Sienna
Les mots s'échappaient de ma bouche, brûlants et amers. Chaque phrase était un cri contre l'injustice de mon existence. La lune, elle, semblait là, distante et muette, se moquant de mon agitation. Elle ne me donnait aucune réponse, aucun réconfort. Le vent soufflait doucement, mais je n'avais que l'impression qu'il me renvoyait mon désespoir, me le renvoyait comme un écho de ma propre faiblesse. La solitude de la nuit m’écrasait, et dans cet espace infini, je me sentais plus perdue que jamais.
Je laissai mes sanglots s’échapper sans retenue, comme un torrent furieux. Mes larmes, chaudes et salées, se mélangeaient à la pluie invisible qui battait doucement la terre. Chaque pleur, chaque cri semblait m’arracher un peu plus de mon humanité, comme si je devenais une créature brisée, totalement prise dans une douleur irréversible. Je me sentais comme une victime, une âme perdue dans un monde qui me rejetait. Le vide était total, mais la douleur était bien réelle. J'avais l'impression que ma vie n'était qu'une suite de souffrances, un enchaînement de malheurs sans fin.
Soudain, je sentis une chaleur douce, un bras protecteur qui m’enveloppait. C’était Lali, qui, malgré ma résistance, venait me retrouver dans ma folie. Sa présence était un baume, un réconfort rare. Sa voix, douce et apaisante, se glissa dans mes oreilles, brisant le tumulte de mes pensées :
– « Tout ceci arrive pour une bonne raison, Sienna. Tu n'es pas maudite. »
Les mots de Lali, pleins de compassion et d'espoir, étaient comme une brise légère sur une mer agitée. Mais la tempête qui faisait rage dans mon cœur ne pouvait pas être apaisée par de telles paroles. Comment pouvais-je croire à une raison, à une quelconque logique derrière cette douleur ? Comment pouvais-je voir un sens dans cette situation où je me sentais écrasée par le poids des décisions qui ne m'appartenaient pas ?
Je la regardai, les larmes brouillant ma vision. J'avais du mal à respirer, comme si l'air était devenu trop lourd autour de moi. Chaque souffle était une lutte contre la noyade, contre l'étouffement. Le monde autour de moi était devenu une masse informe, pleine de souffrance et d'injustice. Mon esprit se noyait dans l’incertitude, dans un tourbillon d’émotions contradictoires. La colère, la douleur, la révolte. Je ne savais plus quoi faire, ni vers qui me tourner.
Je soufflais un instant, essayant de rassembler mes pensées, mais ma voix trahissait ma détresse. – « Non... Je préférerais mourir que d'épouser ce monstre. » C’était comme si mes mots eux-mêmes étaient une malédiction, une forme de révolte contre un monde qui m’avait trahie. Mais je savais, au fond, que tout ce que je voulais, c'était m’échapper. Je voulais m'échapper de cette cage qu'était ma vie, de cette décision imposée.
Soudain, une voix froide, venimeuse, perça l'air, faisant écho à mes paroles. C’était la voix de ma belle-mère, tranchante comme une lame. – « Il aurait fallu que tu me le dises bien plus tôt, que tu souhaitais mettre fin à tes jours. Dans ce cas, j’aurais pu alléger ta souffrance de mes propres mains. »
Le sang se glaça dans mes veines. Mon cœur s'arrêta un instant, figé dans une terreur silencieuse. La présence de cette femme était un poison dans mon âme, un poison que je n'avais plus la force d’ignorer. Elle n’était jamais loin, toujours là, prête à me rappeler à quel point ma vie ne m’appartenait plus.
Je sentais la brise nocturne caresser mon visage, me ramenant légèrement à la réalité, mais la colère et la tristesse bouillonnaient encore en moi. Le ciel était vaste, d'un bleu profond, parsemé d'étoiles qui semblaient m'observer silencieusement, comme si elles se moquaient de ma souffrance. La lune, en particulier, brillait d'une lueur pâle et distante, me renvoyant à ma propre solitude. Je la fixai un instant, comme pour y chercher des réponses, des signes. Mais elle restait froide et indifférente, une étoile perdue dans l'immensité de l'univers, tout comme je me sentais perdue dans ma propre vie.
Lali, toujours à mes côtés, me regardait en silence, son visage empreint de compassion et de crainte. Elle n'avait pas besoin de parler pour que je ressente sa présence, son soutien silencieux. Elle savait, comme moi, que nous n’étions que des spectatrices dans cette tragédie que mon père avait orchestrée. Il n'avait jamais pris en compte mes désirs, mes rêves, mes aspirations. Tout ce qu'il voulait, c'était asseoir son pouvoir, et pour cela, il n'hésitait pas à sacrifier ce qui m'était le plus précieux : mon libre arbitre.
Je tournai brusquement la tête vers elle, une nouvelle résolution se formant dans mon esprit. "Je ne peux pas rester là, Lali. Je ne peux pas accepter ce mariage. Pas avec cet homme." Mon ton était ferme, empli d'une conviction nouvelle. Lali hocha la tête, bien consciente de ce qui allait suivre. Elle savait que cette décision allait changer beaucoup de choses, et elle ne me jugerait pas pour cela. Elle ne pouvait que m'accompagner dans ma fuite.
Je pris une profonde inspiration, essayant de chasser les images de mon père et de ma belle-mère qui me harcelaient encore dans mon esprit. Chaque mot qu'ils avaient prononcé résonnait en moi comme une insulte, chaque geste de ma belle-mère était comme une piqûre de venin, me brisant un peu plus à chaque instant. Mais ce n'était plus le moment de me laisser submerger. Ce que je voulais, ce que je devais faire, c'était prendre le contrôle de ma vie. Si je devais fuir, alors je le ferais. Si je devais lutter, je lutterais.
"Je vais me venger," murmurai-je, mes lèvres tremblant d'une rage nouvelle. "Je vais leur montrer que je ne suis pas leur jouet, que je suis maîtresse de mon destin." Mes poings se serrèrent, mais une part de moi savait que la vengeance n'était pas la réponse. Pas entièrement. Mais c'était une promesse, un pacte que je faisais avec moi-même : je ne me laisserais plus jamais dominer par eux. Il était temps de prendre le contrôle.
Lali me regarda avec une certaine inquiétude dans les yeux, mais elle ne dit rien. Elle savait que ma décision était prise, que j'étais déterminée à changer les choses, peu importe le coût. "Fuir, c'est peut-être la seule option qu'il nous reste", répondit-elle enfin, une lueur de tristesse et de résignation dans la voix. "Mais sois prudente, Sienna. Ce ne sera pas facile. Ni pour toi, ni pour moi."
Je pris sa main, la serrant fort, me sentant un peu plus forte à cet instant. "Je n'ai pas le choix, Lali. Je ne peux pas vivre comme ça, pas sous leur contrôle. Je n'ai jamais été aussi perdue de ma vie, mais je sais une chose : je vais me battre. Et si je dois tout perdre pour ça, alors je le ferai."
La nuit semblait s'étirer à l'infini autour de nous, mais un feu nouveau brûlait dans mon cœur. Je ne savais pas encore ce que l'avenir me réservait, mais je savais que je n'étais plus seule. Lali était là, à mes côtés, et ensemble, nous affronterions ce qui venait.
Peu importe la guerre qu'il me faudrait livrer. Je n'avais plus peur. Plus jamais.