La Science politique n’est pas comme les autres disciplines. Les réflexions sur la matière sont tellement volumineuses qu’il serait un risque de vouloir résumer un cours magistral de plus de 150 pages en moins de 15 pages. Ceci dit, l’étudiant est appelé à faire preuve de rationalité et de maturité dans l’élaboration de ses réponses. Répondre de manière concise suivant une démarche scientifique, c’est cette vocation que tout apprenant de la discipline doit prôner. Ces lignes qui suivent sont des ébauches de questions et de réponses devant vous permettre de mieux cerner la discipline politique.
Questionnements autour d’une discipline naissante
Qu’est-ce que la Science politique ?
La Science politique est la discipline des sciences sociales qui étudie les faits et phénomènes politiques.
Qu’est-ce que faire de la Science politique ?
Pour les auteurs du Nouveau manuel de science politique, on fera de la « Science politique » dès qu’on aura, d’abord, constaté avec étonnement que l’ordre social ne va pas de soi ; dès qu’on se montrera, ensuite, soucieux d’en comprendre les structures politiques ; dès qu’on prendra, enfin, ses distances avec les convictions immédiates sur la politique, celles de nos contemporains mais aussi les nôtres, à la faveur d’une interrogation aussi systématique que possible.
Quels sont les trois repères de la démarche du politiste selon Philippe Braud ?
Le premier est la séparation aussi rigoureuse que possible entre l’analyse clinique et le jugement de valeur, ce que Max Weber appelait l’« exigence de neutralité axiologique ».
Le deuxième est le recours à des méthodes et techniques d’investigation, communes d’ailleurs aux sciences sociales, sur la validité desquelles le chercheur doit en permanence s’interroger pour en évaluer les limites.
Le troisième est l’ambition de systématisation, c’est-à-dire à la fois la production de concepts autorisant un approfondissement de l’analyse et la formulation de lois tendancielles, voire la construction de modèles qui introduisent une certaine prédictibilité.
Que signifient le politiste et le politologue ?
Le terme politiste renvoie aux habilitations universitaires et savantes ; alors que le terme politologue est réservé aux usages médiatiques. Les deux ayant la commune prétention d’analyser les faits et phénomènes politiques. Le politologue se réservant le
droit de réagir « à chaud », là où le politiste privilégie généralement une réaction « à froid », hors de l’irruption de l’événementiel.
Quels sont les obstacles pouvant empêcher l’émergence dune démarche scientifique ?
Le danger du sens commun : En effet, aucun fait politique ne se laisse saisir de manière spontanée, nous dit Michel Hastings. La connaissance du politique exige de se prémunir contre l’illusion d’un savoir immédiat et les fausses évidences, en rompant avec les opinions communes. Comme le disait Gaston Bachelard, « le fait scientifique est à conquérir ». Le sens commun tend à présenter les faits politiques comme des phénomènes naturels, échappant ainsi à toute interrogation sur leur genèse et leur construction. Le « cela va de soi » suppose à tort l’existence d’un univers politique antérieur à la constitution de la société.
Le danger de l’ethnocentrisme : Le politiste est aussi un citoyen avec ses valeurs et ses idéaux, un membre de la communauté nationale dont il partage la culture. Il est difficile dans ces conditions de mener une analyse objective, entièrement neutre de la politique. On appelle ethnocentrisme la tendance à tout juger par rapport aux normes du groupe social auquel on appartient. La science politique n’est pas à l’abri de tels préjugés méthodologiques qui auront pour effet de privilégier le point de vue subjectif du chercheur.
Quelles sont les conditions favorables à l’émergence de la Science politique ?
Selon Michel Hastings, l’éclosion de la Science politique résulte d’une série de conditions favorables : la création d’une administration moderne, la laïcisation de la vie publique et la démocratisation de la politique.
Quels sont les trois faits majeurs qui ont contribué à la naissance de la Science politique selon Philippe Raynaud ?
