Retour au poste

3772 Words
C'est en avance que la jeune femme arrive au commissariat. William lui avait donné rendez vous pour dix sept heure. Juste après son intervention d'accompagnement aux courses, chez la grand mère d'un policier. La grand mère d'Alexis. Telle grand mère, tel petit fils.. la vieille dame avait le même genre d'humour.. Diana repère finalement le brigadier près de la machine à café, entouré de deux policières. Lorsqu’il la voit approcher, il s’illumine aussitôt et lui adresse son célèbre sourire, celui qu’il sort quand il sait qu’il est observé. " Oh ! Mademoiselle Diana ! "s’exclame-t-il. "Serait-ce ma personne que vous cherchez, ma jolie ?" " Bonjour, brigadier, " répond-elle en souriant. "En effet… je suis en mission officielle. De la part de votre mamie, pour son petit piou-piou." Les deux policières échangent un regard amusé et ricanent. Alexis, lui, ne perd pas une miette. " Ah… donc je fais encore partie des conversations familiales ? Je suis sûr qu’elle vous a montré les photos. — Lesquelles ? Celles où vous vous admirez dans tous les miroirs de la maison ?" réplique Diana. " Exactement ! C’est pour ça que j’embrasse aussi bien," lance-t-il en haussant les épaules avec un clin d’œil. Ses collègues rougissent aussitôt, visiblement peu surprises. Diana lui tend alors le paquet. " Tenez. Je crois que ce sont des gâteaux. — Des biscuits, oui… en forme de… enfin bref, mieux vaut garder le suspense. Ma grand-mère adore me rappeler cette fois où je lui ai acheté par erreur des pâtes très… explicites. — Oh… ces pâtes-là, " murmure Diana. " Je vois très bien. — Mais dites-moi, " ajoute Alexis en penchant légèrement la tête, "vous n’êtes pas venue que pour me voir, n’est-ce pas ? — J’ai un rendez-vous, en effet. Pour l’affaire des bêtes mutilées." Il affiche un air faussement choqué, la main sur le cœur. " Ooooh… alors comme ça, madame a rendez-vous avec le flic le plus sexy du coin ?" Cette fois, c’est Diana qui sent ses joues chauffer face à son clin d’œil malicieux. " Oh… euh… peut-être… je ne sais pas… enfin… c’est avec le lieutenant Blake…" Alexis arque un sourcil, faussement surpris. "Ah, Blake… Vous le connaissez déjà, si je ne m’abuse ? Entre nous, c’est un bel homme, non ? Bon… pas autant que moi, évidemment, mais quand même. — Euh… je ne sais pas… enfin oui, je le connais, mais… physiquement… je ne l’ai pas vraiment regardé plus que ça…" La solidarité féminine joue aussitôt. L’une des policières, une jolie blonde aux yeux marron, intervient en levant les yeux au ciel : " Tout le monde n’est pas comme toi, Alex. Il n’y a vraiment que toi pour reluquer tout ce qui respire." Sa collègue s’apprête à renchérir, mais toutes deux se figent soudain en apercevant une silhouette familière approcher. À la vue de l’homme, Diana sent son estomac se nouer : lui. Celui qui l’avait sifflée et abordée lourdement dans la rue. La policière blonde coupe court, agacée : " Oh merde… pas lui. Viens, Pauline, on y va. — Désolées, Alex. À plus tard, mademoiselle. — À plus tard, les filles, " répond Alexis en leur adressant un salut désinvolte. Diana leur offre un sourire navré, plein de compassion. Alexis, lui, remarque immédiatement son malaise. La fameuse histoire, celle que William lui avait racontée. Il lui adresse un clin d’œil complice juste avant que l’homme n’arrive à leur hauteur. " Bonjour, brigadier. Quoi de neuf ? Pourquoi elles sont parties ? — Oh, le boulot qui les appelle, tu connais… Ah, justement, " ajoute-t-il avec naturel, "mademoiselle Diana a rendez-vous avec le lieutenant Blake. Tu pourrais aller lui dire qu’elle est arrivée ?" Diana croise le regard du policier et le soutient sans ciller. Il n’est pas spécialement beau — en tout cas, pas à son goût. Plus jeune que William, sans doute de son âge à elle. Elle remarque son regard qui s’attarde trop bas, sur les lacets de son haut, mais la présence d’Alex la rassure. Il n’osera rien. "Très bien… j’y vais. Mes respects, mademoiselle, lâche-t-il