Suite: celle qui ne savait pas

920 Words
De l’autre côté de la vitre — Désira observe Désira aurait préféré que leur histoire soit brutale, rapide, flagrante. Ça aurait été plus simple à détruire. Mais non. Ce n’était pas une explosion. C’était une infiltration lente. Plus les jours passaient, plus elle le voyait se détendre face à Arthy. Elle prenait des notes mentales : • Jour 5 : Ulrich reste 6 minutes. • Jour 8 : Ulrich rigole. Vraiment. Pas le rire posé pour les caméras. • Jour 11 : il demande si Arthy se repose parfois. • Jour 13 : il vient deux fois dans la même journée. Chaque détail était une alarme. Chaque sourire en plus représentait une fissure dans l’équilibre qu’elle maintenait autour de lui. Elle se renseigna. Elle suivit Arthy après sa journée. Distance de sécurité. Casquette, masque, oreillettes. Elle jouait la passante banale. Arthy terminait de nettoyer son stand. Rangeait les légumes. Fermait la bâche. Puis elle prenait un bus. Un banal bus de ville. Désira monta aussi, par la porte arrière. Arthy était debout, casque dans les oreilles, regard tourné vers la fenêtre. Elle avait l’air d’une fille simple. Fatiguée comme tout le monde. Elle descendit dans un quartier modeste. Immeubles sans ascenseur, linge suspendu dehors, children qui jouaient au foot dans des ruelles étroites. Elle se dirigea vers un petit immeuble gris. Troisième étage. Fenêtre avec un rideau jaune. Désira nota mentalement : Adresse potentielle repérée. Elle aurait pu rentrer chez elle à ce moment-là. Mais non. Elle resta dans la rue, de l’autre côté. Elle regarda la lumière de la fenêtre s’allumer. Une silhouette se déplacer. Elle ne voyait pas les détails, mais elle savait. Arthy était à l’intérieur, probablement en train de manger, se doucher, regarder son téléphone en paix. Une vie normale. Une vie humaine. Une vie qui n’avait rien demandé à personne. Et pourtant, dans le cerveau de Désira, ce n’était pas une innocente. C’était une anomalie. Une présence non autorisée autour de son artiste. Une menace. Elle sentit une calme excitation monter. Elle ne souriait pas. Mais son corps entier vibrait. Elle avait une adresse. Un rythme. Un point faible. C’était tout ce qu’il lui fallait. ⸻ Le lendemain — Infiltration douce Le lendemain matin, Désira prit une décision. Elle n’allait pas juste observer. Elle allait entrer dans la vie d’Arthy. Pas en tant qu’ennemie. Pas tout de suite. En tant que cliente. Arthy installait son stand quand elle arriva. Il n’y avait encore personne. — Bonjour, lança Arthy sans lever la tête. On ouvre dans cinq minutes. — Pas de souci, je peux attendre, répondit une voix douce et maîtrisée. Arthy releva la tête. Désira se tenait là. Cheveux attachés, manteau simple, air de femme ordinaire. Un visage qu’on oublie facilement. — Ah, désolée, j’étais dans ma tête. Tu veux quoi ? — Une salade poulet-mangue, s’il te plaît. — Très bon choix, dit Arthy en souriant. Tu suis les goûts des gens intelligents. — Les goûts de James, tu veux dire. Arthy s’arrêta. — Comment tu connais son nom, toi ? Désira eut un petit rire. — Il a parlé de ce stand. Et de toi, un peu. Elle disait ça comme on balance une phrase anodine. Mais en réalité, c’était un test. Les yeux d’Arthy s’ouvrirent un peu plus. — Ah bon ? Il parle aux gens de moi maintenant ? Première nouvelle. — Vous avez l’air proches, non ? Tu l’as aidé l’autre jour, quand les fans l’avaient coincé. Arthy posa le couteau, plus attentive. — Les fans… tu étais là ? — J’ai vu la vidéo, comme tout le monde. Mais pas que. Elle lui tendit un billet. Arthy encaissa, un peu gênée par cette conversation étrange. — C’est qui, “tout le monde” ? Je croyais que c’était juste un mec normal, ton James. Désira pencha légèrement la tête. — Tu ne sais vraiment pas qui il est ? — Non. Je vends des salades, pas des posters. La réponse tomba, simple, honnête. Désira la fixa. Elle se rendit compte que c’était vrai. Arthy ne jouait pas. Elle ne reconnaissait pas Ulrich. Elle ne vivait pas dans les mêmes codes. Et bizarrement… Ça la mit encore plus mal à l’aise. Parce qu’une fille qui n’est pas fascinée par une star… est une fille capable de l’aimer comme un homme. Sans masque. Sans filtre. C’est pire. — Tu devrais chercher, dit doucement Désira. Les gens ne sont jamais “juste” ce qu’ils paraissent. — Ouais, peut-être. Mais moi, tant que les gens sont polis et payent, ça me va, répondit Arthy. Elle tendit la salade. Leurs doigts se touchèrent. Et à ce contact, quelque chose se passa des deux côtés. Arthy ne le sentit pas. Mais dans la tête de Désira, une conclusion se scella : **“Elle est vraiment innocente. Elle ne sait pas dans quel territoire elle vient de mettre les pieds.”** Elle prit la salade, sourit légèrement. — Merci, Arthy. — Hé, attends, dit la vendeuse. Je t’ai pas dit mon nom. Désira posa son regard dans le sien. — Tu as écrit ton prénom sur une étiquette près de la caisse. — Ah ouais, c’est vrai. J’oublie ça. Et toi, tu t’appelles comment ? Elle marqua une pause. Puis répondit : — Désira. Arthy sourit. — Enchantée, Désira. — Le plaisir est pour moi. Et à cet instant précis, une chose se produisit : La chasseuse venait de se présenter à sa future proie. Mais Arthy, elle, ne le savait pas encore.
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