Nous avons le triomphe du modèle de la science positive (science des faits), par opposition à la science normative (science des normes) ; le développement de la démocratie moderne ; la croissance de l’Etat ayant entrainé elle-même une transformation profonde de la sociologie des élites.
En quoi la Science politique est-elle la science de l’Etat ?
Cette définition se fonde sur l’étymologie. La politique s’identifie à l’art de gouverner en vue du bien public, mené d’abord par la cité antique puis par l’Etat moderne. Cette première conception, relativement classique et traditionnelle, qui a été fortement influencée par les juristes, définit la science politique, en suivant l'exemple de Littré, comme « la science du gouvernement des États ». La Science politique serait la discipline qui étudie les phénomènes relatifs à l'État. Cette définition est une définition à dominante juridique, car, si la notion d'État comporte des éléments sociologiques — un territoire, une population — elle insiste surtout sur l'idée que l'État est une organisation juridique, une personne morale exerçant un pouvoir souverain pour prendre des décisions s'imposant aux membres de la collectivité étatique. Marcel Prélot avait ainsi forgé le néologisme « statologie » pour désigner la quintessence de la Science politique.
Pourquoi la définition de la Science politique comme discipline de l’Etat est- elle restrictive ?
Elle limite, tout d’abord, la politique à l’une des modalités possibles de l’organisation des sociétés humaines. Il y a des sociétés qui vivent sans Etat mais aucune ne vit sans politique. L’Etat n’épuise donc pas la virtualité du politique. Elle se cantonne, ensuite, à la dimension normative et organisationnelle des phénomènes politiques, au détriment de ses dimensions sociologiques, en oubliant qu'avant d'être des phénomènes juridiques les phénomènes politiques entrent dans la catégorie plus générale des phénomènes sociaux. D’ailleurs, l’univers politique déborde très souvent le seul périmètre institutionnel de l’Etat.
En quoi la Science politique est-elle la science du pouvoir ?
En réaction à l’approche « statologique » héritée de l’analyse juridique, des sociologues s’accordent pour considérer que la politique est l’exercice du pouvoir. La science politique devient alors la discipline consacrée à l'analyse des rapports d'autorité, de commandement, de gouvernement dans quelque société que ce soit, et pas seulement dans le cadre de l'organisation étatique. C'est une conception qui insiste fondamentalement sur les rapports inégalitaires gouvernants/gouvernés et que l'on trouve particulièrement développée chez les politologues anglo-saxons comme Harold Lasswell ou Robert Dahl, aussi bien que chez des auteurs français comme Raymond Aron, Georges Burdeau, Bertrand de Jouvenel ou Maurice Duverger.
Comment Robert Dahl définit-il un système politique ?
Robert Dahl définit un système politique « comme un ensemble persistant de rapports humains qui impliquent dans une mesure significative des relations de pouvoir, de domination ou d'autorité ».
En quoi la Science politique prise comme l’étude du pouvoir est-elle extensive ?
L’approche du politique par la notion de pouvoir paraît exagérément extensive, car multiples sont les formes de pouvoir que l'on rencontre dans la vie sociale. Ainsi du pouvoir du patron dans son entreprise, du chef religieux dans son église, du professeur dans sa classe, pour ne citer que quelques exemples parmi bien d'autres possibles. Il n'est pas jusqu'au groupe familial qui ne connaisse des relations de pouvoir, entre mari et femme ou entre parents et enfants, et même entre enfants ! Dès lors le politique tend à se dissoudre dans le social et à perdre toute identité spécifique. « À force d'enfouir le pouvoir dans la société et d'en mettre partout, on finit par ne plus distinguer une rixe d'une guerre, l'emprisonnement de deux gangsters et l'organisation d'un système concentrationnaire, le fonctionnement d'un service hospitalier et l'internement d'opposants politiques ».
Que pense Javier Onana » de la définition de la Science politique par l’Etat et par le pouvoir ?
