Premier mouvement – La liberté vient en errant-3

3011 Words
À son premier jour de liberté, Antoine partit pour le centre-ville. Il le trouva agréable et dominant. Ses murailles étaient belles et solides et l’on pouvait y ressentir la ville guerrière, qui avait à cœur de défendre ses quelques milliers d’âmes. La ville avait été rénovée et remaniée, renforcée et développée, afin de satisfaire au mieux aux désirs de puissance et de conquêtes de ces messieurs à couronne. Elle avait du succès et entendait le montrer. Le peuple avait du travail, les bourgeois avaient l’argent du travail, les nobles avaient l’or et l’argent, quant aux membres du clergé, ils se prélassaient tranquillement, ou plutôt comme ils disaient dans leur jargon, ils priaient. Tout était donc en bon ordre dans la riche ville bretonne. Les chantiers navals monopolisaient la vie, tous, ou presque, y travaillaient. S’ils n’y œuvraient pas directement, forcément leur commerce y était lié ou bien un membre de la famille y besognait d’une façon ou d’une autre. Le centre névralgique du poumon économique de la France était là, au bord de l’eau. Depuis Brest, les navires partaient et revenaient des Amériques, d’Afrique, d’Asie et d’Ailleurs. À Brest, les impressionnants bâtiments de guerre, les navires de commerce remplis de richesse, les bâtiments scientifiques et d’exploration qui repoussaient encore et toujours les limites du monde connu. Le port grouillait jour et nuit des allées et venues des commis en tout genre qui négociaient, commerçaient, chargeaient, déchargeaient et encaissaient. Les marins y faisant escale et ceux y étant à port d’attache ne se privaient pas des joies que leur offrait la vieille ville. Des gaietés simples et toutes à leur attention, comme seul un marin peut les comprendre et les apprécier. Les navires à quai, les ports, les chantiers étaient magistraux, à l’image de la glorieuse marine du royaume des Louis, des Henri, des François et autres Charles. Antoine déambula longtemps à travers caisses et cordages. Il s’arrêtait devant chaque navire se demandant de quelle terre magique il pouvait bien s’en revenir. –Qu’a-t-il rapporté ? Qu’a-t-il découvert ? Qui a-t-il combattu ? Quelle excitation que d’être à bord ! D’où vient celui-là ? Où va celui-ci ? Puis-je embarquer mon capitaine ? Cheveux aux vents, il était à la proue, fier et droit, informant le capitaine de sa réussite dans la traduction de ce document d’importance qui lui avait été confié. Cette langue énigmatique, que lui seul avait réussi à déchiffrer et qui révéla de précieuses informations sur l’Homme et l’univers, jusque-là inconnues. Le capitaine ne cessait de le féliciter et lui garantissait une présentation au roi. Sa nomination au nouveau poste de « linguiste général du royaume » était imminente. Des îles inexplorées se profilaient devant eux et le capitaine, dans son admiration pour son jeune linguiste, décida de les baptiser « Îles de Clairet ». –Ah ! Quel bel hommage ! Que l’air marin est tonifiant ! Pardon ? Que dites-vous mon capitaine ? –Lève tes fesses blanc bec ! T’es assis sur la pêche du jour, nom de Dieu ! Un marin pêcheur tira Antoine de son monde et l’éjecta d’une seule main de la caisse de poisson sur laquelle il était assis. Le séant par terre et désormais mouillé, il retourna confus en la résidence Fairfield. La première leçon qu’il donna à Mlle Margaret fut longue et laborieuse. Il avait pris sur lui de débuter l’apprentissage par l’enseignement de l’alphabet et de la prononciation. Douglas, assis dans un coin de la pièce, faisait des interventions inutiles et désagréables. Il constata qu’à la fin de cette leçon, Mlle Margaret ne savait toujours pas dire « bonjour ». Il rapporta l’ignominie à Lord Fairfield, qui convoqua Antoine aussitôt. Ce dernier expliqua que rien ne servait d’enseigner le vocabulaire, c’était là une chose que Mlle Margaret devait faire de sa propre initiative. Par contre, connaître la façon de prononcer correctement les mots qu’elle lirait lors de son