Hari
Je raccompagne Brianna jusqu'à son bureau. Je dois reconnaître que notre pause déjeuner était tellement agréable, qu'il m'est difficile de me séparer d'elle. Mais comme le dit le proverbe, toutes les bonnes choses ont une fin. Et puis, j'aurais tout le temps de la voir et discuter un peu avec elle en fin de journée. En attendant, j'ai beaucoup de travail à faire et elle aussi.
— A tout à l'heure.
Elle acquiesce, sourire aux lèvres. Je dépose un b****r discret sur sa joue et regagne mon bureau, dont je referme la porte derrière moi avant de retirer tout mon attirail hivernal. Un drôle de sentiment s'empare de moi tandis que je jette l'ensemble sur un fauteuil non sans récupérer mon téléphone et mon paquet de cigarettes au passage. Les deux en main, je me laisse tomber sur l'un des grands canapés en cuir blanc et allume une cigarette sur laquelle je tire une longue bouffée. Mon téléphone vibre entre mes mains. Je m'empresse de déverrouiller l'écran, peu surpris de voir le nom de mon frère s'afficher dessus. Le connaissant, il a probablement dû appeler notre père à peine nous avons quitté le restaurant.
Je soupire tout en expirant la fumée que je viens d'inhaler.
Message rapide pour t'informer que j'ai prévenu papa que tu seras là samedi avec ta petite-amie. Il avait l'air ravi non seulement de savoir que tu es enfin de nouveau avec quelqu'un mais également de te revoir. Il a vraiment hâte de la rencontrer (et ça n'est pas de l'hypocrisie). Encore merci d'avoir pris le temps de venir me voir, c'était sympa ! Je te souhaite une bonne semaine et te dis à samedi. Cody.
Je ne peux réprimer le rire qui s'échappe de mes lèvres en arrivant à la fin de son message. Mon père ravi de savoir que je suis en couple, ça c'est une première. Aux dernières nouvelles, il faisait tout son possible pour rester neutre et ne pas se mêler au conflit qui m'oppose à ma belle-mère, depuis que je me suis débrouillé pour faire enfermer sa fille aînée. Je demande donc à voir avant de croire. D'autant plus que la connaissant elle, ce n'est pas parce que mon père se dit ravi et laisse supposer qu'il se tiendra à carreau que cela veut dire qu'elle en fera autant.
La famille Stanford n'a jamais été aussi superficielle et matérialiste que depuis que cette femme y a été intégrée en tant que deuxième épouse de mon père. Enfin. Ce n'est que le temps d'un week-end. Le temps de faire bonne figure, avec quelques sourires par devant et quelques critiques par derrière. Quant à la presse, elle sera probablement présente mais rien d'ingérable. Et puis, Bree n'est pas n'importe qui. J'aurais pu trouver bien pire. Je suis persuadé qu'elle s'en sortira à merveilles. Son comportement de tout à l'heure me laisse supposer qu'elle est loin d'avoir fini de m'impressionner. Mon portable vibre à nouveau. Je tape une réponse rapide pour mon frère puis ouvre le nouveau message. Je sens mon corps se crispé instantanément en comprenant qui est l'expéditeur. Ou plutôt devrais-je dire l'expéditrice.
Salut Hazz ! Ma mère m'a dit que tu seras là ce week-end. Désolée de ne pas être de la partie, ça aurait été cool de se revoir. Xx. Haley.
Ma réponse est immédiate.
Salut groupie ! Pas de soucis. J'espère que ta mère prendra vite conscience du fait que je ne suis plus parti à prendre et que ça ne sert à rien qu'elle continue ses magouilles dans ce sens-là. Nous avons bien vu ce que cela a donné avec ta sœur une fois qu'elle m'a mis le grappin dessus...Quant au fait de se revoir, j'espère que tu comprendras que le sentiment n'est pas réciproque. Sur ce, je te souhaite une bonne journée.
Je clique sur envoyer, le cœur battant à plein régime et la respiration saccadée. Bon sang. J'aurais bien aimé qu'elle s'abstienne de m'envoyer un message. Cela fait un bail que nous n'étions plus en contact et je m'en sortais très bien comme ça. Après la catastrophe Gwenaëlle, j'ai rapidement coupé contact avec Hortense, ma belle-mère, et Hailey, sa fille cadette. A l'époque cette dernière faisait une sorte de fixette sur moi, ce qui était assez flippant. Bien que je doive reconnaître que je l'ai toujours trouvée beaucoup moins tarée que sa mère et sa sœur aînée. Mais bref. Passons. Je suis tiré de mes pensées par un coup donné à la porte. Je me dépêche de finir ma cigarette et écrase le mégot dans le cendrier.
