Vengeance

2108 Words
« Foxy….please…je suis venu m’excuser…ouvre… - Non parle à ma porte ! - allez…Darling…? » . William soupire. Alex n’avait pas hésité à lui dire les choses, sans détour. Que Diana reprenait tout juste le travail. Qu’elle avait vécu quelque chose de franchement angoissant. Et que, pour une fois, il avait merdé. Sur ses conseils, William s’était exécuté. Un bouquet de fleurs. Des excuses sincères. Et surtout une tarte au citron meringuée, le dessert préféré de Diana. Il avait tout posé soigneusement sur le rebord de la fenêtre, téléphone à la main, prêt à répondre au brigadier-chef si besoin. Son ami ne tarde pas à prendre des nouvelles : " Alors ?!! - elle ne veut pas m'ouvrir - tu m'étonnes.. - j'ai été con je sais.. - ho ça oui... je serais elle, je t'aurais déjà quitté... elle est vraiment chouette cette fille..". Merlin entre en scène. Le chat de Diana, immaculé, digne, s’approche du paquet et le renifle longuement. Très longuement. "Hmm. Tarte au citron. L’arme de la dernière chance." Il leva ensuite les yeux vers William. Un regard lent. Jugeant. Sans appel. " Ho… " murmure William en s’accroupissant. Merlin miaule plaintivement. Un miaulement qui disait clairement : " Sherlock a fait une grosse bêtise, on dirait… Tu veux te faire pardonner de quoi, grande saucisse ?" William baissa les yeux, coupable, et gratte distraitement la tête du félin. " Darling ?" tente-t-il. " Ton chat aimerait entrer lui aussi… " Vraiment ?" pense Merlin. " On en est là. Tu m'utilises.. Tu crois que MON humaine, va te pardonner aussi facilement ?" Pour toute réponse, une fenêtre s’ouvre brusquement. Pas celle donnant sur la terrasse, évidemment. Non. Celle donnant sur les escaliers. Parfaitement accessible pour un chat. Absolument pas pour un lieutenant de police. Merlin n’hésite pas une seconde. D’un bond élégant, il saute à l’intérieur, se retourne juste assez pour adresser à William un regard condescendant. " Allez… bye bye, " sembla dire son air. "Passe le bonjour à ta Reine." Puis il disparut dans la maison. " Génial…" marmonne William. Même le chat de Diana venait de le juger. Il se redresse, soupire, puis se rapproche du rebord où reposait le paquet, sa dernière carte. Il toque doucement contre la vitre. " Diana…? "Il y a une tarte au citron qui aimerait rentrer…" Il hésite, puis tente le tout pour le tout : "Elle va finir par s’abîmer à rester dehors… bon… je vais être obligé de la manger, dans ce cas. Dommage…" À peine eut-il terminé sa phrase que la porte s’entrouvrit. William esquisse un sourire prudent. Il venait peut-être de trouver la seule alliée encore prête à lui laisser une chance : une tarte au citron meringuée. " Si tu la manges, je te quitte." William se fige, la main encore sur le paquet. "Je ne cède pas au chantage," tente-t-il. Elle le fusille du regard, sourcils froncés. " C’est toi qui as commencé, je te signale." Elle marque une pause. " Et je te préviens : il va falloir plus qu’une tartelette pour que je te pardonne." Il a envie de sourire. Elle est vraiment mignonne quand elle est fâchée. Vraiment. Mais il se retient. Ce serait une très mauvaise idée. " J’ai aussi des fleurs… et toute une soirée pour te présenter mes excuses. — Entre." Elle recule d’un pas. " Mais reste loin. — Je vais juste poser les pâtisseries dans le frigo…" Il lève les mains, faussement solennel. " Je ne fais pas de gestes brusques. Je ne suis pas armé." Aucune réaction. Pas même un souffle d’amusement. Diana s’est installée en tailleur sur le canapé, dos tourné, bras croisés, le corps fermé comme une forteresse. William comprend aussitôt : elle n’est pas simplement énervée. Elle est en surcharge. Il soupire intérieurement. Il connaît cet état. Pas assez, parfois, mais suffisamment pour savoir que ce n’est pas le moment de parler trop vite. Diana est autiste Asperger. Elle le lui a expliqué, plusieurs fois, avec ses mots à elle. Pas une maladie. Pas un défaut. Juste un cerveau qui traite le monde autrement. Quand trop de choses s’accumulent — émotions, stress, bruit, peur, injustice — son corps encaisse jusqu’à saturation. Et quand ça déborde, ça déborde d’un coup. Elle appelle ça un meltdown. Une cocotte-minute sans soupape. Aujourd’hui, tout s’est empilé : l’enfermement, la peur, le sentiment d’abandon, puis l’humiliation publique. Et lui. Surtout lui. William déglutit. Il oublie parfois. Surtout quand elle “va bien”, quand elle masque, quand elle gère tout avec une énergie folle. En public, elle donne l’illusion d'être normal. Un peu maladroite parfois. Mais les signes étaient là. Quand elle a crié. Quand elle est partie les poings serrés. Quand elle l’a repoussé. Il n’avait jamais vu de grosse crise de colère chez elle, mais il a déjà été témoin de ces moments où tout s’éteint d’un coup. Les shutdowns. Des effondrements silencieux. Diana se met alors à trembler, à pleurer sans savoir pourquoi, à avoir froid. Son cerveau tire le disjoncteur pour survivre à la surcharge. Elle lui a dit un jour que c’était souvent déclenché par des émotions trop fortes, ou trop de stimulations : trop de bruit, trop de lumière, trop de monde, trop d’odeurs. Ou trop d’injustice. Sur la table basse, des bonbons aux plantes attendent. Elle en a déjà pris. Il espère qu’ils feront effet. William s’approche lentement et s’assoit à côté d’elle, sans la regarder, sans parler. Il sait que le silence est parfois plus sûr que les mots. Il pose doucement une main entre ses omoplates. Immédiatement, il sent la tension diminuer sous ses doigts. Ses épaules s’abaissent d’un cran. Il esquisse un sourire imperceptible. Ce point précis a toujours été son bouton “off”. Elle plaisante parfois en disant que c’est son point G, mais ce n’est pas de l’humour ce soir. Il ne dit rien. Il attend. Dans ces moments-là, Diana est trop submergée pour écouter. Mais elle sent. Et pour l’instant, c’est tout ce qu’il peut faire : rester là, et laisser la pression s’échapper, doucement. Au bout d'un moment, Diana tourne lentement la tête vers lui. " Pourquoi tu ne m’as pas écoutée ?" William inspire doucement. " Parce que… je pensais qu’il était malade." Elle fronce les sourcils. "Et pour toi, ça rendait moins grave le fait qu’il m’ait enfermée ?" Il hésite, cherche ses mots. " Je ne savais pas que tu étais restée dedans deux heures." Il passe une main sur son visage. " Quand on nous a appelés, on parlait d’un cambrioleur enfermé dans un placard qui allait céder. Quand je suis arrivé et que j’ai vu que c’était toi… j’ai cru à une fausse alerte. Mentir à la police, faire déplacer une équipe pour rien, c’est un délit. J’étais en colère." Il relève les yeux vers elle. " Pas contre toi. Contre ton bénéficiaire. Quand je l’ai vu arriver, je me suis dit qu’il n’avait plus toute sa tête. Je voulais être compréhensif… — Tu ne le connaissais pas ! " coupe-t-elle. Sa voix tremble. " Tu aurais dû m’écouter, moi." Elle essuie rapidement une larme, mais une autre suit aussitôt. "Au lieu de ça, tu t’es moqué de moi." Sa voix se brise. " J’ai passé deux heures à essayer de ne pas paniquer. Je n’avais pas de réseau. Personne ne m’entendait. Je me suis fait mal à force de taper pour ouvrir la porte…" Elle le regarde enfin. " Tu n’as même pas cherché à savoir si j’allais bien. — Je sais… "murmure-t-il. " Je n’ai aucune excuse." Diana éclate en sanglots.: " Et j'ai crié sur Alexis ! il a été gentil ! et je ne l'ai même pas remercié !" Ce souvenir la traverse comme une injustice violente : Alex avait été gentil, et elle n’avait même pas réussi à le remercier. William l’enlace aussitôt. " Il ne t’en veut pas, tu sais. C’est à moi qu’il en a voulu. — C’est bien fait, "sanglote-t-elle. " Oui… je le mérite. J’en suis conscient." Elle enfouit son visage contre lui. " Je te déteste quand tu es lieutenant. — Oui… je sais. — Je ne voulais même pas te crier dessus." Sa voix est hachée par les larmes. " J’arrivais juste pas à contrôler ma voix. Et quand tu m’as crié dessus, ça m’a fait crier encore plus…" William la serre davantage contre lui, la berce doucement. Il a remarqué depuis longtemps que ce mouvement