pour compléter ma formation. Les examens sont pour bientôt. Les professeurs m’ont suggéré de poursuivre avec un BTS, mais je préfère rentrer sur le marché du travail. Cela fait trois ans que je loue une chambre dans un foyer étudiant. Je n’ai malheureusement pas revu les garçons durant toutes ces années. J’ai fini par me résigner et me dire que je ne les reverrai plus, d’autant plus que José a fermé la sandwicherie il y a deux ans. C’est sans doute un mal pour un bien, Ioan a dû passer à autre chose de toute façon. Depuis ma 2ème année de BEP, j’ai participé à un concours de jury littéraire où le but était de lire dix livres minimum durant l’année scolaire et ensuite de voter pour notre préféré. Il y avait régulièrement des rencontres inter-lycées pour rencontrer les auteurs et discuter de leur œuvre. Lors d’une de ces rencontres, je me suis assise à côté d’un groupe composé surtout de garçons avec qui j’ai sympathisé au fur et à mesure de l’année. L’un d’eux, Julius, est mon meilleur ami depuis. Il y a trois mois, par son intermédiaire, j’ai rencontré Charlie, un homme grand, brun, aux yeux marrons, plus âgé de dix ans. Il m’a dragué dès le premier jour de notre rencontre et il me plaisait bien. Je suis en couple avec Charlie depuis deux mois. Il vit chez ses parents depuis son retour de Brest il y a un an. Mon téléphone portable sonne me sortant de mes révisions en sursaut. « Allo ? » « Salut, c’est Charlie, ça va ? » « Salut, oui ça va et toi ? Je révise là… » « Ça va, es-tu libre tout de suite pour diner avec moi ? On pourrait aller au restaurant ? » me coupe-t-il. « Euh, tu sais mes examens approchent !! J’avais prévu de réviser toute la soirée… Donc un autre soir s’il… » « Allez, s’il te plaît, c’est mon seul soir de repos, je travaille de nuit cette semaine. Allez, viens » a-t-il dit en insistant. « Bon d’accord, mais je ne resterai pas très tard… » ai-je dit en refermant mon classeur avant de raccrocher. Je file à la douche, retire mon pyjama. Je retourne dans ma chambre avec une serviette autour de moi et mes cheveux. Je choisis une belle robe, ce n’est pas tous les jours que je vais au restaurant. * * * Une heure plus tard, au restaurant. Charlie est déjà installé à une table pour deux sur la terrasse lorsque j'arrive. « Salut, merci d’être venue » a-t-il dit avec inquiétude. « J'ai pris l'initiative de commander avant que tu arrives. » « D’accord. Ça va ? Tu as l’air un peu pensif et inquiet ? » « Oui ça va, je voulais juste te parler, car je sais que tu cherches un petit studio pour t’installer à Nantes. Mais… » « Mais quoi ? Et puis comment l’as-tu su d’abord ? Je voulais t’en parler après mes examens. » « Comment je l’ai su n’a pas d’importance !! On devrait s’installer ensemble dans un appartement plus grand » m’a-t-il dit d’un coup et j’ai écarquillé les yeux de surprise. « Moi, je ne vais pas rester chez mes parents éternellement, ce serait l’occasion de faire d’une pierre deux coups. » ‘Oh wow, c’est un peu rapide.’ « On est ensemble depuis deux mois seulement, ce n’est pas un peu tôt » lui dis-je. « Déjà, je reste à Nantes pour nous au lieu de rentrer chez mes parents, mais là… » « Je sais, mais ça éviterait de payer deux loyers, deux fois les charges et autres dépenses » m’a-t-il dit en me coupant la parole. ‘p****n !! Il n'en a pas marre de me couper la parole à chaque fois qu'on discute, c'est une manie chez lui ma parole...’ « Waouh, ça donne envie! Ta demande est très romantique » ai-je dit sur un ton sarcastique. « Désolé, ce n’est pas comme ça que j’aurais dû le formuler » m’a-t-il dit avec son air de chien battu. « Je t’aime et j’ai envie de vivre avec toi. C'est mieux ? » Il insiste tellement avec des "Alors ?" ou "Tu y as réfléchi ?" tout au long du repas que je finis par céder bien que je trouve toujours cela un peu trop rapide. Je n’ai que 22 ans et je ne m’attendais pas à une telle proposition, cela dit, je peux comprendre que du haut de ses 32 ans, il ait envie de poser ses valises. Je veux surtout me concentrer sur mes examens qui approchent à grands pas maintenant. Ils commencent à partir de la fin de semaine prochaine. En sortant du restaurant, j’ai le malheur de lui dire que je ne vais pas pouvoir le voir après cette soirée et jusqu’à la fin des examens et qu’il devra commencer les recherches tout seul. Il n’apprécie pas du tout ma demande et il pique une sacrée colère, je ne l’ai jamais vu comme ça avant… On croise Julius et sa copine. Il intervient pour le calmer et ça me soulage.
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