temps libre, ou bien, lors de l’exécution des exercices prescrits par son professeur, lui donnerait la possibilité de s’exprimer et de comprendre plus rapidement. Le lord et le mister n’en démordaient pas, insistant sur l’importance de savoir saluer. Antoine fit alors démonstration de sa thèse en demandant à Douglas de bien vouloir prononcer « bonjour » ; qu’il prononça « bonn’johuw » ; puis en le prononçant lui-même, faisant noter la différence à Fairfield. Il demanda à Douglas s’il avait étudié l’alphabet et la prononciation, question à laquelle celui-ci répondit négativement. Le noble Écossais fut convaincu et demanda à Antoine de poursuivre en ce sens. Cependant, pour ne pas perdre l’essentiel, un contrôle des connaissances serait fait chaque vendredi, à 20 heures au petit salon. Douglas vécut fort mal la démonstration faite par le jeune homme, il se promit des représailles pour l’affront. Entre deux leçons, Antoine attendait la table de M. Duratin ; qui était bien plus fournie et surtout plus amusante. Il avait retrouvé Duratin un de ces jours où l’on tourne en rond, ces jours nombreux où l’on remplit sa vie de choses futiles, mais agréables pour l’esprit. Alors en goguette dans les rues pavées de Brest, il passa devant une enseigne qui disait « I. Duratin. Notaire ». Il frappa à la porte, entra et y trouva le cousin de celui qu’il cherchait. Fernand Duratin n’était pas ami avec l’oncle Urbain pour rien. Volubile et sans trop de manières, il avait accueilli Antoine à bras ouverts en lui demandant que diable devenait « ce vieux filou d’Urbain ». –Il va bien, répondit Antoine, il est négociant en spiritueux à Paris. –En spiritueux à Paris ! s’esclaffa Duratin, cette vieille barrique a su trouver son commerce ! Il prit Antoine par l’épaule et l’amena vers le salon où siégeaient une belle dame très brune, deux petites demoiselles souriantes et quelques messieurs-dames rigolards. Duratin présenta Antoine à son épouse Émilie, à ses deux filles Jeanne et Lucie et aux quelques quidams faisant ici salon. Il y avait là, un conseiller municipal, le directeur adjoint du port de Brest et sa dame, ainsi que le cousin notaire. Il l’assit sur une chaise et il lui raconta, ainsi qu’à l’assistance, comment il avait rencontré Urbain dans une auberge des alentours de Pertuis. –Une bien belle auberge, dit-il, jusqu’à ce que ce satané Urbain la fasse brûler, rajouta-t-il hilare. –Brûler ? demanda Antoine embarrassé. –Brûler mon p’tit ! Et pas qu’un peu crois-moi ! dit Duratin en se servant un verre d’alcool de poire. Nous avons dû nous enfuir à cheval, dit-il en levant son verre, sur deux belles bêtes qu’Urbain avait maraudées au patron. –« Maraudées au patron » ? répéta Antoine rouge de honte. –C’est que nous n’avions pas le choix, rajouta Duratin en reposant son verre désormais vide, car avec la maréchaussée aux trousses, mieux vaut partir vite ! On s’installa confortablement et les questions fusèrent. Duratin adorait ces moments où il devenait le centre de la conversation, il s’adossa dans son fauteuil, alluma un bon cigare, croisa les jambes et conta l’histoire en y mettant les formes. Il se lança dans le récit avec une telle verve et un tel entrain, que les invités émoustillés lui demandaient toujours plus de détails, qu’il se faisait fort de rendre croustillants, quitte à modifier un peu l’authenticité des faits. Antoine finit par se détendre, car en y réfléchissant, l’oncle Urbain avait bien fait de faire brûler cette auberge. L’assistance décida qu’Antoine était fort sympathique, une des deux demoiselles jugea qu’il était bien mignon, et Émilie ayant constaté qu’il faisait honneur à la table, il fut invité régulièrement à tenir salon chez eux. Mais le couvre-feu de 21 heures devenait de plus en plus étriqué, lorsque l’on prenait ses dîners chez les Duratin. Antoine rentrait de plus en plus tard. Personne ne s’en aperçut jamais, jusqu’au jour où, se faufilant par l’entournure d’une porte de service, il sentit dans le courant d’air, les effluves d’un