Selon Javier Onana « la définition du politique par l’Etat pèche par son excessive étroitesse, la définition par le pouvoir pèche par son extrême dilatation (...). Le politique n’est réductible ni à l’Etat, ni au pouvoir ».
Pourquoi dit-on que le mot « politique » est un vocable équivoque ?
Le terme « politique » est l’un des plus ambigus du vocabulaire français, nous dit M. Hastings. Porteur de plusieurs sens différents, il apparaît comme un fait social incontestable, universel, mais dont l’étendue et les limites exactes demeurent « flottantes ».
Pourquoi dit-on que le mot « politique » est un mot androgynique ?
C’est un mot androgynique car il s’applique à la fois au masculin et au féminin.
Qu’est-ce que le politique ?
Le politique renvoie à l’idée d’un ordre indispensable qui permet aux hommes de vivre ensemble. Il définit cet espace social dans lequel les individus choisissent de soumettre leurs conflits d’intérêts à la régulation d’un pouvoir qui détient le monopole de la coercition légitime. Cet emploi du mot permet d’approcher de manière plus compréhensive l’objet de la science politique. P. Braud le définit comme « un champ social d’intérêts collectifs contradictoires ou d’aspirations collectives antagonistes que régule un pouvoir détenteur de la coercition légitime ». C’est bien l’existence de conflits, réels ou virtuels, qui exige la mise en place d’un pouvoir politique dont la tâche est de préserver ou de réguler les antagonismes qui traversent la société.
Qu’est-ce que la politique ?
La politique relève, quant à elle, de la contingence. Elle définit une activité spécialisée dans un espace quotidien d’affrontements entre candidats au pouvoir. Concrètement, cela rend compte, pour l’essentiel, de la concurrence entre partis et personnalités politiques pour accéder au contrôle de l’Etat, des collectivités locales, voire d’organisations internationales. P. Braud écrit qu’une telle définition renvoie à des expressions courantes comme « faire de la politique » ou encore effectuer « un choix politique », par opposition à un choix purement technique. Pour M. Hastings, l’association du conflit et de la division à la politique explique en partie son image souvent dévalorisée.
Qu’est-ce que le phénomène de politisation ?
On appelle politisation ce travail d’imputation de la qualité de politique à un phénomène social.
Quelles sont les quatre branches de la Science politique ?
Nous avons la théorie politique, la sociologie politique, la gouvernance et l’action publique et les relations internationales.
Qu’est-ce que la théorie politique ?
Elle vise l’affinement de concepts transversaux tels que « le pouvoir », « la nation », « l’Etat », etc. ; la discussion de notions aussi diverses que celles de « mobilisation », de « charisme », de « réseau ». Elle s’attache à formuler des théories globales ou, plus modestement, middle range ; à discuter les grands modèles interprétatifs de la réalité sociale et politique ; à s’interroger sur la pertinence de la méthodologie en cours. On y
associe souvent l’histoire des idées politiques dans la mesure où il s’agit de présenter et de discuter les idéologies et spéculations théoriques qui ont influencé les acteurs politiques.
Qu’est-ce que la sociologie politique ?
C’est l’étude, monographique ou comparative, des acteurs de la vie politique : institutions, partis, groupes d’intérêt, personnel politique, forces sociales ; c’est l’analyse des élections, des processus de socialisation, des stratégies de communication et d’action collective ; c’est enfin celle des modes de construction des idéologies et des univers de représentations symboliques.
Que signifie l’expression « gouvernance et action politique » ?
L’importance du fait administratif dans le monde contemporain justifie l’autonomie de ce qui n’est en réalité qu’un compartiment de la sociologie politique. On parle aussi de « science administrative », expression qui peine aujourd’hui à se maintenir. Celle, plus récente, de gouvernance présente en effet l’avantage de faciliter, au moins théoriquement, l’étude comparée des processus décisionnels dans l’Etat, les grandes entreprises ou les organisations internationales.
Que sont les relations internationales ?
