Chapitre 1

1298 Words
Des centaines d’années plus tard La petite Raine était blottie dans son lit après que sa mère eut terminé de lui raconter son histoire du soir. Ses cheveux noirs comme l’encre et bouclés étaient éparpillés sur l’oreiller blanc, tandis que ses lèvres couleur cerise formaient un adorable bâillement et que ses yeux papillonnaient, tentant de lutter contre la somnolence. Elle voulait encore écouter l’histoire de sa mère, mais le sommeil eut raison d’elle. Raine Tatum était une adorable petite fille de huit ans qui allait fêter ses neuf ans après-demain. Elle était tellement impatiente pour sa fête d’anniversaire que ses parents avaient préparée. — Bonne nuit, Raine… Sa mère embrassa son front avant de se lever et d’éteindre la lumière en quittant la chambre. — Bonne nuit, maman, murmura Raine en serrant son ours en peluche contre elle. Quelques secondes plus tard, la petite fille sombra dans un profond sommeil. La nuit était silencieuse. Trop silencieuse. Une obscurité anormalement épaisse semblait être devenue un brouillard lourd qui entourait Raine. La sensation d’une main froide touchant ses jambes la réveilla. Elle tenta de la repousser avant de se rendormir, pensant qu’il ne s’agissait que d’un rêve. La seconde suivante, l’étreinte se resserra. Ce ne fut qu’à cet instant que les yeux de Raine s’écarquillèrent. Elle baissa les yeux vers ses jambes. Deux yeux rouges comme le sang la fixaient. Un frisson parcourut instantanément tout son corps. Et cette « chose » aux yeux rouges rampait maintenant sur elle. À la place où une bouche aurait dû se trouver, il y avait un trou béant entouré de dents acérées. Les mains glaciales de la créature remontèrent de ses jambes jusqu’à son cou, essayant de l’étrangler. Son souffle brûlant lui frôla le visage, terrorisant la pauvre petite fille. Figée par le choc, Raine était incapable de respirer, encore moins de crier à l’aide. Son corps tremblait incontrôlablement. Comme si tout l’air avait été aspiré de ses poumons, elle suffoquait. Elle ignorait ce qui allait lui arriver, mais la douleur dans sa poitrine provoquée par le manque d’air la rendait extrêmement mal à l’aise. Son corps se convulsait sous l’effet de la panique. Raine tenta de repousser la « chose » qui l’étranglait en donnant des coups de pied, mais ce ne fut qu’une tentative futile. Lorsque sa vision commença à se brouiller et que les ténèbres semblèrent prêtes à l’emporter, la porte s’ouvrit brutalement. — Arrête ! La voix grave et rauque d’un homme résonna dans la chambre. L’homme aux yeux rouges se détourna brusquement et la relâcha. Raine profita de l’occasion pour remplir ses poumons d’air, tandis que son corps s’effondrait douloureusement sur le sol. — Maman… Elle parvint à appeler sa mère d’une voix faible. — Maman… Elle l’appela encore entre deux sanglots, mais sa voix affaiblie n’était guère plus qu’un murmure. Avec le peu de forces qui lui restaient, Raine releva lentement la tête pour regarder l’homme qui se tenait sur le seuil de sa chambre. Il portait un pull noir et un jean déchiré. Ses longs cheveux noirs étaient attachés derrière sa nuque. Et son sourire… Son sourire était terrifiant, si vicieux qu’il dévoilait ses canines anormalement longues. Raine poussa un cri avant de fondre en larmes. — Tais-toi !!! Il gronda. Raine eut encore plus peur et ses pleurs redoublèrent. Désespérée, elle appela sa mère. — Maman… Maman… — TAIS-TOI !!! Il grogna. Sa main droite s’abattit violemment sur le dessus de la commode de Raine, qui se brisa en morceaux. La petite fille inspira brusquement et recula à quatre pattes jusqu’à se glisser sous son lit, où elle se recroquevilla de peur. — Transforme-toi ! ordonna-t-il à l’homme aux yeux rouges. Dans un grognement, le corps de la « chose » se mit étrangement à trembler. Ses longs doigts froids rétrécirent jusqu’à retrouver une taille humaine normale. Le trou béant de son visage se transforma en une paire de lèvres qui s’étirèrent en