parfum aux odeurs voluptueuses. Il referma la porte, traversa la cuisine et s’engageant dans le petit escalier étroit qui montait vers les salons, il tomba nez à nez avec Lady Audrey. Debout, deux marches au-dessus de lui, elle lui passa la main sur la nuque, lui caressa l’épaule et s’arrêta sur sa poitrine. Elle le houspilla un peu pour son retard. Pour le punir, elle le prit par le col de sa chemise et elle le fit monter jusqu’en haut ; bien plus haut qu’Antoine n’eut jamais espéré monter. Lorsqu’au matin, le majordome trouva Antoine dénudé dans une chambre de l’étage qui lui était interdit, il le réprimanda sérieusement, lui ordonna de se rhabiller séance tenante et s’en alla faire un rapport à son maître. Lorsque Lord Fairfield apprit que la règle avait été transgressée, il fut fort fâché. Lorsqu’il sut qu’Antoine avait été trouvé nu, il fut choqué ; et quand enfin, il comprit que madame son épouse avait passé la nuit dans la même chambrée, Antoine fut baffé, puis mis à la porte. Le son du biniou plus jamais ne résonna à son oreille rougie. On envoya une missive formelle au collège à Paris. Les pères ne plaisantaient pas avec les mœurs, surtout s’il ne s’agissait pas des leurs. Antoine fut renvoyé. Monseigneur fut informé. Le scandale éclata et l’oncle Urbain, que l’histoire amusa beaucoup, dut aller s’expliquer auprès du prélat. Monseigneur voulu excommunier Antoine, mais devant les regrets tout vinicoles de M. Urbain de Clairet, il s’abstint. Lord Fairfield demandait réparation pour l’affront. Lady Fairfield fut renvoyée en Écosse où elle se retira durant deux mois, dans un couvent glacial, à des fins de repentance. On fit comprendre à Antoine qu’il valait mieux qu’il restât éloigné de Paris, de Brest, du collège et des Fairfield. Chez Duratin où il trouva refuge, le sujet occupa de nombreuses soirées. Chacun avait son avis sur la question. Duratin père trouvait cela désopilant, Duratin mère trouvait cela dégoûtant, le cousin y aurait bien goûté et les deux demoiselles en furent bien émoustillées. L’avis du reste des invités, selon qui était présent, se partageait entre mœurs bafouées et draps tachés. Antoine avait ruiné sa grande carrière. Certains soirs, il rêvait qu’il se trouvait devant la fameuse académie des linguistes et qu’un portail rouillé lui barrait l’entrée. Il essayait de rentrer de force quand un grand zouave en jupe le tirait par le mollet. Il n’osait plus mettre le nez dehors. Retourner à Paris était impossible, rentrer au Berry encore moins, rester à Brest n’était pas viable. Le lord écossais s’était plaint au gouverneur de la ville. Bien que le cocufiage de Fairfield par un gamin de 19 ans fît bien rire la haute société brestoise, par diplomatie, Antoine était désormais recherché, Fairfield voulant régler l’affaire par un duel à l’épée, en bonne et due forme. La clandestinité et la pression des autorités firent qu’Antoine se résolut à accepter le duel. Celui-ci fut fixé à quatre jours plus tard. Antoine, comme tout gentilhomme qui se respecte, avait bien entendu appris le maniement de l’épée, mais face à un homme qui avait maintes fois combattu sur les champs de bataille, ses chances de l’emporter étaient bien maigres. Il s’entraîna, du mieux qu’il put, jour et nuit. Duratin fit même venir expressément un maître d’armes de sa connaissance, vieil officier de marine en retraite. Tout cela ne servit à rien, car le duel n’eut point lieu. En tout cas pas sous cette forme. Se sentant désormais libre de circuler en ville, car ayant relevé le défi, Antoine fit un soir, une sortie vers le château de la pointe du port. Il s’y assit face à la mer, prit d’amples respirations, les yeux mis-clos, il se concentra sur l’horizon. Ses pensées se perdirent un peu, jusqu’à l’atteinte d’une sérénité profonde, dans le silence absolu du lieu, que brisait le bruit des vagues. Ce moment rare de bien-être fut interrompu par le bruit du fer, qui frôle le fourreau dans lequel il est rangé. Antoine rouvrit les yeux, il se retourna et vit avec