Puis nous avons commencé à travailler sur les itinéraires, la traversée et comment je devais passer par plusieurs villages avant d’arriver dans la ville de Baton Rouge, puis Memphis, etc… Le chemin était long, d’autant plus que je n’avais que quelques sous pour mon départ, une boussole et un vieux téléphone qu’Anna allait me donner pour essayer de communiquer.
Je me sentais prête et mon départ était prévu pour vendredi, le jour du grand marché où les bateaux traversent les océans. J’avais un plan pour me faufiler dans un bateau, mais Anna m’a dit que si je faisais ça, ils allaient me retenir comme esclave. Elle m’a alors proposé de me donner quelques pièces d’or pour le chemin.
Après avoir bien fait les plans, nous sommes rentrés au village. Il se faisait un peu tard et je devais nourrir les porcelets et préparer la salle des poulets.
— Salut les gars, on se retrouve sur le poteau tout à l’heure.
— À tout de suite Tara. Je vais passer chez Zoé pour récupérer un peu de lait de vache pour le dîner du soir.
Nous sommes bien arrivés. J’avais mes tâches à faire. Ma mère travaillait encore dans son potager et mon père était dans son écurie avec les chevaux.
— Bonsoir maman.
— Tu vas bien ma fille ?
— T’inquiète pas maman, je vais bien.
— On a besoin d’eau, tu peux aller en chercher ?
— À cette heure, maman ? C’est la nuit.
— C’est pour le dîner, et il en faut aussi pour se laver.
— Et papa alors ?
— Dans les écuries.
— D’accord, je vais prendre le chariot dans ce cas.
— Fais comme tu veux, mais rentre vite avec de l’eau.
J’étais l’enfant unique et je faisais tout ce qu’on me demandait. Je n’avais pas le choix. Je n’aimais pas aller à l’eau, de peur de tomber sur Zoé ou le “burro” du village. Mais je n’avais pas d’autre option.
Je prépare le chariot, je charge les seaux et je me dirige vers la rivière. Heureusement pour moi, il n’y avait personne. Je me suis dépêchée de finir pour rentrer.
Sur le chemin du retour, je tombe sur Zoé. Elle avait un seau noir. J’ai voulu l’ignorer, car j’avais un plan en tête, un plan dont je ne pouvais parler à personne. Elle s’est arrêtée devant moi.
— Non, pas ici, on pourrait nous voir.
— Depuis que tu sais que mes parents veulent me donner en mariage, tu m’évites Tara… à moins que tu me caches quelque chose.
— Ce n’est pas ça Zoé. C’est juste que ce qu’on fait depuis le début est contraire aux règles du village. Et bientôt tu vas épouser Jean-Luc, le “burro”, et moi dans tout ça je ne peux rien faire. Toi non plus. J’ai juste compris que nous deux, c’est impossible.
— Et si on partait loin d’ici ? Moi je n’ai pas envie de me marier, je n’ai que 18 ans et Jean-Luc en a 32.
— Non, on ne peut pas. C’est trop risqué. Ils risqueraient de nous poursuivre, et si jamais ça arrivait, tu serais punie, et moi aussi. Désolée.
— Tu ne m’aimes plus, j’ai compris. Mais ce n’est pas grave. Je vais faire des efforts pour ne pas épouser le burro. Bonne soirée.
Après ces mots, je la laissai partir. J’ai voulu la retenir, mais je me suis ravisée. Je suis repartie avec un poids au cœur. Mais ce n’était pas elle ma préoccupation. Je ne devais pas céder : mes plans étaient déjà établis et ce que j’avais était trop peu pour m’enfuir avec elle. Non, pas encore.
Je rentre à la maison, je finis ce qu’il me restait à faire, puis je m’enferme dans ma chambre pour ranger ce qui pourrait m’être utile dans un petit sac à dos. Je devais partir après-demain. Il fallait que je sois prête bien avant.
Tellement fatiguée, je m’endors alors que je devais encore aller au poteau retrouver les autres. Ils s’y sont retrouvés sans moi, et Zoé était présente.
— On s’est retrouvés tout à l’heure, mais je ne pense pas qu’elle ait terminé de travailler.
— Il se fait tard, elle ne viendra plus.
— Vous avez parlé tout à l’heure ?
— Franchement, elle ne m’aime plus. Je lui ai proposé de s’enfuir, mais elle a refusé. Elle dit que c’est trop risqué. J’ai laissé tomber.
— C’est vrai que c’est risqué, elle a raison, comprends-la.
— Mais elle m’avait proposé ça un jour, et c’est moi qui ai refusé parce que j’avais peur. Il n’y a pas d’explication… c’est juste qu’elle voit ailleurs.
— Tara ? Ailleurs ? Non, je ne pense pas.
— C’est ton amie, tu ne peux que la défendre, dit Fhey.
— Je suis sûre qu’elle voit quelqu’un d’autre au collège.
— Là, je ne sais pas, je ne la contrôle pas.
— J’en suis sûre, elle ne m’a jamais parlé comme ça.
— Non, mais depuis qu’elle sait que tu vas te marier, elle le prend mal. Et le plus dur, c’est qu’elle ne peut rien faire pour vous sauver tous les deux.
— Mais on peut s’en aller…
— Bonne idée, dit Fhey.
Zoé m’en voulait déjà, alors que ce qu’elle allait apprendre ensuite serait pire.
Le lendemain matin, je me lève tôt et je fais mon sport quotidien : étirements, saut à la corde, abdos, musculation avec des appareils artisanaux. Eddy vient me rejoindre et me raconte ce qu’ils ont dit hier. Et une fois de plus, le nom de Zoé revient encore.
[À suivre…]