Classiquement, on entendait surtout par-là l’étude des rapports interétatiques, pacifiques ou belliqueux. Aujourd’hui, ce champ comprend également les activités des organisations et des forces transnationales, domaine d’étude en plein essor. L’autonomie de cette sous-discipline ne doit pas conduire à négliger les liens étroits qui existent en réalité entre l’international et l’interne (aux Etats). On associe généralement aux relations internationales l’étude des aires culturelles dites area studies bien qu’il puisse s’agir en réalité de simples monographies sur des pays non européens.
Pourquoi dit-on que le fait politique est un fait social ?
L’emprunt majeur de la Science politique à la sociologie concerne, tout d’abord, les exigences intellectuelles qui doivent commander l’analyse. Selon le sociologue français Emile Durkheim, il faut considérer les faits sociaux « en eux-mêmes », « comme des choses ». Il faut donc se départir de tout sentiment de familiarité à leur égard, de leur appliquer au contraire la méthode qui préside à la connaissance des faits de la nature, et ne pas confondre la réalité des phénomènes avec les représentations que l’on s’en fait.
Pourquoi le fait politique n’est pas un fait isolé ?
Le second apport de la sociologie consiste à saisir les phénomènes politiques dans le cadre de situations socialement structurées. Un fait politique ne se situe jamais sur un « coussin d’air ». Il est le produit d’une série d’interactions, d’échanges avec son environnement, et résulte d’un jeu complexe de contraintes et d’intentions. Personne ne maîtrise entièrement l’émergence d’un phénomène politique, qui répond plutôt à un enchainement continu de causes et d’effets qui se répondent.
Quels sont les principaux modèles d’investigation ?
Il y a le modèle empiriste, le modèle fonctionnaliste, le modèle individualiste, le modèle développementaliste et le modèle du « politique par le bas ».
Comment peut-on expliquer le modèle empiriste ?
Cette école ne croit qu’aux faits recherchés dans l’accumulation parfois maniaque de données quantifiables (sondages, enquêtes statistiques). Ce modèle, que l’on nomme également « behavioriste », entend développer un pragmatisme scientifique et objectif. Sa fascination pour les sciences exactes le conduit à une mathématisation souvent excessive de la sociologie politique. En effet, à trop vouloir ne s’intéresser qu’à ce qui se mesure, on risque de ne comprendre qu’une partie de la réalité sociale.
Comment peut-on expliquer le modèle fonctionnaliste ?
Le fonctionnalisme emprunte volontiers aux métaphores organiques et biologiques. La société ressemblerait à un corps humain. Chaque organe remplit une fonction précise qui contribue à l’équilibre harmonieux de l’ensemble. Ce modèle postule donc une unité fonctionnelle de la société. Les mêmes fonctions seraient assurées dans tous les systèmes politiques, avec de simples variantes locales. Les critiques adressées à cette école ont été nombreuses. On lui a reproché notamment d’être conservatrice et de renforcer les tendances existantes, d’être tenté par un certain finalisme qui voit en tout fait social la réponse à un besoin fonctionnel, de confondre l’habituel avec le nécessaire.
Comment peut-on expliquer le modèle individualiste ?
Appelé également « individualisme méthodologique », cette approche repose sur une contestation des théories holistes, c’est-à-dire celles qui privilégient l’analyse des totalités sur les individus. Elle leur reproche de considérer les individus comme de simples rouages d’un système qui les dépasse, entièrement conditionnés par leur milieu, écrasés par les lois générales de l’histoire. L’individualisme méthodologique entend donc restituer aux comportements politiques leur part d’indétermination, de hasard, mais aussi insister davantage sur l’éventail des choix qui s’offrent aux acteurs.
Comment peut-on expliquer le modèle développementaliste ?