— Entrez !
Phoebe apparaît presque instantanément dans mon champ de vision. Elle referme la porte derrière elle et me rejoint.
— Désolée pour la visite surprise. Je déjeunais dans un restaurant pas très loin avec Travis et je me suis souvenue de ton message sur les dossiers dont tu aimerais parler avec moi. Du coup, je me suis dit que nous pourrions le faire maintenant, si tu es disponible, m'explique-t-elle en s'asseyant à mes côtés.
J'acquiesce, un sourire en coin sur le visage. Elle a beau ne pas le dire, je me doute qu'elle n'est pas venue juste pour les dossiers. Elle sait que Bree devait commencer son stage aujourd'hui et la connaissant, elle devait être curieuse de la rencontrer.
— Si tu te demandes où se trouve ma nouvelle stagiaire, elle est dans son bureau probablement en train de lire des manuscrits.
— Et comment s'est passé sa première matinée au sein de l'entreprise ?
— Plutôt bien. Après cela je l'ai emmenée au restaurant de Cody. Je dois dire que c'était bien sympa comme escapade.
— Bonne chose.
— Oui et ce n'est pas tout.
Je prends une grande inspiration tout en m'humectant les lèvres, le sourire béat du mec en train de vivre sa meilleure vie collée aux lèvres, malgré moi.
— Cody m'a parlé du Gala de Noël organisé par mon père et Hortense ce week-end. Il est prévu que j'y aille avec Brianna.
— Avec Brianna ?!
Je ris, amusé par sa réaction légèrement démesurée. Phoebe se tait, stupéfaite. Je profite de ce moment de répit pour récupérer les dossiers et demander à Kelly de nous apporter deux cafés. L'après-midi qui nous attend promet d'être longue. Un peu d'apport énergétique ne pourra certainement pas nous faire de mal.
— Bon et sinon quand est-ce que je pourrai rencontrer ta nouvelle stagiaire ?
Je retourne m'asseoir à ses côtés, les dossiers en main.
— En fin d'après-midi, normalement.
— Mmmm, mmmm, intéressant...
J'étale rapidement les dossiers devant nous sur la table basse et me tourne vers elle. Mon regard croise le sien illuminé par une lueur joueuse. Ses lèvres sont étirées en un sourire taquin. Il ne m'en faut pas plus pour comprendre quelle heure il est. Je pousse un soupir et lève les yeux au ciel. Je sais très bien ce qu'elle s'apprête à faire, mais qu'elle ne compte pas sur moi pour coopérer aussi facilement.
— Aller. Avoue-le.
— Avouer quoi ?
— Bien essayé Stanford. Mais tu devrais savoir depuis le temps que cela ne marche pas avec moi.
— Je ne vois absolument pas de quoi tu parles, je lui assure.
— Oh bon sang ! Avoue que j'avais raison !
Je me contente de la regarder d'un air interrogateur, prenant sur moi pour réprimer le sourire qui menace d'apparaître sur mon visage à tout instant.
— Oh, aller, râle-t-elle exaspérée.
— Aller, quoi ?
Elle attrape mon bras gauche et le pince fort.
— Aouch !
Je repousse sa main et me masse le bras, en riant. Phoebe et ses réactions d'adolescente ne me lasseront jamais. Ma meilleure amie pointe un doigt accusateur et menaçant dans ma direction.
— Avoue que j'avais raison et que tu as le béguin pour elle, autrement je recommence.
— Ok, ok.
Je lève les mains en l'air en signe de défaite. Elle laisse retomber la sienne, un sourire vainqueur sur le visage. Décidément, quel numéro. Poussant un soupir, j'attrape mon paquet de clopes et en allume une autre. Je tire une longue bouffée que j'expire lentement tout en ancrant mon regard à celui de ma meilleure amie.
— Tu avais raison Phee.
— Voilà qui est mieux. (Nous sommes interrompus par l'arrivée de Kelly. Cette dernière se dépêche de nous apporter nos cafés et ressort aussi vite que ce qu'elle est entrée. J'attrape mon gobelet et me tourne vers Phoebe.) J'ai le béguin pour Brianna Andrews. Et ça me fait vraiment flipper.
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