chapitre 14: la guerre des héritiers

1632 Words
La pluie tombait toujours sur la ville. À l’intérieur de la salle de réunion, personne ne parlait. Tous les regards étaient tournés vers Éliane. Elle tenait encore son téléphone dans sa main. Le message brillait sur l’écran. « Acquisition confirmée : 30 % des parts de l’entreprise. Acheteur : Alexandre. » Son cœur battait fort. Très fort. Adrian brisa le silence. — « Alexandre… » répéta-t-il lentement. Il se tourna vers elle. — « Donc c’est lui. » Éliane posa lentement le téléphone sur la table. — « Oui. » Un membre du conseil se leva brusquement. — « C’est impossible ! » — « Avec 30 % des parts, il peut bloquer toutes les décisions ! » Un autre ajouta, paniqué : — « C’est une prise de contrôle ! » La tension dans la pièce monta d’un coup. Mais Éliane resta étrangement calme. Elle inspira profondément. Puis dit simplement : — « Alors il veut jouer. » Elle leva les yeux vers les membres du conseil. — « Très bien. » Adrian la regardait attentivement. Comme s’il analysait chaque mouvement. — « Vous n’avez pas l’air surprise », dit-il. Éliane sourit légèrement. — « Parce que je savais qu’il finirait par attaquer. » Adrian plissa les yeux. — « Vous saviez ? » — « Alexandre ne supporte pas de perdre », répondit-elle. Elle se leva. La robe sombre qu’elle portait accentuait sa silhouette déterminée. — « Mais il a oublié une chose. » — « Quoi ? » demanda Adrian. Elle le regarda droit dans les yeux. — « Moi non plus. » Un silence parcourut la pièce. Puis soudain— La porte de la salle s’ouvrit brusquement. Tout le monde se retourna. Un homme entra. Grand. Élégant. Un sourire confiant sur les lèvres. Alexandre. Éliane sentit son estomac se nouer. Il marchait lentement. Comme si la pièce lui appartenait déjà. — « Bonjour à tous », dit-il calmement. Personne ne répondit. Son regard se posa sur Éliane. — « Éliane… » Sa voix était douce. Presque provocante. — « Je vois que tu as reçu la nouvelle. » Elle croisa les bras. — « Tu es venu pour te vanter ? » Il sourit. — « Non. » Il s’approcha de la table. — « Je suis venu te faire une offre. » Adrian observa la scène en silence. Alexandre posa ses mains sur la table. — « Donne-moi le contrôle de l’entreprise. » Le silence explosa. — « Et en échange ? » demanda Éliane froidement. Alexandre la fixa. Puis répondit : — « Je te laisse ton nom. » Les membres du conseil murmurèrent. Éliane éclata d’un rire court. — « Mon nom ? » — « Oui. » Il se pencha légèrement vers elle. — « Parce que si cette guerre commence vraiment… » Sa voix devint plus basse. — « Tu pourrais perdre beaucoup plus que ton entreprise. » Éliane le fixa sans cligner des yeux. — « C’est une menace ? » Alexandre sourit. — « Non. » Pause. — « Un avertissement. » Adrian se leva lentement. — « Je pense que la réunion est terminée », dit-il calmement. Tous les regards se tournèrent vers lui. Alexandre haussa un sourcil. — « Et vous êtes ? » Adrian tendit la main. — « Adrian Delacroix. » Le sourire d’Alexandre disparut un instant. — « Ah… » Il sembla comprendre quelque chose. — « Le fameux rival. » Adrian répondit simplement : — « Enchanté. » Les deux hommes se fixèrent. La tension était presque visible. Puis Alexandre se tourna vers Éliane. — « Réfléchis bien. » Il se dirigea vers la sortie. Mais avant de partir, il se retourna. Et dit doucement : — « Parce que la prochaine fois… » Il sourit. — « Je ne viendrai pas parler. » La porte se referma derrière lui. La pièce resta silencieuse. Éliane serra les poings. Adrian la regarda. — « Il est dangereux. » Elle répondit doucement : — « Je sais. » Il la fixa un moment. Puis demanda : — « Alors pourquoi je sens que tu n’as pas peur ? » Elle leva les yeux vers lui. Un léger sourire apparut. — « Parce que cette guerre… » Elle se tourna vers la fenêtre où la pluie tombait encore. — « Je vais la gagner. » Mais dans l’ombre… Quelqu’un d’autre préparait déjà le prochain coup. Et cette fois… Éliane pourrait ne pas le voir venir. La nuit était tombée sur la ville. Les lumières des immeubles dessinaient une mer d’or dans l’obscurité. Le vent faisait vibrer les vitres du bureau d’Éliane, mais à l’intérieur tout semblait étrangement calme. Trop calme. Éliane était seule dans son bureau. Elle regardait les dossiers étalés devant elle. Des contrats. Des graphiques. Des rapports financiers. Depuis l’annonce d’Alexandre, tout avait changé. L’entreprise était entrée dans une zone dangereuse. Chaque décision pouvait devenir une arme. Elle passa une main sur son front et soupira doucement. Ses pensées étaient lourdes. Mais ce qui la troublait