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PDV de Ioan « Toi d’abord dans ce cas. Sans vouloir te vexer, mon résumé sera sans doute plus long et plus… douloureux que le tien ! » « Comme tu veux ! Après ton départ, j’ai terminé la primaire et le collège. Cette année, j’étais au Lycée en face de la Sandwicherie et j’y ai rencontré Christelle. Nous nous sommes retrouvés dans la même classe, on a effectué quelques travaux en commun et on a appris à se connaître petit à petit. On est ensemble depuis le mois de décembre, mais si j’avais su... Je me suis arrêté avant d’en dire trop sur mes sentiments contradictoires de ces derniers mois. « Si tu avais su quoi ?? Christelle a l’air gentille, intelligente, elle est belle et amoureuse de toi à en croire mon intuition ! Et toi aussi, tu as l’air heureux avec elle ? » « Ouais, si tu le dis… » affirme-je sans grande conviction ce qui lui fait arquer un sourcil de surprise. « À toi maintenant ! Dis-moi pourquoi tu as été malheureuse là-bas ? » demande-je avant qu’elle ne puisse poser trop de questions sur Christelle. « Ok, tu ne veux pas en parler plus !! Je n’insiste pas… Alors moi, comment dire ?? » Elle soupire avant de continuer. « Quand je suis arrivée là-bas, vous m’avez beaucoup manqué les premiers mois, j’ai mis un bon moment avant de m’y habituer. Chaque année, en novembre, j’avais des pensées pour vous… » « Je ne peux pas parler pour les autres, mais, moi aussi, j’ai souvent pensé à toi » ai-je dit en lui coupant la parole et en posant un regard tendre sur elle. Elle a les yeux qui brillent et se mord la lèvre inférieure pour essayer de retenir ses larmes. Si elle savait à quel point j’ai envie de l’embrasser pour la réconforter en la voyant comme ça. *** PDV de Daphnée Je secoue ma tête. Je reprends rapidement le fil de la discussion pour ne pas me laisser aller. « Le mauvais côté d’abord, d’accord ? » dis-je en prenant plusieurs inspirations avant de me lancer. « Ce que je vais te raconter, je ne l’ai jamais dit à personne avant toi. Heu… J’étais en train de me promener dans le parc là-bas. Je revenais de la plage où je m’étais assise sur le sable pour avoir un moment de solitude au calme. Je remontais doucement la côte que menait au bâtiment où je logeais et j’ai croisé un groupe de garçons que je connaissais depuis longtemps puisqu’ils logeaient dans le même bâtiment, c’étaient même des copains avec qui je trainais régulièrement. On s’est salué et ils ont commencé à me faire des remarques sur mon physique. J’étais mal à l’aise et j’ai essayé de continuer mon chemin, mais l’un d’eux m’a bloqué le passage avec son fauteuil. J’ai failli me faire agresser sexuellement par ces garçons dans le parc et je ne me souviens même pas comment j’ai réussi à leur échapper. J’ai réussi à me faufiler dans un buisson, au centre il y avait un petit espace creux où il y avait juste de la place pour moi. » Quelques larmes que je n'arrive plus à retenir coulent sur mes joues. Je prends plusieurs inspirations pour reprendre un peu de contenance avant de continuer. « L’un d’eux a essayé de rentrer dans le buisson et a commencé à me toucher une jambe, mais j’ai réussi à le repousser, je ne sais même pas comment non plus. J’étais dans un état second. Je suis restée prostrée, je ne sais pas combien de temps dans ce buisson jusqu’à ce que je reprenne mes esprits et que l’endroit autour de moi me semble assez sûr pour en sortir. Lorsque je suis arrivée près du bâtiment, je suis repassée par la porte-fenêtre de ma chambre pour ne croiser personne avant le dîner. J’essayais de les éviter au maximum après mais à chaque fois que je les croisais, ils se moquaient de moi en faisant des allusions dégueulasses. Ça a duré plusieurs semaines avant qu’ils finissent par me foutre la paix. Pour couronner le tout, il y a trois mois, un garçon qui était émotionnellement instable et qui me courait après depuis le premier jour où on s’est rencontré, a cru au grand amour entre nous. Il a crié qu’on avait couché ensemble à qui voulait bien l’entendre et ça m’a valu une exclusion de l’internat même si j’ai crié que je n’avais rien fait. Je n’ai jamais rien fait avec lui, ni avec personne d’ailleurs… » ‘Oh p****n, pourquoi je lui ai dit que j’étais encore vierge de cette manière ? Et m***e, qu’est-ce qu’il va penser de moi ?’ Mes larmes n’arrêtent pas de couler malgré mes efforts pour les arrêter, je ne peux plus les retenir. Je n’arrive pas à déterminer si c’est à cause de mon aveu ou le fait de penser à cette histoire qui avait hanté mes rêves pendant des semaines, ou peut-être les deux ? *** PDV de Ioan Je me rapproche d’elle pour la calmer, j’essuie ses larmes qui continuent à se déverser sur ses joues et je la serre fort dans mes bras et la laisse évacuer toutes ses émotions refoulées. ‘Wow… Elle a vécu tellement de choses dures là-bas !!! Comment elle fait pour être encore debout devant moi comme ça ?? Je ne sais pas… Beaucoup se serait surement effondrée, mais pas elle… ’ En la prenant dans mes bras pour la réconforter, je sens une force en elle qui me donne des frissons dans ma colonne vertébrale. Une sorte de détermination à rester forte malgré ses malheurs ! Elle se bat depuis tellement d’années pour prouver qu’elle peut réussir et qu’elle n’est pas... rien ! Que ça en devient presque flippant pour moi. Elle a grandi plus vite que nous sans doute à cause de cette histoire avec la mère de Debby. C’est une sensation agréable de l’avoir dans mes bras cela dit. Je sais que ça ne durera pas, mais je me délecte de ce moment. Je lui caresse doucement le dos. *** PDV de Daphnée Je sors de son étreinte réconfortante, il sèche mes larmes avec ses mains douces. J’ai encore l’impression d’avoir ses doigts caressant mon dos et j’en voudrai encore… « Pourquoi je te dis tout ça ? Je suis désolée de ce que je viens de dire, oublies ça tu veux !! » Trop embarrassée pour attendre sa réponse, j’ai continué à parler du centre. « Et si on parlait de choses plus agréables, hein ? Je préfère me souvenir de ces moments-là, l’école en fait partie, comme je te l’ai déjà dit tout à l’heure. Si je n’avais pas été là-bas, je n’aurais sans doute pas réussi aussi bien ici. Je dois reconnaître une chose, c’est que notre maîtresse en CM1 avait raison. J’ai appris à me servir d’un ordinateur malgré ma réticence. J’ai tenu tête à tout le monde jusqu’en 4ème où je n’avais plus le choix, mais je m’en servais qu’en Français au début, ce qui exaspérait mes professeurs et mon ergothérapeute qui souhaitaient que je m’en serve pour quasiment tous les cours. » Rien que d’y penser en lui racontant tout ça, j’ai souri et lui aussi. « Et puis, il y a eu Chad et mon premier b****r… »
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