08
« Je conduis, alors on va à Walmart. » Une série de jurons mentaux défilent dans ma tête, je ne comprends toujours pas pourquoi on va dans un supermarché. Je reste dans cet état de confusion jusqu’à ce qu’on se retrouve à l’entrée du magasin avec un grand chariot.
« On y va. » Il dit en me poussant un chariot au hasard.
« Et on fait quoi ? »
« On va chercher tes trucs végétariens. » Il dit en évitant mon regard, scrutant les environs du magasin. Je le fixe, l’étudie, et décidant de ne pas faire l’une de mes remarques habituelles, je commence à pousser le chariot en le suivant.
Je me dirige dans les allées, attrapant les choses habituelles dont j’ai besoin pour un repas simple, avec Aiden qui me suit silencieusement. On reste comme ça jusqu’à ce qu’on entre dans l’allée des snacks.
« Cinnamon Toast Crunch ! » Aiden crie en courant, attrapant la grosse boîte avec un large sourire sur les lèvres. Il ressemble à un gamin de cinq ans, souriant largement en la jetant dans le chariot. Lorsqu’il me voit le fixer, son sourire disparaît rapidement.
« Quoi ?! »
« Rien. » Je dis, un sourire effleurant mes lèvres.
« Tu n’aimes pas ça ? C’est ça ? »
« Non. Mais honnêtement, Lucky Charms c’est bien meilleur. » Je dis en prenant une boîte pour moi avant de sortir de l’allée.
« Rends ça ! » Aiden exige en me suivant rapidement.
« Je ne le rendrai pas, c’est la vérité. » Je dis en prenant du jus.
« Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? Attends, non, laisse tomber, il y a tellement à dire. C’était une question stupide. » Il dit avec un sourire en grimpant sur le devant du chariot.
« Descends. » Je commande, mais il m’ignore, sachant que je ne vais pas gagner, je continue donc à pousser. En observant Aiden, je confirme quelque chose que mon esprit soupçonnait depuis quelques années. C’est un enfant dans l’âme, avec la plus courte attention que j’aie jamais vue et il est bien trop facilement amusé. Il a commencé à se disputer avec moi quelques fois, mais il abandonnait dès qu’il voyait quelque chose qu’il voulait, et chaque fois qu’un enfant tombait ou pleurait, il rigolait comme un vrai malade.
« Ça devrait suffire. » Je dis en regardant le chariot débordant, il hoche la tête en signe d’accord et je nous dirige vers une caisse vide. Après une dispute sur qui devait payer, on décide de tout partager.
« Puis-je juste dire à quel point vous êtes parfaits ensemble ? » La caissière dit avec un grand sourire enjoué.
« Non. » Je réplique en attrapant quelques sacs.
« Je crois que je vais vomir. » Aiden dit en attrapant le reste des sacs, tandis qu’on quitte la caissière désormais triste.
« C’était tellement bizarre. » Je murmure en dégoûtant, tandis qu’on se dirige vers la voiture.
« Je sais ! » Il approuve en ouvrant le coffre. « Genre… quel genre de personne malade dirait ça ? » Un rire m’échappe à son commentaire alors qu’on place les sacs dans le coffre.
« Je déteste les gens comme ça. Pourquoi sont-ils toujours aussi heureux ? Comme personne ne devrait être aussi heureux ! » Je confie toujours en souriant.
« Moi aussi ! Ils sont trop agaçants, je jure qu’ils chient des arcs-en-ciel. » Il dit, ce qui me fait éclater de rire, un rire que je ne connaissais pas. Alors qu’on ferme le coffre désormais plein, il me regarde en continuant de rire, bien que je tente de m’arrêter.
« Je vais remettre le chariot. » Je dis en me calmant légèrement, sans attendre sa réponse, je m’éloigne rapidement.
Je n’ai pas ri comme ça depuis longtemps, un sourire reste accroché à mes lèvres pendant que je pousse le chariot vers les autres. Je sens cette attraction entre nous qui me tire violemment, alors je ne perds pas de temps pour retourner vers la voiture.
« Que fais-tu ici si tard toute seule, beauté ? » Je me tourne brusquement pour voir un type sortir des ombres, une odeur dégoûtante et un sourire lubrique sur les lèvres. Ignorant son existence, je continue mon chemin, mais je suis stoppée lorsqu’on me heurte. Je relève les yeux pour voir un autre homme qui n’était pas là avant, et en scrutant les alentours, je vois beaucoup d’autres sortir des ombres comme les pervers qu’ils sont.
« Où tu vas comme ça ? » Un d’eux demande en traçant ma joue du doigt. Je lui donne une gifle qu’il accompagne d’un sifflement d’admiration. « J’aime quand elles sont fougueuses. »
Il fait un mouvement pour me saisir, mais j’esquive facilement et je lui porte un coup direct au menton, le bruit du craquement me fait savoir qu’il ne parlera plus de sitôt. Sans crier gare, ils se jettent tous sur moi, mais je les combats sans problème, donnant des coups de poing et des coups de pied, les mettant tous hors de combat un par un, mais ils continuent d’arriver.
« Julian ! » La voix d’Aiden interrompt ma concentration, mes yeux trouvent sa silhouette qui se précipite vers moi. Un coup de poing me frappe au menton, ce qui me ramène à la réalité, un autre coup me touche sur le côté. Je retrouve mon équilibre avant de me recentrer, et avec l’aide d’Aiden, il ne nous faut pas longtemps pour les faire tous tomber.
Sans me donner le temps de respirer, il attrape ma main dans la sienne et m’entraîne loin du groupe d’hommes désormais incapables de bouger. Je trébuche derrière lui alors qu’il marche à grandes foulées. Avant que je ne puisse réagir, il me pousse dans le siège conducteur de la voiture avant de se glisser lui-même derrière moi.
Mes yeux s’écarquillent de surprise alors qu’il se glisse sous moi pour me serrer dans ses bras. J’allais le repousser, mais je sens une série de vagues faites d’inquiétude et de colère émanant de lui, il doit vraiment paniquer à cause de cette histoire de lien. Hésitante, je le serre contre moi, mais cela ne fait qu’intensifier son étreinte.
« Espèce d’idiot, pourquoi t’as pas appelé à l’aide ? » Il murmure en me serrant comme si sa vie en dépendait.
« Je n’ai pas… »
« Ou bien pourquoi tu n’as pas couru ! Ou caché ! Ou fait quelque chose ! » Il dit, ce qui me fait monter ma colère.
« Parce que j’en avais pas besoin. Je suis aussi une alpha ! » Je dis d’un ton sévère en me reculant légèrement pour le regarder, la colère montant en moi, mais elle s’éteint aussitôt quand mes yeux croisent les siens, brisés. Ses lunettes ne sont plus là et je plonge dans ses yeux pour la première fois. Ils sont marron, mais ont une teinte dorée qui les rend incroyablement beaux, je n’ai jamais rien vu de pareil, c’est presque hypnotisant et je me perds dedans.
« J’avais tellement peur. » Il dit doucement, me ramenant à la réalité. « Je n’ai jamais ressenti une telle peur, te voir en danger… C’était trop. »
Ses mots me laissent sans voix alors que je le fixe. Je ne veux pas le voir dans cet état, ça me fait mal de le voir aussi misérable et triste.
Je commence vraiment à détester cette histoire de lien.
« Je suis désolée. » Je ne sais même pas pourquoi je m’excuse, mais c’est tout ce que je peux dire. Ses yeux scrutent les miens avant de se poser sur mon menton qui me fait encore souffrir. La douleur dans ses yeux fait gémir ma louve de malaise, ses doigts effleurent ma peau doucement.