l’apaise. " Parfois, j’oublie que je suis William avant d’être le lieutenant Blake, " murmure-t-il. " Avant de te rencontrer, je vivais presque uniquement pour ma carrière. Ce n’est pas une excuse… mais pour mes hommes, à part Alex, je suis le lieutenant." Sa voix tremble. " Je suis vraiment désolé. Et je m’en veux. — J’ai eu l’impression de n’être rien pour toi," avoue-t-elle dans un souffle. " Ça m’a fait tellement mal… — Je sais…" Il lutte pour retenir ses propres larmes. La voir pleurer à cause de lui lui serre la poitrine. Il l’embrasse doucement dans les cheveux, la garde contre son torse jusqu’à sentir sa respiration ralentir. " J’avais tellement hâte de reprendre le travail, " reprend-elle plus calmement. " Et quand je me suis retrouvée enfermée, je me suis dit que ça recommençait… que les galères tombaient toujours sur moi. — C’était juste de la malchance, " répond-il doucement. " Demain, tout se passera bien. Tu verras. - J'ai honte.. il était malade.. j'aurais du le voir tout de suite.." Elle hésite, puis murmure : " Des fois… j’ai envie d’arrêter ce travail." Il ne répond pas tout de suite. Il la serre simplement un peu plus fort. Quelques secondes. " je me sens stupide tu sais...je m'en veux tellement.." . William essuie les larmes du visage de sa compagne. Ils restent un moment l'un contre l'autre. Jusqu'à ce que la jeune femme renifle : " j'ai faim..". Il se lève pour lui apporter la tartelette. Elle la dévore en quelques bouchées... son visage s'éclaire enfin d'un sourire...: "j'ai eu très faim aussi pendant ces deux heures ... - j'en prend note, je penserais à toujours avoir à manger sur moi... - je ne sais pas si j'ai envie de continuer à te faire la tête ou si j'ai envie de t'embrasser - penses y pendant que j'enlève les traces de meringues collées sur tes lèvres". Ils restent encore un moment enlacés sur le canapé, jusqu’à ce que la fatigue finisse par gagner Diana. Ses épaules s’affaissent, son corps devient plus lourd contre le sien. " Viens, "murmure William. "On va se coucher." Elle ne proteste pas. Elle se laisse guider, pieds nus sur le sol froid, encore fragile mais plus calme. Dans la chambre, la lumière est tamisée. William s’arrête un instant pour observer son visage : les yeux rougis, mais apaisés, les traits enfin relâchés. Diana s’assoit sur le lit, puis s’allonge lentement. Il la rejoint sans bruit, s’étend à ses côtés, sans chercher à prendre trop de place. Le silence est différent maintenant. Moins lourd. Plus tendre. Il passe une main sur son bras, du bout des doigts, presque comme une question. Elle ne recule pas. Au contraire, elle se rapproche un peu plus, pose son front contre son épaule. " merci..." murmure-t-elle. C’est tout ce dont elle avait besoin. Il l’enlace doucement, sent son souffle se caler sur le sien : " de rien.. je n'ai pas honte de toi..". Sa main glisse dans ses cheveux, lentement, avec cette attention particulière qu’il a quand il sait qu’elle est encore à vif. Diana lève la tête. Leurs regards se croisent dans la pénombre. Il n’y a plus de colère. Juste une fatigue partagée… et quelque chose de fragile, mais sincère. Le b****r vient naturellement. Pas pressé. Pas exigeant. Un b****r qui dit "je suis encore là. Je ne pars pas." Elle soupire contre ses lèvres, se rapproche davantage. Leurs corps se cherchent, se retrouvent, comme s’ils avaient besoin de se rappeler ce langage-là, celui qui ne fait pas de bruit. William l’attire contre lui, la fait rouler doucement sur l’oreiller. Elle enfouit son visage dans son cou, respire son odeur familière, rassurante. " Ne sois pas le lieutenant Blake, "chuchote-t-elle. " Promis, " répond-il contre sa peau. " Je suis juste William. Pour toi." Elle esquisse un faible sourire, invisible mais perceptible dans sa façon de se blottir contre lui. La lumière s’éteint. Le reste n’appartient qu’à eux. Et sur l’oreiller, entre les draps froissés et les souffles apaisés, leur réconciliation se fait sans mots, lentement, tendrement.
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