La musique du New Club vibrait encore dans les os de Lydie, même si la foule semblait s’estomper autour d’elle. Luc, à quelques pas, lui tendait un nouveau mojito, ses yeux sombres scintillant sous les éclats des stroboscopes. Elle prit le verre, ses doigts frôlant les siens, et sentit une décharge électrique. L’alcool, la chaleur, l’énergie de la nuit – tout conspirait pour brouiller ses inhibitions. Elle but une gorgée, le citron et la menthe masquant à peine la brûlure du rhum.
« Alors, t’es prête à quitter ce chaos ? » demanda Luc, sa voix basse perçant le tumulte. Il se tenait près, assez pour qu’elle sente la chaleur de son corps, mais pas assez pour la mettre mal à l’aise. C’était un équilibre savant, et elle s’y laissait prendre.
Lydie hésita, jetant un coup d’œil vers la piste où Clara dansait avec un groupe de fêtards, ses boucles blondes rebondissant sous les lumières. Sophie, un peu plus loin, discutait avec Mehdi, le DJ autoproclamé qu’elles avaient rencontré plus tôt. Ses amies semblaient absorbées, mais elle savait que Sophie garderait un œil sur elle. Une partie d’elle voulait rester, continuer à danser jusqu’à l’aube. Une autre, plus impulsive, mourait d’envie de suivre Luc.
« Quitter le chaos ? » répéta-t-elle, un sourire taquin aux lèvres. « T’as un meilleur plan ? »
Luc haussa un sourcil, son sourire en coin révélant une assurance qui la troublait. « Peut-être un endroit où on peut parler sans crier. Et… voir où la nuit nous mène. »
Lydie sentit son pouls s’accélérer. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais Clara surgit, un peu essoufflée, son rouge à lèvres légèrement estompé. « Lydie, t’es encore là ? Je croyais que t’allais te faire kidnapper par Monsieur Mystérieux ! » Elle lança un regard exagéré à Luc, qui rit doucement.
« Pas de kidnapping, promis, » dit-il, levant les mains en signe d’innocence. « Juste une proposition amicale. »
« Amicale, hein ? » Clara se tourna vers Lydie, les mains sur les hanches. « OK, ma belle, verdict. Tu restes avec nous, ou tu suis le beau gosse ? »
Lydie roula des yeux, mais le regard insistant de Clara la fit rire. « T’es pas possible, toi. » Elle se tourna vers Luc, feignant de réfléchir. « Bon, d’accord. Mais si t’es un serial killer, je te préviens, Clara sait où me trouver. »
« Noté, » répondit Luc, amusé. « Pas de serial killer ici. Juste un gars qui veut prolonger la soirée. »
Clara tapa dans ses mains, ravie. « Yes ! Allez, amusez-vous. Mais Lydie, tu m’envoies un message pour me dire où t’es, OK ? Sécurité d’abord ! »
« Promis, » dit Lydie, serrant Clara dans ses bras. Elle repéra Sophie, qui s’approchait, un cocktail à moitié vide à la main. Sophie fronça les sourcils en voyant Luc, son instinct protecteur en alerte.
« Tu vas où ? » demanda-t-elle, son ton plus sérieux que celui de Clara. Elle jeta un coup d’œil à Luc, comme pour le jauger une fois de plus.
« Juste… changer d’air, » répondit Lydie, sentant une pointe de culpabilité sous le regard scrutateur de Sophie. « T’inquiète, je gère. »
Sophie pinça les lèvres, hésitante, puis soupira. « OK. Mais fais gaffe. Et envoie-moi un message, toi aussi. »
« Oui, maman, » plaisanta Lydie, lui donnant un coup d’épaule affectueux. Sophie esquissa un sourire, mais ses yeux restèrent sérieux.
Luc, qui avait observé l’échange sans intervenir, inclina la tête vers Sophie. « Je prends soin d’elle, promis. »
Sophie haussa un sourcil, mais ne répondit rien. Elle serra la main de Lydie une dernière fois avant de retourner vers Mehdi, qui l’appelait avec enthousiasme.
Lydie se tourna vers Luc, son cœur battant un peu plus fort. « Bon, alors, c’est quoi ton plan ? »
Il désigna la sortie d’un geste du menton. « Suis-moi. »
Ils traversèrent la foule, slalomant entre les danseurs et les groupes agglutinés près du bar. L’air frais de la rue de Gand les frappa lorsqu’ils sortirent, un contraste saisissant avec la moiteur du club. Lydie resserra son blouson en cuir, frissonnant légèrement. Les pavés brillaient sous les réverbères, et l’odeur de frites et de bière flottait dans l’air, typique d’une nuit lilloise.
Luc héla un taxi garé à quelques mètres. Le chauffeur, un homme d’une cinquantaine d’années avec une casquette de travers, baissa sa vitre. « Où on va, les jeunes ? »
« L’Hôtel Carlton, près de la Grand’Place, » répondit Luc, ouvrant la portière pour Lydie.
Elle haussa un sourcil, impressionnée malgré elle. « Le Carlton ? Classe. »
« J’aime bien me faire plaisir, » dit-il avec un sourire, s’installant à côté d’elle.
Le chauffeur démarra, jetant un coup d’œil dans le rétroviseur. « Vous venez du New Club ? Sacrée soirée, hein ? »
« Oh, carrément, » répondit Lydie, se détendant contre la banquette. « Ça fait longtemps que j’avais pas dansé comme ça. »
« Vous m’étonnez pas, » dit le chauffeur, riant. « Ce club, c’est la folie tous les samedis. Vous êtes en couple, ou c’est juste une rencontre de soirée ? »
Lydie sentit ses joues s’échauffer, et Luc répondit avant elle, son ton léger. « Disons qu’on profite de l’instant. »
« Bien joué, » approuva le chauffeur, tapotant le volant. « Profitez, la vie est courte ! »
Lydie échangea un regard avec Luc, amusée par son aisance. Il avait cette façon de naviguer les conversations, de rester charmant sans trop en révéler. Elle se demanda, l’espace d’un instant, ce qu’il cachait sous cette façade. Mais l’alcool et l’excitation de la nuit étouffèrent la question.
Le taxi s’arrêta devant l’Hôtel Carlton, un bâtiment élégant aux façades ornées et aux lumières tamisées. Luc paya la course, ajoutant un pourboire généreux qui fit sourire le chauffeur. « Bonne soirée, les amoureux ! » lança-t-il avant de redémarrer.
Lydie pouffa, secouant la tête. « Amoureux, rien que ça. »
Luc haussa les épaules, un éclat malicieux dans les yeux. « Il est optimiste. Viens. »
Ils entrèrent dans le hall, où un réceptionniste en costume les accueillit avec un sourire professionnel. « Bonsoir, monsieur, madame. Vous avez une réservation ? »
« Pas encore, » répondit Luc, posant une carte de crédit sur le comptoir. « Une chambre pour ce soir, s’il vous plaît. La meilleure disponible. »
Lydie sentit une bouffée d’adrénaline. Elle n’avait jamais fait ça – suivre un inconnu dans un hôtel, sans plan, sans réfléchir. Une petite voix, peut-être celle de Sophie, lui murmurait de ralentir, mais elle l’ignora. Ce soir, elle voulait être libre.
Le réceptionniste tapa sur son clavier, puis tendit une clé magnétique à Luc. « Suite au troisième étage, monsieur. Profitez de votre séjour. »
« Merci, » dit Luc, prenant la clé et guidant Lydie vers l’ascenseur. Dans la cabine, le silence s’installa, chargé d’une tension nouvelle. Lydie croisa son regard dans le miroir, et il sourit, un sourire qui promettait tout et rien à la fois.
« T’es toujours partante ? » demanda-t-il, sa voix plus douce.
Elle hocha la tête, son cœur tambourinant. « Ouais. Et toi ? »
« Plus que jamais, » répondit-il, et la porte de l’ascenseur s’ouvrit.
La suite était somptueuse : un lit king-size drapé de blanc, une baie vitrée donnant sur les toits de Lille, un minibar scintillant dans un coin. Lydie laissa échapper un sifflement. « OK, t’as mis la barre haute. »
Luc rit, ôtant sa veste et la posant sur une chaise. « Tant qu’à faire, autant bien faire. Un verre ? »
Elle acquiesça, et il ouvrit le minibar, sortant une petite bouteille de champagne. Il fit sauter le bouchon avec une aisance désinvolte, remplissant deux flûtes. « À quoi on trinque ? » demanda-t-il, lui tendant un verre.
« À… l’imprévu, » proposa Lydie, levant son verre.
« À l’imprévu, » répéta-t-il, leurs verres s’entrechoquant.
Ils burent, et le champagne pétilla sur sa langue, amplifiant l’euphorie. Luc s’approcha, posant son verre sur la table. « T’es pas comme les autres, Lydie, » murmura-t-il, sa main effleurant son bras.
Elle frissonna, son souffle s’accélérant. « T’en sais rien. Tu me connais à peine. »
« Peut-être, » dit-il, se rapprochant encore. « Mais j’ai envie de découvrir. »
Leurs lèvres se rencontrèrent, d’abord hésitantes, puis affamées. Lydie sentit le monde basculer, ses mains trouvant les épaules de Luc, puis son dos. Ils trébuchèrent vers le lit, leurs vêtements tombant comme des feuilles mortes. Il n’y avait plus de mots, seulement des souffles, des rires étouffés, des gestes fiévreux. Dans la brume de l’alcool et du désir, Lydie s’abandonna, oubliant tout – le passé, l’avenir, les conséquences.
Ils firent l’amour avec une urgence qui effaçait tout le reste, leurs corps s’entremêlant dans une danse instinctive. Lydie, perdue dans l’instant, ne pensa ni à la protection ni aux risques. Luc, emporté par la même vague, ne posa pas de questions. Ce n’était qu’eux, ici, maintenant.
Quand ils s’effondrèrent, essoufflés, Lydie sentit une vague de chaleur l’envelopper. Luc murmura quelque chose, peut-être son nom, avant de l’attirer contre lui. Elle ferma les yeux, le champagne et la fatigue l’entraînant vers le sommeil. La dernière chose qu’elle perçut fut le battement régulier de son cœur contre son oreille.
Dans la nuit, Luc se réveilla. À la lueur tamisée, il observa Lydie, endormie, ses cheveux étalés sur l’oreiller. Une pensée fugace traversa son esprit – un malentendu, une erreur. Mais il la chassa, convaincu qu’elle savait ce qu’elle faisait. Il se leva, enfila ses vêtements en silence, et posa une liasse de billets sur la table de chevet. Un geste qu’il regretta peut-être, l’espace d’un instant, avant de quitter la chambre sans un bruit.
Lydie dormait, ignorante du départ, du geste, du malentendu qui allait tout changer.