Allongée dans mon lit, mon esprit divague dans mes lointains souvenirs.
J'avais une très bonne vie, que tant d'enfants rêveraient d'avoir et je sais au plus profond de mon être que c'est entièrement de mon fait si le malheur s'est abattu sur moi aujourd'hui.
Mon existence est terne et sans avenir.
Et mon amour passionnel pour mon père et mon frère est sans issue, tout comme mon ombre.
J'avais dix ans lorsqu'une nuit, je descendais à la cuisine car une faim de loup m'avait réveillée.
En marchant discrètement dans le couloir du premier étage, des bruits étouffes interpelerent ma curiosité enfantine.
Avançant petit à petit vers les escaliers, je sus que ces espèces de gémissements venaient de la chambre de mes parents dont la porte était entrouverte de quelques centimètres.
Et ces quelques centimètres changerent ma vie du tout au tout.
Mes yeux étaient fixés sur deux magnifiques corps nus en harmonie, enlacés passionnément dans le lit, bougeant frénétiquement sans s'apercevoir de ma présence.
Je ne pouvais détacher mes yeux de cette vue pleine d'érotisme et surtout du corps que je voyais au dessus de la femme que j'appelais maman.
Un dos large et musclé brouilla ma vision, un fessier rond et ferme me donna des frissons et des jambes longues et merveilleusement musclées inonderent mon esprit pour longtemps.
Mon père adoptif culbutait la chatte de ma mère avec acharnement, la mitraillant de coups forts, vifs et profonds, me laissant dans un état de stupeur fébrile.
Je fermais leur porte avec discrétion, décidant finalement que je n'avais plus faim.
Me remettant dans le lit, le souvenir du corps d'appolon de mon père changea mon impression de lui, pour que petit à petit, je me rende compte que je ressentais envers lui un amour sincère et passionné et dont la seconde victime fut mon frère.
Mon bonheur a pris fin. Ma vie s'effrite et je ne sais pas comment faire. Mon corps se meurt lentement, à chaque minute qui passe.
Je suis complètement paumée.
Il est minuit quand j'entends une porte claquer, reconnaissant le bruit de la porte d'entrée.
La voix grave de mon père fait écho à mon coeur et la voix de ma mère remue un peu plus le couteau dans la plaie.
Je sais qu'apparemment, mon frère est parti en soirée avec des potes, ce qui ne laisse que moi dans cette grande maison froide.
Les voix baissent en volume et prenant mon courage à deux mains, je descends le deuxième étage, aussi fine que possible, pour atterrir un peu avant leur chambre principale.
Lorsque ma mère parle, mon coeur chute de cent étages.
-"Que devons-nous faire, Darian ?" Demande-t-elle inquiète et perdue, et je peux déceler une légère colère en elle, ce que je comprends tout à fait.
-"Je ne sais pas chérie...je l'ai toujours aimée comme ma fille et rien ne changera cela..." repond-t-il calmement.
-"Mais ça a changé justement...toi, moi et notre fils ne rentrons même plus chez nous la plupart du temps...nous l'evitons tout le temps...ça ne durera pas éternellement...je l'ai aimée comme toi, comme ma fille mais comment faire maintenant que je sais qu'elle est amoureuse de vous deux? Quel sera son comportement à l'avenir ?essaiera-t-elle de t'arracher à moi ou pas?...et notre fils? Est-ce qu'elle le séduira?..." lâche-t-elle en faisant les cent pas, en panique complet.
-"Je n'en sais rien...peut-être devrions-nous en discuter avec elle?" Suggère-t-il et mon corps se fige à cette idée. Hors de question.
-"Non...elle sera dans la négation comme tous les jeunes d'aujourd'hui...et si on l'envoyait en centre de redressement ? Ou chez les nonnes?" Et ses idée sont de pire en pire, me faisant serrer les poings d'une fureur inimaginable.
-"Jamais je ne lui ferais ça...écoute un peu ce que tu débites...ces deux solutions sont pour des cas graves et on en est pas là aujourd'hui..." repond-t-il, ferme et sans laisser de place pour autre chose.
-"Mais j'essaie simplement de trouver des issues correctes...si...nous...(je sens l'hésitation dans sa voix, ce qui bizarrement, me refroidit direct) si...je sais que ça va sembler cruel...mais si nous ne l'avions pas adoptée, on en serait pas là maintenant...à parler de ça...à parler d'elle, de ses sentiments pour vous...à parler de nous deux...de notre relation...de mon insécurité par rapport à elle...je ne peux plus la considérer comme ma fille...mon cœur ne cesse de la voir comme une potentielle rivale et ca me fend le cœur de penser comme ça...mais mon cerveau ne peut faire autrement...je ne sais plus où j'en suis...je me sens trahie à tous les égards..." déclare-t-elle en pleurant à chaudes larmes.
