Samuel fixa la phrase qui venait d’apparaître sous ses yeux :
"Es-tu prêt à voir ce que le monde te cache ?"
Il n’aurait jamais cru qu’un simple assemblage de mots puisse dégager une telle puissance. Son souffle était court, et son cœur battait à un rythme effréné. Thomas, à côté de lui, restait figé, les yeux rivés sur les lettres noires qui semblaient palpiter sur la page jaunie.
— Ce livre te parle vraiment, murmura Thomas.
Samuel déglutit, les mains moites.
— J’ai l’impression qu’il sait ce que je ressens.
Un frisson parcourut son dos. Il referma le livre d’un geste brusque et se leva d’un bond, incapable de rester en place.
— Je ne peux pas continuer comme ça, Tom. Ce truc joue avec mon esprit.
Thomas resta silencieux quelques secondes avant de hocher la tête.
— Écoute, si ce livre est vraiment ce que je pense, alors il y a peut-être une raison pour laquelle il est entre tes mains.
— Quelle raison ? Que je devienne fou ?
— Peut-être qu’il t’a choisi.
Samuel éclata de rire, un rire nerveux, incontrôlable.
— Tu entends ce que tu dis ? Un livre qui "choisit" quelqu’un ?
— Samuel, regarde les faits en face. Il change de lui-même, il te suit, il réagit à toi. Ce n’est pas un livre normal.
Samuel passa une main tremblante dans ses cheveux.
— Et maintenant ?
Thomas le fixa, sérieux.
— Maintenant, tu as deux choix : soit tu le rejettes et on cherche un moyen de s’en débarrasser, soit tu acceptes et tu découvres ce qu’il essaie de te montrer.
Le silence tomba sur la pièce.
Samuel fixait le livre, posé sur la table, comme s’il pouvait lui répondre. Une partie de lui voulait s’enfuir, le jeter à la mer, brûler chaque page jusqu’à ce qu’il ne reste que des cendres.
Mais une autre partie…
Une autre partie voulait savoir.
Il s’assit lentement, inspira profondément et rouvrit le livre.
Les pages se mirent à tourner toutes seules, comme poussées par un vent invisible. Samuel sentit son corps se tendre. Thomas recula légèrement, mal à l’aise.
Puis, soudainement, les pages s’arrêtèrent.
Une nouvelle phrase était apparue.
"Regarde."
Et juste en dessous, une illustration.
Samuel plissa les yeux. C’était un dessin détaillé, presque réaliste. Il représentait une ville qu’il ne reconnaissait pas, avec des bâtiments imposants et des ruelles sombres. Une immense tour trônait au centre, entourée d’un brouillard inquiétant.
— C’est quoi ça ? souffla Thomas.
— Je ne sais pas…
Samuel effleura l’image du bout des doigts.
Au moment où il toucha l’illustration, une douleur fulgurante lui transperça le crâne. Il hurla et recula brusquement, portant les mains à sa tête.
Des images défilaient dans son esprit.
Il voyait cette ville. Il entendait des voix murmurantes, des chuchotements qui semblaient l’appeler.
Puis, une silhouette apparut.
Un homme en manteau noir, son visage dissimulé sous une capuche. Il tenait un livre.
Le même livre.
Samuel ouvrit les yeux en grand, haletant.
Thomas s’approcha, paniqué.
— Sam, ça va ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
Samuel reprit son souffle difficilement.
— Je… j’ai vu quelque chose.
Thomas fronça les sourcils.
— Quoi ?
— Une ville… et un homme qui avait ce livre.
Thomas blêmit.
— Tu veux dire que quelqu’un d’autre l’a eu avant toi ?
Samuel hocha la tête.
— Je crois… que je dois le retrouver.
Le silence retomba.
Thomas se redressa et soupira.
— D’accord. On va chercher cette ville.
Samuel n’en revenait pas de l’entendre parler ainsi, mais il était soulagé de ne pas être seul.
Ils ne savaient pas encore où cela allait les mener, mais une chose était sûre : le livre ne les laisserait pas partir tant qu’ils n’auraient pas découvert la vérité.
Et cette vérité risquait d’être bien plus terrifiante qu’ils ne l’imaginaient.
À suivre...