Chapitre 4 : Les premiers

628 Words
Après ce b****r, quelque chose se brisa et, en même temps, se renforça entre eux. Le silence qui suivit n’était plus le même. Il était chargé de questions que ni l’un ni l’autre n’osait formuler. Martine tenta de reprendre le contrôle. Elle se réfugia dans son travail, multipliant les heures au bureau, analysant chaque rapport avec une rigueur presque excessive. Pourtant, malgré ses efforts, son esprit revenait toujours à Joseph. À sa voix calme. À son regard fuyant. À cette impression persistante qu’il était à la fois proche et inaccessible. Au commissariat, l’enquête sur Karma stagnait. Aucune piste concrète. Aucun témoin fiable. L’homme semblait s’être volatilisé. Il a disparu, dit un agent lors d’une réunion. Karma ne disparaît jamais par hasard, répondit Martine sèchement. Il prépare quelque chose. Ces mots résonnèrent étrangement en elle. Le soir, lorsqu’elle rentrait chez elle, Joseph l’accueillait avec un sourire discret. Il s’était remis à marcher normalement, à se déplacer avec assurance. Trop d’assurance, parfois. Tu vas mieux, remarqua-t-elle un jour. Le corps guérit plus vite que l’esprit, répondit-il. Cette phrase la troubla. Peu à peu, Martine commença à remarquer des détails qu’elle n’avait pas vus auparavant. La manière dont Joseph fermait toujours les portes derrière lui. Sa capacité à rester calme face à des situations stressantes. Son silence calculé. Un soir, alors qu’elle fouillait distraitement dans un tiroir, elle tomba sur un pansement usagé, soigneusement replié. Elle hésita, puis le jeta. Le geste lui parut absurde, presque honteux. Pourtant, une graine de doute venait de germer. Joseph, lui, menait sa propre enquête. Quand Martine dormait, il se levait discrètement. Il observait la maison, mémorisait les habitudes, notait les zones interdites. Le bureau de Martine, toujours fermé à clé, l’intriguait particulièrement. Il savait que rester ignorant était dangereux. Un soir, profitant de son absence, il entra dans le bureau. Les murs étaient couverts de dossiers classés, d’écrans de surveillance, de notes manuscrites. Sur l’un des tableaux, des photos étaient accrochées avec des punaises rouges. Il s’approcha. Son cœur se serra. Au centre, un nom écrit en lettres capitales : KARMA. Son propre nom. Autour, des informations détaillées : opérations passées, connexions, hypothèses. Martine ne se contentait pas d’être une simple fonctionnaire. Elle était la cheffe de l’unité qui le traquait. Il recula lentement, le souffle court. Tout s’expliquait. Sa rigueur. Son intuition. Ses silences. Il comprit alors qu’il était entré dans la vie de son pire ennemi… et qu’il était tombé amoureux d’elle. Les jours suivants furent marqués par une tension invisible. Joseph regardait Martine autrement. Chaque sourire lui semblait suspect. Chaque geste, calculé. Martine, de son côté, sentait le changement. Joseph était plus distant. Plus fermé. Quelque chose ne va pas ? lui demanda-t-elle un soir. Non, répondit-il. Je réfléchis. À quoi ? À la vérité. Cette réponse la glaça. Le doute de Martine atteignit son point de rupture une nuit où ils partageaient un verre de vin dans le salon. Joseph buvait lentement, distrait. Martine l’observait, le cœur battant. Soudain, une idée folle traversa son esprit. Elle se leva calmement, alla chercher un verre identique et le plaça à côté du sien. Profitant d’un moment d’inattention, elle échangea les verres. Joseph continua de boire. Un prélèvement discret. Un geste presque invisible. Le lendemain, au laboratoire, Martine observa les résultats. Ses mains tremblaient. Les empreintes correspondaient. Joseph était Karma. Le monde sembla vaciller autour d’elle. Elle resta longtemps assise, incapable de bouger. Tout ce qu’elle croyait s’effondrait. L’homme qu’elle aimait était celui qu’elle avait juré d’arrêter. Le soir, lorsqu’elle rentra chez elle, Joseph l’attendait. Ils se regardèrent longuement. Ils savaient. Aucun mot ne fut échangé. La confiance venait de mourir. À partir de cet instant, ils devinrent deux chasseurs vivant sous le même toit. Et l’amour, désormais, était leur plus grand danger.
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