Mercred’7

422 Words
Mercred’7 La cité BHL est en fait l’ancienne résidence Youri Gagarine rebaptisée par la nouvelle municipalité, à l’occasion de sa rénovation. Le PVC a remplacé le bois pourri des fenêtres, des digicodes sophistiqués à code (ça va de soi) et cartes magnétiques ont succédé aux anciennes portes en acier peint en vert, des paysages urbains (gros cailloux déjà tagués, sculptures modernes moches et allées dallées entre des espaces verts artificiellement vallonnés) ont pris la place de la pelouse pelée et sèche, des écailles décoratives et isolantes ont paré les anciennes façades en petits carreaux qui se décollaient et le couple de gardiens a été réexpédié au Portugal pour y couler une retraite bien méritée. À la place une régie municipale assure gardiennage et nettoyage. Ses éléments ont dû être sélectionnés au GIGN, si on en juge par leur aspect rassurant. L’un d’eux, qui îlote sur le parking récemment débarrassé de ses épaves, nous accueille René et moi, en portant deux doigts à sa casquette imitation Bruce Willis. L’aspect de ma Fiat l’incite à la méfiance. — Vous cherchez quelqu’un ? — Oui, monsieur Mourad N’Guyen. C’est mon client et j’ai hâte de voir à quoi il ressemble : un Viet aux cheveux crépus ou un Arabe aux yeux bridés. — Bâtiment B2. À deux cents mètres devant vous, là-bas. Vous voyez, celui avec l’échafaudage. Mais vous devez laisser votre véhicule au parking visiteurs, derrière vous. — D’accord ! Merci. Un grand craquement m’informe que ma marche arrière est enclenchée. Je nous gare et nous descendons du véhicule. Le bâtiment B2 est devant nous, sa rénovation n’est pas terminée (d’où l’échafaudage) mais le digicode est déjà déglingué. Manque de bol, la porte, elle, est toujours provisoirement en état. On est là comme deux cons à regarder la touche creuse en face du nom de N’Guyen. René se réveille le premier : — Soit on attend que quelqu’un entre ou sorte, soit tu lui bigophones à ton lascar pour qu’il nous ouvre ou soit, et je préférerais, on se tire et tu lui diras qu’on n’a pas pu rentrer, parce que je ne vois pas ce qu’un mec d’ici peut apporter à ta carrière à part des embrouilles. Bien que je ne lui donne pas tort dans ses propos j’extirpe de ma poche mon cellulaire et je compose le numéro de Mourad que j’avais pris soin de noter sur un post-it avant de partir. Ça sonne bien dix coups avant qu’une voix me donne la réplique : — Oui ! C’est qui ? — Cicéron Angledroit. Monsieur N’Guyen m’attend… — C’était aujourd’hui ? Je lis dans le regard de René qui a tout entendu : « Qu’est-ce que je disais ? » — Il me semble, mais on peut repartir, et c’est pas sûr qu’on reviendra. — Si, si, Montez ! Troisième gauche. La porte en bois. La porte fait un schplonck sourd et s’entrouvre.
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