On parle de développement politique pour désigner le passage d’une structure politique traditionnelle à une forme plus moderne. Ce modèle introduit donc du dynamisme dans l’analyse des processus de transformation des systèmes politiques. La difficulté consiste à déterminer les paramètres qui permettent d’évaluer le degré de modernité politique. Les plus communément admis sont : la différentiation structurelle, c’est-à- dire l’existence ou non dans un système politique donné de fonctions accomplies par des structures spécialisées, et la capacité du système à satisfaire les attentes de la société, à résoudre les conflits. Le défaut majeur de ce modèle réside dans le risque qu’il y a de comparer les systèmes politiques aux seules démocraties occidentales, tenues pour prototypes de toute évolution politique.
Qu’est-ce le « modèle du politique par le bas » ?
Il tend, de manière insidieuse, à diluer le politique dans le social au point de s’y perdre, le rendant flou ou quasi insaisissable, disqualifiant ainsi trop hâtivement une approche, encore pertinente, par les institutions et les stratégies des acteurs politiques.
Quels sont les trois apports essentiels développés par Marx Weber dans le Savant et le politique de la science qu’on peut appliquer à la Science politique ?
• La science met naturellement à notre disposition un certain nombre de connaissances qui nous permettent de dominer techniquement la vie par la prévision, aussi bien dans le domaine des choses extérieures que dans celui de l’activité des hommes. (Gouverner, c’est prévoir dit-on).
• La science nous apporte des méthodes de pensée, c'est-à-dire des instruments et une discipline. (La Science politique par exemple).
• La science contribue à une œuvre de clarté qui peut nous indiquer qu’en présence de tel problème de valeur qui est en jeu, quelle position adopter. Pour mener à bonne fin tel ou tel projet. Elle peut donc contraindre dans de nombreux cas de se décider selon le principe du moindre mal ou celui relativement meilleur.
En quoi le politique est-il un moyen de neutralisation de la violence ?
L’institution du politique ne fait pas disparaître la réalité des possibilités de violence. Il serait illusoire de croire qu’avec elle, la violence disparaîtrait. La Cité reste malgré tout confrontée à des rivalités politiques, à des ambitions de conquêtes et d’exercice du pouvoir, à des divisions notamment du travail politique qui conduisent à des volontés de domination auxquelles peuvent correspondre des refus de soumission pour ne pas accepter la domination à perpétuité.
Quels sont les deux types d’éthiques développés par Marx Weber ?
Il y a l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité.
Qu’est-ce que l’éthique de conviction ?
Elle se rapproche davantage d’une éthique chrétienne qui fait son devoir, mais qui, en ce qui concerne le résultat de l’action s’en remet à Dieu. L’aspect passionnel de la conviction est déterminant, ce que Weber appelle « la flamme » de la doctrine et qui devant le résultat décevant se plaindra irrémédiablement du monde et de la nature des hommes. Les hommes censés être des exemples de cette éthique de conviction sont le syndicaliste ne percevant pas que certaines de ses actions pourraient donner des forces nouvelles à l’exploitation ou le pacifiste inconditionnel dont on sait aujourd’hui qu’il laisse à d’autres les moyens de préparer la guerre qu’il refuse.
Qu’est-ce que l’éthique de responsabilité ?
Elle s’inscrit dans le souci spécifique de « répondre des conséquences prévisibles de nos actes ». Certaines conséquences des décisions sont prévisibles, y compris dans leurs effets pervers.
Comment Machiavel a-t-il conçu l’émancipation de la politique par rapport à la morale ?
L’émancipation de la morale par rapport à la politique est la philosophie au fondement de la pensée de Nicolas Machiavel qui invite le prince à gouverner hors de toute considération morale. Il inaugure ainsi dans Le Prince l’idée très répandue qu’il y aurait
une certaine incompatibilité entre la politique et la morale. Que la morale serait même contreproductive pour celui qui ambitionne de réussir en politique et qui aurait intérêt à ne pas s’embarrasser de considérations morales. Pour lui « la fin justifie les moyens ».
En quoi la politique est-elle perçue comme une œuvre de volonté et de décision ?
