Chapitre 8 - Son retour

1008 Words
Chap 8 Je me réveille en sursaut, trempée de sueur. Ce n’était qu’un rêve. J’ai l’impression de sentir encore son corps contre le mien. Je reprends mon souffle. Mon regard s’attarde autour de moi. La lueur de ma lampe éclaire ma chambre d’une façon rassurante et ma respiration revient peu à peu à la normale. Je suis en sécurité chez moi… Mais quelle heure est-il ? Il fait encore nuit dehors. Zut, c’est là que je réalise qu’un téléphone, c’est bien pratique. Je ne possède même pas de montre… Ah si, celle de maman. Mais hors de question de l’utiliser, c’est l’une des seules choses qu’il nous reste depuis que Papa a tout jeté pour ne plus penser à elle. Un sentiment de colère monte en moi, je serre les poings. À ce moment-là, j’entends un clic venant de l’entrée. Quelqu’un vient d’ouvrir la porte. Je me crispe. Elisa ? Non, ce n’est pas dans ses habitudes de se lever la nuit. Je me mets sur la pointe des pieds et avance lentement vers le salon, prête à affronter l’individu qui fait maintenant du bruit dans la cuisine. Et si c'était lui? La Bête ? J’avale ma salive nerveusement. Ce n’est pas le moment d’hésiter. La lumière est éteinte et j’ai du mal à distinguer sa silhouette. Je vais pour me saisir de la télécommande, seule arme que je trouve sur mon chemin, prête à bondir… Puis j’entends un bruit de verre, l’eau du robinet couler et enfin le bruit familier de mon père qui tousse. Mon corps se détend, juste avant que la colère ne reprenne le dessus. Mon coeur bat encore fort. - T’es sérieux de rentrer à cette heure ? Je lâche en allumant la lumière. Tu m’as fait peur. Je repose la télécommande. Au moins ce n’était que Papa. Mon père grogne en se frottant les yeux et l’odeur de l’alcool me prend à la gorge. - Oh ça va, je voulais juste passer vous voir, il sourit bêtement et ça m’énerve encore plus. - Chut, parle moins fort. Elisa est encore en train de dormir. Et t’aurais pu répondre à mes messages ? Je t’ai appelé pour te dire qu’on avait besoin de- - Je t’ai envoyé un message aujourd’hui pour te dire que j’allais passer. Il boit plusieurs gorgées d’eau, appuyé contre la table. Mince, mon portable… Avant que j’aie le temps de rétorquer, il sort des billets de sa poche et les pose sur la table. - Tiens, ça devrait suffire. Il titube jusqu’à l’évier pour se resservir de l’eau. Je compte l’argent : 360 euros. C’est plus que d’habitude. Je ne dis rien, mais je sens un poids se lever de mes épaules. - Le patron nous a filé une petite prime au boulot. Hic ! Vous pouvez vous faire plaisir ce mois-ci, rigole-t-il hagard. Je regarde l’homme qui m’a élevée s'effondrer comme une masse sur le canapé et je ne peux m’empêcher de ressentir un mélange de pitié et de rage. Je sais qu’il boit pour fuir mais Elisa et moi, on a besoin de lui. J’AI besoin de lui. Et tout ce que je vois, c’est un homme brisé, incapable. J'éteins la lumière et remonte dans ma chambre, les billets en poche. Sans hésiter, je mets 160 euros dans ma tirelire “Urgences”, pour qu’Élisa puisse faire son voyage scolaire. Cette pensée me fait sourire et d’un coup, je me sens un peu mieux. Je dois rester forte pour elle. C’est ce que maman aurait voulu… Les photos de maman ! Elles sont toutes sur mon portable. Je me maudis intérieurement de ne pas les avoir imprimées plus tôt. J’ai toujours remis ça à plus tard. Est-ce que je les ai sauvegardées ailleurs ? Non, je ne crois pas… Mon anxiété monte en flèche et sans m’en rendre compte, je me remets à mordre la peau de mon pouce encore une fois. Il faut que j’arrête. Qu’est ce que ce bâtard a bien pu faire de mon téléphone ? Le revendre ? Le détruire ? Je ferme les yeux en essayant de ne pas imaginer les pires scénarios. Et puis, merde. Il faut que j’y retourne, c’est décidé. Il me faut un plan. Le petit matin arrive et il me semble ne pas avoir fermé l'œil de la nuit. Mais maintenant je sais ce qu’il me reste à faire. Je me prépare rapidement et arrive à l’entrée où je trouve Élisa prête à partir. - Déjà levée ? Je croyais que tu commençais à 9h ce matin, dis-je en la regardant lacer ses chaussures. - Oui mais je vais rejoindre Mel, on doit préparer un exposé pour cet aprèm. Je lui souris et tape doucement dans son dos. Mélanie et elle sont meilleures amies depuis toujours et ça me rassure de voir qu’elle est bien entourée. - Ok, bon courage, même si je sais que tu vas cartonner, je lui lance un clin d'œil. Elle souffle en levant les yeux au ciel mais je remarque son petit sourire. - Au fait, je crois que Papa est venu cette nuit, ça pue l’alcool à plein nez dans le salon. Je me retourne pour jeter un œil au canapé. Il est déjà parti. Classique. - Ouais je sais. Il nous a laissé un peu d’argent. Mon ton est sec malgré la bonne nouvelle. Ma petite sœur hausse les épaules mais je vois une pointe de déception dans son regard. Mon coeur se serre un peu. - Allez, file et dis à Mel qu’elle est la bienvenue ici si elle veut. Élisa hoche la tête et s’éclipse, me laissant seule. Je prends une grande inspiration. Aujourd’hui j’y retourne, coûte que coûte. Je prends la direction de la petite boutique près de la gare, celle avec une vitrine pleine de matraque et d’objets d’auto défense. Le vendeur ne m'a même pas posé de question, mais s’il l’avait fait j’aurais juste dit que c’était pour me rassurer la nuit. Quinze euros. Bombe au poivre, format porte-clés. Discret mais efficace. Je souris.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD