5. Visite surprise.

2999 Words
I'm Emzy ✍️ Installée dans son lit douillet, épuisée par ses recherches, Heather dormait profondément lorsque la sonnette retentit à sa porte. À moitié réveillée, elle ne prit pas en considération les sonneries insistantes, se demandant qui pouvait bien lui rendre visite à une heure aussi tardive. Elle remonta la couverture sur sa tête et s'efforça d'ignorer les sonneries répétées, espérant que le visiteur s'en aille. Il est trois heures du matin, bordel ! Elle tira sa couverture, enfila ses pantoufles et alla voir qui osait la déranger à cette heure. Bien décidée à remonter les bretelles de ce petit enquiquineur, elle ouvrit la porte et sans même savoir de qui il s'agissait, elle gronda : — Non mais c'est quoi ces manières ? Réveiller les gens honnêtes qui ont une lourde journée à trois heures du matin... — Chérie, l'interrompit son père. — Papa ? Maman ? C'est vous ? Demanda-t-elle, surprise. — En chair et en os, rétorqua-t-il. — Que faites-vous là à cette heure si avancée de la nuit ? Vous ne m'avez pas prévenu de votre visite à ce que je sache,demanda-t-elle, essayant de cacher son irritation. — C'est tout l'intérêt d'une visite surprise, rétorqua sa mère, d'une voix froide et détachée. — Au lieu de nous fusiller de questions, tu devrais d'abord nous faire entrer, jeune fille,ajouta-t-elle, sans un sourire. — Désolée, entrez ! Répondit-elle, essayant de cacher son embarras. Sa mère entra, sans un mot, et se dirigea directement vers le salon, laissant son père et sa fille seuls dans l'entrée. — Merci ! dit-elle, essayant de rompre le silence. — Bienvenu chez moi, je vous offre quoi à boire ? Demanda-t-elle, essayant de montrer une hospitalité qu'elle ne ressentait pas vraiment. — Du lait chaud pour moi, et pour ton père, du thé, s'il te plaît, répondit sa mère, d'une voix distante. Meredith Davis, avec son caractère autoritaire et sa présence imposante, était reconnaissable entre toutes. De taille moyenne, ni ronde ni mince, les cheveux noirs, de beaux yeux noisettes et une bouche fine, elle savait s'imposer et imposer ses choix aux autres tout en gardant son calme légendaire. Femme de militaire, elle était respectée de tous pour sa grâce, sa générosité et sa qualité de bonne ménagère. Heather alla chercher les deux boissons et revint les servir à ses parents. — Alors, qu'est-ce qui vous amène ici ? Demanda-t-elle, essayant de cacher sa curiosité. — Tu nous manquais et ta mère avait quelques invitations à honorer dans la ville, répondit son père, avec un sourire chaleureux. — Des invitations ? De quel genre ? Demanda Heather, intriguée. Meredith coupa court à la conversation : — On en reparlera demain !Sa voix était ferme et autoritaire. Un peu heurtée par cette réaction, Heather se leva pour montrer la chambre d'amis à ses parents. — Nous connaissons le chemin ! Dit Meredith, sur un ton sec et distant. — Ok... bonne nuit donc, répondit Heather, un peu déçue. Elle retourna dans sa chambre, se sentant un peu blessée par l'attitude de sa mère. — Pourquoi es-tu aussi revêche ? demanda John, son mari, à Meredith, en haussant un sourcil. Le matin, Heather se leva de son lit avec difficulté, encore sous le coup de la visite soudaine de ses parents. Elle n'avait aucune envie de croiser sa mère, encore moins de lui parler. Le comportement de sa mère la veille l'avait refroidie. Elle connaissait bien le comportement autoritaire de sa mère, mais cette fois, elle avait été totalement froide, comme si elle lui reprochait quelque chose. Heather ne s'efforçait d'être aimable que pour son père, il le méritait. Il avait toujours été gentil, doux, affectueux et compréhensif à son égard, mais malheureusement, même lui n'était pas épargné par le tempérament bien trempé de sa femme. Lorsqu'elle entra dans la cuisine, elle bâilla et ne fut pas surprise de voir que sa mère avait déjà préparé le petit déjeuner et fait les courses. Sa mère était déjà là, s'appropriant les lieux. Heather entra dans la cuisine, les yeux encore lourds de sommeil, et fut accueillie par l'odeur de toasts grillés et de café fraîchement moulu. Sa mère, déjà installée à la table, lui jeta un regard froid. — Tu fais comme chez toi, constata Heather, essayant de cacher son irritation. — Nous avons tout de même payé le loyer les trois premiers mois après ton aménagement. Tu t'en souviens ? Quand tu ne pouvais pas le faire, parce que tu avais quitté ton boulot à San Francisco pour venir dans cette ville et que tous les journaux te claquaient la porte au nez ? Répliqua sa mère, sa voix tranchante comme un couteau. Heather sentit une bouffée de colère monter en elle, mais elle essaya de se contenir. — Tu as fait des toasts... hmmmm, grillés à point avec des œufs et du lait, changea-t-elle de sujet en croquant dans un toast. — Ça sent bon ici ! Comment vont mes femmes ? Il renifla grossièrement l'air parfumé et saisit celles-ci par l'épaule pour les ramener à ses côtés. — Papa, je te sers des toasts ? Proposa Heather. Mais sa mère ne la laissa pas respirer. — Il a déjà son plat à lui. Si tu veux t'occuper de quelqu'un, occupe-toi de ton mari et laisse le mien! Rétorqua-t-elle, ses yeux lançant des éclairs. Heather sentit la tension monter entre elles. — Elle a bien le droit de prendre soin de son vieux père ? La défendit son père dzns une tentative d'apaiser les tensions croissantes entre sa femme et sa fille. — Tu... — Papa, laisse, je vais aller rendre visite à Leandra, coupa-t-elle, essayant d'éviter une dispute entre son père et sa mère à cause d'elle . Mais sa mère la poursuivit. — Leandra ? Elle souffre de quoi ? Sûrement une des conséquences de son comportement dangereux ! Cette fille a toujours eu un mauvais impact sur toi. Heather explosa. — Maman ! Elle s'est fait tirer dessus ! Je vais m'apprêter. — Je vous laisserai un double des clés avant d'y aller. Après tout, c'est aussi votre appartement vu que vous avez contribué au loyer ! Ajouta-t-elle, exacerbée. — Heather...dit son père, essayant de calmer la situation. Mais Heather ne l'écouta pas. — Laisse-la, elle fait juste une de ses crises. Tu l'as trop gâtée, répliqua sa mère. — Toi, tu l'as trop poussée à bout ! Tu as intérêt à vite te ressaisir, Madame Meredith Laure Davis ! La prévint son mari , à bout de nerfs . Heather sortit précipitamment de l'immeuble, comme si elle fuyait un grand danger. Arrivée sur le trottoir, elle s'arrêta un instant pour inspirer l'air pur, qui pénétra en elle et la désintoxiqua de cette ambiance nocive. Elle emprunta un taxi et alla directement à l'hôpital. Pour la première fois, elle était bien contente de se retrouver dans un centre de santé, après avoir raconté ses accrochages avec sa mère. Heather mit au parfum son amie de sa découverte et, tout comme elle, elle était enthousiasmée par cette affaire. — Et que vas-tu faire maintenant ? Y aller ? Demanda son amie. — Bien sûr que oui, mais je dois me préparer mais... Heather prit une mine plus sombre. — J'ai besoin d'une autorisation pour y aller en tant que journaliste. — Et le journal qui t'a fait une proposition ? Demanda son amie. — Le délai c'était hier et hier j'étais trop occupée à faire des recherches sur cette affaire. Heather soupira. — Mais Albert ne t'a pas licencié. Tu peux toujours aller le voir, on ne sait jamais, essaya de la réconforter Leandra en frottant avec compassion son genoux. — C'est pas une mauvaise idée. Je devrais y aller maintenant. Heather se leva avec détermination . — Tu prends soin de toi, gros bisou. — Gros bisous. Enfin, une chance s'offrait à elle et elle ne devait surtout pas la rater. Sur aucun prétexte, elle allait implorer Albert, même si il le fallait. Assise à l'accueil, à moitié stressée et surexcitée, Heather réfléchissait à son entrevue avec Albert en écoutant " Single lady " de Beyoncé . Allait-elle lui parler de la lettre ou juste lui demander de la réintégrer et le faire après ? Heather tâtonnait entre les deux possibilités, elle ne voulait que ce qui lui était le plus favorable mais surtout, ce qui ne lui ferait pas passer l'affaire sous le nez car oui, elle le sentait, le Prix Pulitzer. Elle se voyait à la cérémonie, vêtue d'une belle robe en soie et de talons aiguilles, harcelée par les photographes et les journalistes qui se bousculaient pour avoir une photo ou une interview d'elle. Elle se voyait entrer dans la salle au milieu des grandes célébrités comme une reine, tous leurs regards remplis d'admiration posés sur elle et plus encore, elle voyait le présentateur lui remettre ce trophée, son nom dans les journaux avec ses photos, partout dans le monde, sur