La politique est une œuvre de la volonté et de la décision partant de la foi en la capacité de l’homme de construire son idéal de société. Donc un projet destiné à invalider la peur de l’avenir et à protéger la société. Une volonté parce que personne n’est obligée de faire de la politique. Une décision, parce que tout citoyen peut envisager de s’engager et de militer pour défendre des causes, intérêts personnels ou collectifs. Les deux (la volonté et la décision) sont donc inextricablement liés. La volonté et la décision sont soutenues par un droit garanti par la Constitution, mais aussi pour d’autres, fustigeant la crise du militantisme, un devoir pour conjurer les déficits de l’engagement et assumer la responsabilité d’agir.
En quoi la politique est-elle un métier ?
La politique est un secteur d’activités qui accueille des professionnels de la politique. La politique devient ainsi un métier à part entière avec ses ficelles, ses gestes, ses techniques, ses recettes, des savoir-faire, des savoir-être, donnant lieu à des techniques et pratiques de soi. C’est également un métier choisi volontairement par un engagement et un militantisme actif.
En quoi la politique est-elle une stratégie et une ligne d’action ?
La politique se présente aussi comme une volonté subjective animant une stratégie. Donc le mot « politique » revêt ici un sens technique, synonyme de ligne d’action. Un mot qui n’est d’ailleurs pas exclusivement réservé à l’activité gouvernementale. Nombre d’organisations non politiques revendiquent par exemple une politique de communication ou de marketing. L’action politique se donne ainsi à voir comme l’effort, dans des circonstances, que nous n’avons pas choisies, pour promouvoir ces valeurs, constitutives de notre communauté et de notre être même.
En quoi la politique est-elle un jeu et un enjeu du pouvoir ?
La politique est une lutte pour accéder aux positions du pouvoir. En effet, il ne serait pas faux de dire que : « Tout homme qui fait de la politique aspire au pouvoir – soit parce qu’il le considère comme un moyen au service d’autres fins, idéales ou égoïstes, soit qu’il le désire « pour lui-même » en vue de jouir du sentiment de prestige qu’il confère. ». Ces motifs sont donc conformes à l’intérêt personnel, la rétribution matérielle et l’honneur social. Pour Lévi-Strauss, « les hommes font de la politique pour la gloire, la richesse et les femmes. »
En quoi la politique est-elle l’exercice et le commandement du pouvoir ?
L’enjeu de l’exercice du pouvoir politique fait que le politique existe nécessairement ; il ne peut pas ne pas être ni disparaître. Il est impossible de « tuer » la politique en dépit des mauvaises ambiances démocratiques dans lesquelles les sociétés sont plongées notamment en période électorale. Selon Aristote : « Commander et être commandé fait
partie non seulement des choses indispensables, mais aussi des choses avantageuses ». Le pouvoir de commander pour éviter le « vide institutionnel et politique ».
Qu’est-ce que la politique politicienne ?
On parle de politique politicienne pour déplorer et dénoncer certaines pratiques (telle que la corruption) n’obéissant pas à l’idéal politique au fondement de toute organisation étatique. La politique politicienne est ainsi comprise comme l’antithèse de la politique constructive et soucieuse de l’intérêt général. La politique politicienne est appréhendée comme un phénomène générateur de futilités par opposition aux nécessités du politique et de la politique au sens positif du terme.
Quelles sont les grandes étapes de la formation de l’esprit scientifique ?
Nous avons :
• la rupture avec la connaissance usuelle et le jugement spontané ;
• la conquête de la vérité scientifique par l’investigation ; • les nécessités de
la déconstruction et de la réfutation ;
• la neutralité et l’inquiétude axiologique.
Quels sont les obstacles épistémologiques et les difficultés du terrain ?
Nous avons :
la difficulté d’appréhender les faits et phénomènes politiques ;
le défi de la précision et le déficit expérimental ;
l’emprise de l’actualité et l’imprévisibilité des événements ;
l’existence d’écueils.