terreur Douglas se tenant derrière lui, épée en main. –Te voilà enfin, petit pendard ! lui dit-il en anglais. Antoine vit dans ses yeux, qu’il n’était pas là pour lui rappeler les règles académiques du duel à venir. L’homme avait les yeux rougis. –Prenez-garde monsieur, répondit Antoine dans cette même langue, j’ai accepté le duel de votre maître et cette affaire n’est en aucun cas la vôtre. Rangez votre épée. –Pas mon affaire ? rétorqua Douglas, pas mon affaire dis-tu ? Mais petit misérable, que sais-tu de mes affaires ? Tu as voulu jouer à l’homme n’est-ce pas ? Que ne l’eusses-tu fait avec une autre femme que la mienne ! Tu vas payer ! Et de ma main, car elle est la seule légitime à la vengeance du déshonneur ! Antoine resta quelques secondes pantois. –Votre main, monsieur ? Légitime ? Lady Audrey n’est point votre épouse que je sache, objecta Antoine. –Nul besoin qu’elle fût mon épouse, elle était ma muse, ma déesse ! Ma main est légitime à la vengeance, car c’est moi qu’elle aimait et point d’autre homme, Fairfield n’est qu’un impotent ! –Vous êtes saoul monsieur, vous titubez, de grâce, rangez votre arme ! Dans un râle de colère, Douglas se rua sur Antoine. Son épée dansa dans les airs et dans un bruit de lame fendant la brise nocturne du port de Brest, il assena à Antoine une profonde blessure sur la joue gauche. Antoine vacilla, tomba et se rattrapa d’une main sur un rocher arrondi. Douglas tenta de planter son arme à travers lui, mais il esquiva le coup en se jetant derrière le rocher. À l’abri pour quelques secondes, il sortit également son arme. Douglas fit le tour du caillou. Antoine se releva et fit quelques enjambées en arrière. Mais Douglas arriva à sa portée. Un cliquetis se fit entendre dans la nuit noire, les deux hommes étaient au corps à corps. Antoine, de frêle constitution, avait du mal à contenir les assauts répétés d’un homme fortement bâti. L’Écossais était enragé. L’alcool aidant, il chargea Antoine de tout son poids. Il le poussa à terre et mit la pointe de son épée sur sa gorge. –Souviens-toi toujours, petit mécréant, de l’estocade écossaise ! dit-il, fou de rage. Il releva son épée dans un geste brusque, bien décidé à l’enfoncer dans la gorge d’Antoine. Mais les nombreuses bières ingurgitées auparavant firent leur effet. Il leva son bras si haut, que cela lui fit perdre l’équilibre. Il chancela et tomba à genoux. Antoine en profita pour se relever, épée toujours en main, il en plaça la pointe sur le dos de Douglas. Celui-ci releva la tête, il éructa et d’un geste ample, lança la pointe de sa propre épée sur le mollet d’Antoine. Antoine tomba à son tour. L’Écossais lâcha son arme, se jeta sur Antoine et monta sur lui à califourchon. Il enserra son cou pour l’étouffer. Antoine eut la présence d’esprit de rattraper son épée, il enfonça sa lame dans le ventre de son assaillant. Douglas ouvrit de grands yeux étonnés, mit la main sur sa blessure et cracha un peu de sang. Dans la seconde qui suivait, son corps s’affalait de tout son poids sur Antoine. Ce dernier se dégagea du corps lourdaud de Douglas, le sang commençait à couler sur le sol, il en avait plein ses vêtements. Il regarda Douglas, et nauséeux, il s’enfuit en courant. Le corps du précepteur écossais fut découvert au petit matin par quelques pêcheurs. L’homme portant un kilt, il fut rapidement identifié par la maréchaussée comme l’un des hommes de Lord Fairfield. Ce dernier fut appelé et identifia son homme de main avec certitude. –C’est, j’en suis sûr, ce jeune Clairet, dit-il au prévôt, à qui j’eus la bonté de donner un toit et qui s’est comporté de manière abjecte. J’en réfère moi-même au gouverneur de cette ville. Dans la même journée, un avis de recherche fut lancé contre Antoine. Le jeune homme, couvert de sang, avait réussi à rejoindre la maison Duratin. Il fut trouvé au petit matin par Émilie, tapi dans le fond de la cave. –Je suis un fugitif ! sanglotait-il. –Dévêts-toi ! ordonna Duratin. Nous allons brûler tes vêtements, Émilie t’apportera quelques-uns des miens. –Que vais-je devenir ? –Cesse de geindre ! Nous allons trouver une solution. Il faut être discret, s’ils te trouvent, c’est la potence ! Toi, pour meurtre, et moi, pour t’avoir caché. Alors, tais-toi. Seuls Émilie et moi-même savons que tu es là. Les filles ne doivent pas le savoir. Tu resteras à la cave jusqu’à nouvel ordre. –Ils ne tarderont pas à arriver à nous, dit Émilie qui posait du linge sur la table. Il a été vu ici, toute la ville est au courant. C’est dangereux. –Je vais finir à la potence ! murmura Antoine en s’écroulant sur une chaise. –Tu ne peux pas rester à Brest, dit Duratin. –Il ne peut non plus sortir de Brest, ajouta Émilie, les portes de la ville sont surveillées. –Les portes… Les portes sont surveillées, tu as raison, Émilie. Les portes, mais pas forcément le port… –Que veux-tu dire ? demanda Émilie. –Je veux dire, dit Duratin se tournant vers Antoine, que ta seule échappatoire, c’est de quitter la France. Quitter la France par la mer. Duratin s’assit, réfléchit un instant, sous le regard désespéré d’Antoine. Il mit les bras sur les accoudoirs de sa chaise, et arborant un sourire, lui dit : –Reste là, je vais t’aider, je dois bien cela à ton oncle. J’ai une petite idée. Sur le chantier naval où œuvrait Duratin au titre d’ingénieur, deux navires que l’on avait mis de nombreux mois à remettre en état étaient destinés à un départ imminent. Le premier s’appelait l’Autruche. Il avait été construit au Havre en 1782. Le second, initialement baptisé le Portefaix, fut construit en 1783 à Bayonne. Ils avaient été transformés en frégates, navires solides et rapides, puis renommés. L’Autruche devint l’Astrolabe ; le Portefaix devint la Boussole. Duratin avait travaillé à la transformation de ces deux frégates. Elles partiraient bientôt, elles partiraient loin et ne devaient revenir que dans quatre ans. Quatre années étaient bien assez pour disparaître, Antoine devait disparaître, il devait embarquer. –C’est une folie Fernand ! s’exclama le directeur adjoint du port. Les hommes de ces équipages ont été sélectionnés par les capitaines et les lieutenants de l’expédition eux-mêmes. Que des hommes expérimentés et presque tous Bretons ! –Il ne sera pas difficile pour lui de se faire passer pour un Breton, répondit Duratin. L’expédition part dans trois jours. N’y a-t-il pas des hommes qui manquent à l’appel ? Des malades, des morts, des déserteurs ! Que sais-je ! –Parle plus doucement, on pourrait t’entendre ! –Tu as les listes des équipages… –Ces équipages sont déjà en surnombre Fernand, les hommes ont déjà été triés sur le volet, oublie cela, nous ferons sortir ton protégé d’une autre manière. Il ne peut pas embarquer sur l’expédition La Pérouse. Le roi lui-même a commandé cette expédition. Les ministres, les hauts gradés, les plus grands scientifiques du royaume l’ont organisée. C’est impossible. Nous trouverons une autre solution Fernand, je te le promets. Duratin se plongea dans son fauteuil. Il mit la main sur sa bouche et fit mine de réfléchir. Sa respiration était forte et bourdonnait dans toute la pièce. Il fixa le directeur adjoint. –Je n’aime pas ça André, lui dit-il, crois bien que je n’aime pas ça, mais… Il y a tes affaires André, tes affaires. Cet argent et cet or… Que tu ravis ! Suis-je le seul à connaître ces affaires André ? –Fernand… –Aucun autre navire ne partira du port de Brest avant longtemps André. Aucun. Tu le sais, dit Duratin. Il doit embarquer. Il y a sûrement dans la liste des équipages des déserteurs de petits offices. Valets, cuisiniers, que sais-je ? Au pied du mur, André Ponton ouvrit un tiroir de son massif bureau de chêne. Il en sortit un document qu’il posa devant Duratin. Sur ces papiers figurait la liste des hommes qui devaient constituer les équipages de l’expédition. Duratin éplucha le document page par page. –À ma connaissance, personne ne manque à l’appel, dit le directeur adjoint du port, même s’ils ne sont pas encore tous à bord.
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