le net, dans les bouches, elle se voyait être l'idole des plus jeunes, des étudiants, de ses confrères, elle voyait ce lépreux de Albert lui faire des révérences comme à une reine... Elle continuait à se faire des films quand la porte s'ouvrit et que la secrétaire lui demanda d'entrer. — Mademoiselle Davis , c'est à vous. — Euh... Moi ? Oui, moi, bien évidemment. Heather se ressaisit. Elle traversa la secrétaire et entra dans le bureau. Albert, comme à son accoutumé, tenait une cigarette entre ses doigts, les bras croisés servant de support à sa tête. Surpris de voir son employée, il esquissa un sourire satisfait sans la quitter des yeux. — Mademoiselle Heather Davis, vous avez décidé de nous honorer de votre présence. On ne vous voit pas beaucoup ces derniers temps. En fait, on ne vous voit plus. Vous avez décidé de prendre votre retraite anticipée ? Heather sourit. — Ne vous inquiétez pas, j'ai encore assez d'énergie pour écraser les crapules. Albert rit. — Vous n'avez pas perdu votre humour, c'est bon à savoir. Et que puis-je faire pour sa grande majesté ? Heather s'assit. — Allez Albert, on ne va pas jouer à ça toute la journée. Soyons matures. Albert haussa les sourcils. — Quand on est mature, on se pointe à son lieu de service chaque matin et non quand on le désire. Heather se défendit. — Tu m'as mise à pied, je te rappelle ! — C'était pour trois jours et cela fait plus de cinq jours ! Tonna Albert en frappant du poing sur la table ce qui fit trembler celle-ci et les objets qu'elle portait se renversèrent. Heather sursauta apeurée et baissa la tête. — Je m'en excuse pour mon absence non justifiée. Albert la regarda sévèrement. — On m'a fait comprendre que tu souhaitais démissionner. Heather s'indigna faussement en posant une main sur sa poitrine pour se donner de la crédibilité . — Moi ? Mais jamais ! Qui t'a mis de telles histoires dans la tête ? Pfff, les gens toujours en train de faire des commérages. Albert soupira en se frottant le front avec sa main retenant la clope qui laissait toujours échapper une fumée grise qui incommodait Heather. Celle-ci se retenait de ne pas lui faire une réflexion ou de se faire une grimace qui pourrait trahir ses pensées. — Je vais être clément pour cette fois, mais la prochaine fois, je te fous dehors! Heather força un sourire pour paraître reconnaissante . — Merci pour ta bonté, Albert. "La prochaine fois, je te fous dehors !" Cette phrase résonnait dans sa tête comme un écho. Mais pour qui se prenait-il ? Il n'était même pas foutu de reconnaître un bon agent de terrain. Tout ce qui l'intéressait était de mettre sa saucisse dans une grosse dinde idiote et stupide ! Elle sortit du bureau, emprunta le couloir qui menait aux bureaux et, contrairement à ce qu'elle s'était attendu, la porte était entrouverte. De la fenêtre, elle pouvait voir Lysa assise sur son fauteuil, en train d'utiliser son ordinateur. — Mais quel toupet ! Laissa t-elle exploser sourdement. Furieuse, elle se précipita tête baissée, bien décidée à remettre cette "cruche" à sa place. Elle ouvrit la porte et alla se positionner devant cette dernière. Elle essayait de ne pas afficher sa colère, un coup de gueule n'était pas le bienvenu après son petit tête-à-tête avec Albert. Elle s'efforça donc à afficher un sourire sur son visage et à parler le plus calmement que possible pour ne pas attirer l'attention. — Bonjour Lysa, dit Heather en entrant dans le bureau lumineux, les murs en verre laissant entrer la lumière du jour. — Oh ! Tu es venue chercher le reste de tes affaires ? demanda Lysa. Cette dernière était assise derrière le bureau en bois massif, les pieds posés sur le sol en marbre. — Je suis venue reprendre ma place, merci d'avoir chauffé mon fauteuil pour moi, avec ce froid, c'est un grand service, répondit Heather en souriant, les yeux fixés sur Lysa. Le bureau entra dans un silence tendu comme une arbalète, seul le bruit des tapes sur les machines pour le meubler. Les murs en verre reflétaient la lumière du soleil créant un effet miroir qui rendait la pièce encore plus moderne. Les deux femmes se regardaient fixement. Elles se livraient une bataille visuelle attendant que l'autre flanche et c'est Lysa qui le fit mais c'était pour la narguer de sa voix dédaigneuse : — C'est mon bureau maintenant, Hea-Ther, donc