VI Sous l’immense hall éclairé au néon, des caisses de poisson s’étalaient à perte de vue. Mary avait eu la bonne idée de se chausser de bottes, ici on pataugeait dans un mélange de mucus de poisson et de glace fondue, magma éminemment glissant et dont l’odeur ne passait pas inaperçue. Dans le petit jour blême les silhouettes épaisses des femmes qui assuraient le tri du poisson s’activaient autour de tables de plastique jaune. C’était ce métier qu’avait autrefois pratiqué la mère de Tibère. Il sembla à Mary que c’était là un travail terrible, une besogne de damnés. Et pourtant les plaisanteries fusaient, les éclats de rire aussi, la bonne humeur était générale. Les poissons étaient froids, salissants, les caisses étaient lourdes certes, et depuis le début de la nuit on était là, plantés