le plus n’était pas Alexandre. C’était Adrian. Depuis leur première rencontre, quelque chose chez lui lui donnait l’impression qu’il savait beaucoup plus de choses qu’il ne le montrait. Et cela l’agaçait. Elle se leva lentement et s’approcha de la grande fenêtre. La pluie avait cessé. La ville respirait de nouveau. Mais au fond d’elle, Éliane sentait que la tempête ne faisait que commencer. Soudain, la porte du bureau s’ouvrit. Adrian entra. Son regard était sérieux. Presque inquiet. — « Je savais que je te trouverais ici. » Éliane ne se retourna pas tout de suite. — « Tu devrais dormir », continua-t-il calmement. — « Impossible », répondit-elle. Elle se tourna enfin vers lui. — « Alexandre prépare quelque chose. » Adrian s’approcha lentement. — « Oui. » Un silence s’installa. Puis il posa un dossier sur le bureau. — « Mais ce n’est pas la seule chose qui devrait t’inquiéter. » Éliane fronça légèrement les sourcils. — « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Adrian ouvrit le dossier. À l’intérieur se trouvaient plusieurs documents. Des transferts d’argent. Des signatures. Des contrats secrets. Le regard d’Éliane parcourut les pages. Puis elle se figea. Un nom apparaissait plusieurs fois. Un nom qu’elle connaissait parfaitement. Sa voix devint presque un murmure. — « Non… » Adrian la regarda avec gravité. — « Je voulais être sûr avant de te le dire. » Elle releva les yeux vers lui. — « C’est impossible. » Adrian resta silencieux. Éliane reprit les documents et les relut encore. Mais le nom ne changeait pas. Il était là. Clairement. Lucien. L’un de ses plus proches collaborateurs. L’homme qui travaillait à ses côtés depuis des années. Celui en qui elle avait toujours eu confiance. Sa poitrine se serra. — « Il travaille pour Alexandre », murmura-t-elle. Adrian hocha la tête lentement. — « Depuis plusieurs mois. » Le monde sembla tourner autour d’elle. Tous les souvenirs lui revinrent. Les réunions. Les décisions. Les stratégies. Lucien avait été présent à chaque moment. Chaque secret qu’elle pensait protégé. Chaque plan. Tout. Elle ferma les yeux un instant. Une douleur froide traversa son cœur. Quand elle les rouvrit, son regard avait changé. Il était devenu plus dur. Plus tranchant. — « Est-ce qu’il sait que je sais ? » Adrian répondit calmement : — « Non. » Un silence passa. Puis Éliane posa lentement le dossier sur le bureau. — « Bien. » Adrian la regarda attentivement. — « Tu as une idée. » Elle hocha la tête. — « Oui. » Son regard devint presque glacial. — « S’il veut jouer contre moi… » Elle s’approcha de la table. — « Alors je vais lui donner exactement ce qu’il attend. » Adrian comprit immédiatement. — « Tu veux le piéger. » Éliane sourit légèrement. — « Exactement. » Mais Adrian ne souriait pas. Il observait Éliane comme s’il voyait autre chose derrière sa détermination. Quelque chose de plus fragile. — « Fais attention », dit-il doucement. Elle leva les yeux vers lui. — « Pourquoi ? » Adrian hésita un instant. Puis répondit : — « Parce que dans cette guerre… » Sa voix se fit plus basse. — « Les personnes qui nous trahissent ne sont pas toujours celles que l’on croit. » Le regard d’Éliane resta posé sur lui. Un instant plus long que les autres. Puis elle détourna les yeux. — « Merci du conseil. » Adrian hocha simplement la tête. Mais au moment où il allait partir, Éliane dit doucement : — « Adrian. » Il se retourna. — « Oui ? » Elle le regarda. Et pendant une seconde, son expression changea. Moins froide. Presque sincère. — « Pourquoi m’aides-tu ? » Le silence dura plusieurs secondes. Adrian semblait chercher ses mots. Puis il répondit simplement : — « Parce que si tu tombes… » Il marqua une pause. — « Ce pays perdra la seule personne capable de le changer. » Éliane resta immobile. Adrian quitta le bureau. La porte se referma doucement. Elle resta seule dans la pièce. Mais cette fois, ce n’était plus Alexandre qui occupait ses pensées. C’était Adrian. Et la question qu’elle n’arrivait pas à ignorer. Pourquoi avait-elle l’impression que cet homme cachait encore un secret bien plus grand ? Dans l’ombre du bâtiment… Une voiture noire était garée. À l’intérieur, Lucien parlait au téléphone. Sa voix était basse. Presque nerveuse. — « Oui… » Il regarda vers la tour où se trouvait Éliane. — « Elle ne se doute de rien. » Une pause. Puis il ajouta : — « Tout se déroule exactement comme prévu. » Dans l’autre silence du téléphone… Une voix répondit. Une voix calme. Une voix qu’Éliane n’aurait jamais imaginé entendre derrière cette trahison.
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