je suis désolée pour toi, mais tu vas devoir te chercher une autre place ! dit Lysa en haussant les épaules, les mains posées sur les accoudoirs de son fauteuil. Heather remarqua avec une indignation non dissimulée, les certificats de Lysa accrochés au mur et les photos d'elle et de sa famille et amis sur le bureau. — J'ai pas envie d'être désagréable, donc s'il te plaît, prends tes affaires et retournes chez toi! . — C'est maintenant mon bureau ici et je suis désolée que cela te bouleverse autant, je sais que tu y étais beaucoup attachée, mais c'est la vie. Celle-ci soupira, les yeux baissés vers son bureau feignant d'être occupée par un document dont Heather était sûre qu'elle n'en comprenait le moindre mot . — Tu as raison, c'est la vie, et l'une de ses règles, c'est "rendre ce qui est à César, ce qui est à César", donc Mademoiselle Monténégro... Elle contourna la table en bois massif de sa rivale, débarassa les affaires de cette dernière qu'elle plaça dans un carton sous ses protestations et le lui tendit. — Je vous souhaite bon vent et merci pour votre passage, dit-elle en souriant, les yeux fixés sur Lysa, la toisant de tout son mépris à son égard. — Lysa, retournes à ton bureau, lui intima Albert qui venait d'entrer dans la pièce, les mains dans les poches de son pantalon. — Mais, il est déjà occupé par Louis ! Protesta cette dernière, les bras croisés sur sa poitrine, décidée à ne pas bouger . — Il est assez grand, vous le partagerez, dit Albert en haussant les épaules. — Partager ? Mais je suis une des vedettes de ce journal ! s'exclama Lysa, les yeux écarquillés outrée par les propos de Albert qui insultait son égo. — Tu es une des vedettes parce que je l'ai décidé et je peux en décider autrement, répliqua Albert le ton aussi rude qu'un rocher et froid que la sybérie. Ce dernier dépréciait le ton sur lequel elle s'adressait à lui, son supérieur et encore moins ses caprices d'enfant pourri gâté. Seul lui décidait dans la boîte et il n'allait pas laisser une petite bimbo faire sa loi parcequ'il lui donnait la chance de faire sa miss tous les soirs à vingt heures devant des milliers de téléspectateurs. — Okay, j'y retournes, se résigna Lysa pour éviter de perdre sa place, les épaules basses. — Tu ne souhaite pas la bienvenue à Heather ? demanda Albert en montrant Heather qui était debout à côté de lui. — Bon retour Davis, maintenant je peux y aller ? demanda Lysa exaspérée d'être dans la même pièce qu'eux en regardant Albert. — Bien évidemment, répondit Albert en souriant ignorant délibérément le visage congestionné de sa protégée dont les yeux lui faisaient comprendre qu'elle n'appréciait pas son attitude à son égard et qu'elle lui en tiendrait rigueur . — Euh...je suis complètement dans le flou, que se passe-t-il ? Que s'est-il passé ? Depuis quand tu réprimandes ta "chérie" en public ? Ou bien j'ai loupé quelque chose ? Heather avait , les sourcils froncés totalement dépassée par les évènements . A quel moment la donné avait-elle changé ? Qu'es-ce qui était arrivé à Albert ? Ce retournement de situation lui filait la chair de poule mais elle était bien contente que cette Lysa n'aies plus autant de pouvoir toutefois elle restait sur ses gardes. Cette faveur cachait peut-être quelque chose et elle n'était pas prête à en payer le prix. — Cela relève de ma vie personnelle, répondit Albert en haussant les épaules. — Je suis venue te souhaiter bon retour parmi nous, je me suis dis que j'ai pas été très sympa avec toi dans mon bureau, ajouta-t-il en regardant Heather. — Merci pour ce coup de main...je vais me mettre tout de suite au travail. — Hans t'attends pour que vous puissiez travailler sur la présentation du Vingt heures aujourd'hui, dit Albert en consultant sa montre. — Montres-moi de quoi tu es capable ! ajouta-t-il en regardant Heather. — Je vais présenter le Vingt heures ? Aujourd'hui ? Je dois sûrement être dans un rêve, pincez-moi ! s'exclama Heather, les yeux écarquillés. —Non, j'ai pas envie d'être poursuivi pour harcèlement sexuel sur une de mes employées. Albert riait, les mains levées . — Merci pour cette chance, tu ne le regretteras pas ! Ajouta Heather en souriant ayant conscience de cette chance qui ne lui serait pas offerte deux fois.
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