Chapitre 21 : Le Syndrome de la Cage (Part. 2)

686 Words
(Point de Vue : Maïra) Le silence de l'habitacle du Range Rover était oppressant, seulement troublé par le battement métronomique des essuie-glaces. Moreau, le garde du corps que j'avais sélectionné, conduisait avec une concentration absolue, balayant les rétroviseurs des yeux toutes les cinq secondes. Je m'adossai au siège en cuir, fermant les yeux, essayant de calmer les battements erratiques de mon cœur. Cinq minutes. Encore trois rues, et je serais dans mon sanctuaire. Le véhicule ralentit, s'engageant dans la petite ruelle privée qui menait à mon immeuble de très haut standing. Moreau pressa la télécommande fixée au pare-soleil. La lourde porte de garage en fer forgé coulissa silencieusement. Nous pénétrâmes dans le parking souterrain. L'endroit était désert, baigné d'une lumière blanche et crue. Des dizaines de voitures de luxe dormaient dans un silence de cathédrale. Moreau gara le SUV à quelques mètres des portes de mon ascenseur privatif. Il coupa le moteur. Moreau : Attendez ici, Mademoiselle Leduc, murmura-t-il, la main sur la crosse de son pistolet. Je vérifie le périmètre avant de vous ouvrir. Il ouvrit sa portière et posa un pied sur le béton ciré. Je regardai son large dos à travers le pare-brise. Il fit deux pas vers l'ascenseur, balayant les ombres des piliers de béton. Tout semblait calme. Mon corps se détendit d'un millimètre. J'avais réussi. J'étais sortie de la tour et j'allais enfin pouvoir... Le bruit fut sourd, presque étouffé. Thwip. Une tache rouge sombre explosa soudainement sur la nuque de Moreau. Le garde du corps se figea, son arme à moitié sortie de son étui. La lame noire d'un couteau tactique venait de se loger à la base de son crâne, sectionnant sa moelle épinière avec une précision chirurgicale. Il s'effondra lourdement sur le béton, comme une marionnette dont on venait de couper les fils. Mort avant même de comprendre ce qui l'avait frappé. Un hurlement de terreur pure m'échappa. L'adrénaline, glaçante et paralysante, inonda mes veines. Je me jetai sur la poignée de la portière arrière, cherchant désespérément à la verrouiller. Mais l'électronique de la voiture, couplée à la portière avant restée ouverte par Moreau, avait désengagé le système de sécurité central. Une main immense, recouverte d'un gant de cuir noir, s'agrippa au montant de la portière arrière et l'arracha littéralement de mes mains avec une force animale. L'air froid et humide du parking s'engouffra dans l'habitacle, emportant avec lui une odeur que je connaissais trop bien. La pluie. Le métal. Et le sang. Kaiden se tenait là. L'eau ruisselait sur ses cheveux noirs. Ses yeux, deux gouffres de folie obsessionnelle, me fixaient avec une intensité qui me vida instantanément de toutes mes forces. Je reculai frénétiquement sur la banquette arrière, mes talons dérapant sur le cuir, jusqu'à heurter la portière opposée. J'ouvris la bouche pour hurler, pour appeler une aide qui n'existait pas. Il fut sur moi en une fraction de seconde. Sa main gauche plongea dans mes cheveux, tirant violemment ma tête en arrière, tandis que sa main droite s'abattit sur ma bouche, étouffant mon cri dans sa paume de cuir. Son poids m'écrasa contre le siège. Mon cœur battait à une vitesse mortelle. L'empire, les milliards, l'alliance avec ma sœur... Tout venait de s'effondrer en dix secondes. Le Diable approcha ses lèvres de mon oreille. Son souffle chaud glissa sur ma peau glacée. Kaiden : Tu as cru pouvoir m'échapper en construisant un palais de verre, Bonnie ? murmura-t-il, sa voix grave vibrant de cette tendresse toxique et terrifiante. L'argent ne te protège pas de moi. Tu m'appartiens. Hier, aujourd'hui, et jusqu'à ce que je décide de t'arracher le cœur. Il retira légèrement sa main de ma bouche, juste assez pour me laisser respirer, mais plaqua immédiatement une seringue d'acier contre la veine de mon cou. Kaiden : Ferme les yeux, ma reine, chuchota-t-il alors qu'une larme de pure terreur roulait sur ma joue. On rentre à la maison. Il pressa le piston. Le liquide brûlant envahit mon sang. Les néons blancs du parking vacillèrent. Le visage de Kaiden fut la dernière chose que je vis avant que les ténèbres absolues ne m'engloutissent.
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