Mon père se lève du canapé et la prend dans ses bras tendrement, perdu lui aussi dans son coeur. L'amour qu'il a pour elle est si beau et je ne peux espérer être un jour à sa place.
Je n'ai pas besoin de rester plus longtemps.
Ma décision est prise. Je m'en vais cette nuit et attendrai que tous les deux soient couchés, pour le bonheur et l'équilibre de cette famille.
Après tout, je ne les ai pas vus durant trois mois entiers et eux ne se soucient aucunement de mon état déplorable. Mon frère me fuit et mes parents aussi.
Pourquoi rester dans un endroit où la chaleur familiale est inexistante.
J'appelle Émilie et elle répond enfin.
-"Alors?" Dit-elle simplement.
-"Alors je pars cette nuit..." lui annonçais-je et un silence pesant se fait au téléphone.
-"Raconte-moi ce qui s'est passé..." murmure-t-elle.
-"Je les ai entendu en bas, au salon...il y a quelques minutes...ma mère ne me voit plus comme sa fille...et me voit comme une rivale et mon père ne sait pas quoi faire...mon frère est encore sorti...et ma mère regrette de m'avoir adoptée..." lui expliquais-je en tombant en larmes, m'effondrant sur le sol de ma chambre, ressentant une douleur atroce dans ma poitrine.
-"Amelia...je vais préparer ce qu'il te faut...attends moi dans une demi-heure devant chez toi...je serai là...ne pleure plus...s'il te plaît..." supplie-t-elle de l'autre côté, et je peux l'entendre renifler à cause de ses larmes, pleurant à son tour.
J'arrive tant bien que mal à reprendre ma respiration et je lui reponds : " D'accord...je prépare juste quelques affaires simples et je t'attendrai en bas dans une demi-heure...merci Émilie..." lui dis-je, émue par notre lien spécial.
Vérifiant mes affaires qui se trouvent dans ma chambre, je prends conscience que finalement, ici, rien n'est à moi.
Mais tout est à eux.
Récupérant mon sac de cours,je le vide pour y mettre une brosse à dents propre, une brosse à cheveux, un gel douche, un shampooing, un parfum bon marché, deux joggings et deux sweat-shirt, des sous vêtements, deux stylos, un carnet et mes papiers d'identité ainsi que le peu de billets restants dans mon portefeuille.
Mais avant de descendre, je prends une feuille A4, décidant d'écrire une lettre d'adieu, un dernier au revoir aux seules personnes que j'ai aimé dans ma vie.
A ma famille,
Tout d'abord, je souhaitais vous remercier de m'avoir adoptée ainsi que l'amour et la dévotion dont vous avez fait preuve envers moi jusqu'à présent. Merci de m'avoir donné une famille et merci de m'avoir aimée comme votre fille.
Mais ça s'arrête aujourd'hui, mûrement réfléchi par moi.
Je suis au courant de tout et j'en suis profondément désolée. Mes sentiments ont mis l'équilibre de cette famille en constante insécurité, nous éloignant des uns et des autres.
Et cet éloignant nous ont laissé des blessures non guérissables et ce, des deux côtés.
Votre absence durant ces trois mois ont été révélateurs à mes yeux et je ne peux en vouloir qu'à moi même. Je suis la cause de cette situation compliquée et à part une séparation nette et précise, je ne vois aucune autre solution.
Maman, je t'aimerai toujours quoi que tu penses. Tu resteras à jamais la seule mère que j'ai aimé de ma vie et je m'excuse pour le malheur que tu as dû endurer ces trois derniers mois, me considérant comme une rivale, ce que je ne suis pas et ne serai jamais, ne t'inquiète pas.
Je veux votre bonheur et le seul moyen est de partir, chacun de son côté.
Papa et Alexander,
Désolée pour tout, mais l'amour ne se commande pas et si je pouvais retourner en arrière, je changerai cela pour ne jamais souffrir de ce sentiment qu'est l'amour.
Si je pouvais, je voudrais ne jamais être tombée sur ce chemin que sont les sentiments.
Tout ce que je vois, c'est la souffrance que j'ai causé à ma famille et c'est ce que je n'ai jamais voulu.
Vivez bien et surtout, dans l'amour et la tendresse.
Je vous libère de mon fardeau et je vous promets de tout faire pour avancer dans ma vie et de trouver mon propre chemin.
Je vous souhaite le meilleur à venir.
Adieu,
Tendrement,
Amélia.
Ps: Je jure de vous rendre la somme qu'à coûté mon éducation ainsi que tous les frais occasionnés depuis mon adoption, lorsque je gagnerais assez d'argent.