un sourire narquois, tandis que son corps prit l’apparence d’un homme humain torse nu. Ses yeux rouges, eux, restèrent inchangés. — Pourquoi m’as-tu arrêté ? demanda-t-il. L’homme s’assit délibérément sur le lit. Celui-ci s’enfonça sous son poids. Raine sursauta et poussa un cri en se recroquevillant davantage sous le lit. — C’est la fille que Lucifer recherche depuis un siècle. — Comment sais-tu que c’est elle ? demanda l’homme aux yeux rouges en haussant les épaules. Il s’adressait à l’homme sur le seuil, qui le regardait d’un air dangereusement méfiant. — Elle peut me voir lorsque je me transforme. Les humains ordinaires étaient incapables de voir les métamorphes sous leur véritable forme. Raine n’aurait donc jamais dû pouvoir le voir comme elle l’avait fait. Pourtant, elle l’avait vu. Aussi clairement que s’il avait été humain. L’autre homme eut un regard brillant tandis qu’il se caressait le menton. — Nous l’emmènerons auprès de Belzébuth. Vivante. À peine eut-il terminé sa phrase qu’un grognement terrifiant de l’homme aux yeux rouges emplit la pièce. Sa voix grondante fit trembler le lit, et Raine gémit de peur sous celui-ci. Le pull noir de l’homme se déchira en lambeaux tandis que ses longs cheveux noirs retombaient derrière lui. Raine poussa un gémissement lorsque, sans avertissement, sa main ensanglantée attrapa l’arrière de son pyjama et la tira brutalement hors de la chambre. Il traîna la petite fille dans le couloir, loin de sa chambre. Une fois encore, elle hurla à pleins poumons, tentant désespérément d’appeler sa mère et son père. Mais aucune âme vivante ne lui répondit. Impossible… L’homme terrifiant venait de passer devant la chambre de ses parents. Il était impossible qu’ils n’aient pas entendu ses cris, aussi profondément endormis soient-ils. Elle pleura et tenta de se libérer de l’emprise de l’homme. Elle lui griffa la main avec ses ongles, mais sa peau était dure comme de la pierre, comme si elle était faite de marbre. Elle tenta ensuite de frapper sa jambe, mais ce fut encore une tentative inutile. L’homme ne bougea même pas. Alors, elle mordit la main qui agrippait son pyjama. Et ce ne fut qu’à ce moment-là qu’elle attira son attention. L’homme s’arrêta et souleva Raine d’une seule main. Sa tentative de fuite l’avait tellement agacé qu’elle finit par le mettre en colère. Dans un grondement de rage, il lança Raine vers la vitrine en verre où son père conservait sa collection de miniatures de tours, rapportées de différents endroits qu’il avait visités. La vitre vola en éclats au moment où le corps de Raine percuta la vitrine. En quelques secondes, de minuscules morceaux de verre pénétrèrent sa peau à plusieurs endroits, faisant pleurer la petite fille de douleur. Les débris de verre se répandirent sur tout le sol. — Maman… Papa… Raine pleurait tandis que des fragments lui coupaient les pieds lorsqu’elle tenta de se relever. Mais sa peur de l’homme qui se tenait devant elle la paralysa. Elle recula avant de courir vers la porte ouverte donnant sur le salon. Alors qu’elle se précipitait vers l’entrée, elle aperçut du coin de l’œil deux corps sans vie étendus sur le sol. Du sang s’écoulait de leurs blessures ouvertes. Elle les connaissait ! — Maman ! Papa !! Elle cria d’horreur. La scène était bien trop terrifiante pour elle. Traumatisée par ce qu’elle avait sous les yeux, Raine s’effondra au sol tandis qu’un cri déchirant s’échappait de ses lèvres. Elle tremblait et frissonnait incontrôlablement. Elle couvrit ses yeux avec ses mains lorsqu’elle sentit l’homme s’approcher de nouveau. Il la souleva brutalement du sol. Raine hurla lorsqu’elle sentit son corps être projeté dans les airs avant de percuter violemment le mur. La douleur était tout simplement insupportable. Cependant, elle ne fut pas la seule à crier de douleur. Étrangement, l’homme poussa lui aussi un cri aigu, comme s’il souffrait atrocement pour une raison inconnue.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD