Chapitre 5

574 Words
Chaque fois que mes yeux surprennent un couple qui marche main dans la main ou qui s’installe côte à côte, je détourne aussitôt le regard. Ce n’est pas la tendresse des autres qui me dérange, mais le vide qu’elle révèle en moi. La question persiste, insoluble et lancinante : « Où est la mienne ? » --- Les klaxons des véhicules retenus derrière eux résonnaient comme des éclats furieux, transformant la route en chaos sonore. — Torak ! s’écria Raphaël, sa voix vibrante de colère. La scène devant eux se mouvait avec une telle intensité qu’elle semblait presque avaler leur vision. — Adresse-moi correctement ! gronda Torak, sa voix grave et autoritaire emplissant l’habitacle. Le ton de l’Alpha imposait une soumission immédiate. Raphaël et Calleb inclinèrent la tête, un geste automatique, conscient qu’aucun être de rang inférieur ne pouvait défier cette autorité sans souffrir. — Oui, Alpha… répondirent-ils d’une seule voix. Torak se laissa tomber contre le dossier, ses yeux d’un noir profond fixant la route invisible à travers la vitre. Raphaël reprit le volant, conscient que tout mot ou geste imprudent pourrait provoquer l’éveil du loup en lui — cette part sauvage, implacable, qui ne connaissait ni compromis ni pitié. — Alpha Torak… commença Calleb, la voix incertaine, …nous avons rendez-vous avec Alpha Romulus dans vingt minutes et cette route va dans la mauvaise direction… Mais Torak ne l’entendait pas. Ses yeux restaient rivés à l’horizon, indifférents aux avertissements. Raphaël savait que tenter de raisonner l’Alpha dans cet état aurait été inutile. Le loup de Torak n’était pas une simple manifestation : il incarnait le danger pur et immédiat. Il surgissait uniquement pour protéger ou détruire, et chaque éclat de sa colère laissait des souvenirs de sang. La dernière fois qu’il avait cédé, une meute entière avait payé le prix fort. — Et maintenant ? murmura Calleb, ne sachant à qui s’adresser. Raphaël jeta un coup d’œil rapide à Torak via le rétroviseur : expression fermée, impassible, comme si tout autour n’existait plus. — Annulez tout, dit enfin Raphaël, suffisamment fort pour que Torak entende, puis attendit. L’Alpha resta silencieux, et Raphaël soupira, levant un signe à Calleb. Le jeune homme attrapa son téléphone et composa un numéro. À la troisième sonnerie, une voix décrocha et Calleb répondit, étonnamment posé et poli. Après avoir raccroché, il croisa le regard de Torak dans le rétroviseur, puis fixa Raphaël. — Alors ? demanda-t-il, impatient. Raphaël ne répondit pas, concentré sur la route, tandis que le silence à l’intérieur de la voiture pesait, saturé de l’énergie brute du loup qui dormait à peine sous la peau de Torak. Calleb n’avait jamais observé cette intensité, mais il avait entendu les histoires et sentit la tension parcourir son échine. La longue ligne de bitume les mena de la ville au village voisin. Sur la route étroite, Calleb finit par rompre le silence : — Alpha Suprême… demanda-t-il timidement, la voix hésitante. Où allons-nous exactement ? Torak ne répondit pas. Calleb soupira et reporta son regard sur l’asphalte humide et déserté. La bruine fine rendait chaque lampadaire flou, chaque ombre plus menaçante. — Alpha, au moins pourrions-nous savoir notre destination ? Cela me permettrait de me préparer si un affrontement était nécessaire… Raphaël le fusilla du regard, un avertissement silencieux de ne pas provoquer l’Alpha. Contre toute attente, l’expression impénétrable de Torak se détendit légèrement, et sa voix grave rompit le silence : — Pour retrouver mon âme sœur.
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