avant de s’éloigner vers le bureau de son supérieur." Elle n’attend pas longtemps. Alexis, fidèle à lui-même, enchaîne les plaisanteries pour lui faire passer le temps. Puis une silhouette se détache du couloir. Le lieutenant Blake approche. Cheveux légèrement décoiffés, barbe impeccablement taillée, yeux bleus perçants. Il porte un pantalon et une veste de costume gris, laissée ouverte sur une chemise blanche ajustée et une cravate rouge. Lorsqu’il lui tend la main, jouant la comédie comme s’ils ne se connaissaient que professionnellement, Diana sent ses mots se bousculer. Alexis est le seul à être dans la confidence — et il joue le jeu à la perfection. " Lieutenant Blake… merci de me recevoir," dit-elle en bafouillant légèrement. " C’est toujours un plaisir de vous voir, Miss… surtout quand c’est pour enfin faire avancer mes enquêtes. — Je ne sais pas si cela vous sera utile… mais c’est un élément étrange, comme vous me l’aviez demandé. — Suivez-moi. Le commandant Martin m’a autorisé à utiliser son bureau en son absence, afin que nous puissions réfléchir tranquillement. — C’est très gentil de sa part." William la laisse passer devant lui, puis se retourne brièvement. Alexis et quelques collègues, postés non loin, lui adressent des cœurs avec les mains en ricanant. Il leur répond aussitôt par un doigt d’honneur parfaitement maîtrisé, avant d’entrer dans le bureau du commandant et de refermer la porte derrière eux. « Surtout continue de faire comme si on se fréquentait pas…nous sommes trés observé… » . Diana jette un regard discret à travers la baie vitrée du bureau du commandant, qui donne sur le grand open space du commissariat. Alex est entouré d’un petit attroupement de collègues — hommes et femmes confondus — parmi lesquels elle reconnaît, à son grand déplaisir, son harceleur… ainsi que la policière blonde de tout à l’heure. Tous semblent plongés dans une discussion animée. Elle aimerait tellement pouvoir entendre ce qu’ils racontent. Alexis, parfaitement au courant de la relation secrète de son ami, s’amuse comme un gosse à brouiller les pistes. Il comprend très bien pourquoi le lieutenant préfère garder sa vie privée… privée. Mais soyons honnêtes : la moitié du commissariat est déjà persuadée qu’ils feraient un couple adorable. Dont la capitaine Rouget, véritable maman poule du poste, qui lance en croisant les bras : " Bon… alors… qui veut parier qu’il l’invite à boire un verre ce soir ?" L’adjudante Bertier, qui a croisé la jolie rousse plus tôt, secoue la tête, sceptique : " Moi, j’y crois pas. Elle est liée à une enquête en cours. Vous le connaissez… ni collègues, ni victimes, ni témoins, ni suspectes." Plusieurs hochent la tête. Blake s’est forgé une solide réputation : loyal, droit, rigoureux. Son charme un peu british aide, évidemment… mais pas seulement. Alexis, décidé à semer la confusion, s’en mêle aussitôt : " Je suis son pote, hein. Et franchement… je crois que ça fait un bail qu’il n’a pas touché une femme. Il est amoureux, j’en suis sûr." Une jolie brune, loin d’être insensible aux charmes du lieutenant, réplique aussitôt : " Ou alors il en a juste marre que toi tu le pervertisses." Alex éclate de rire. " Si tu veux prendre sa place et que je te pervertisse un peu… moi, je dis pas non. — Ne me tente pas trop…" Il la prend par les épaules et dépose un b****r sur sa joue, sous les huées amusées du groupe. Un réserviste s’exclame alors : " HOUUUU ! Les gars ! Elle a enlevé sa veste ! Il ne s’embête pas, le lieutenant… elle est canon !" La capitaine Rouget remonte ses lunettes sur son nez, attentive : " C’est vrai qu’elle est toute mignonne, cette petite… et très courageuse. Alex ? C’est bien celle de l’affaire de Giou ? — Oui, oui… et en tout cas, il l’a protégée de très près." Un policier présent lors de la première interpellation de Bastien se souvient : " Je m’en rappelle. Quand ce taré est entré chez elle… la façon dont le lieutenant l’a plaqué au mur… j’ai cru qu’il allait le frapper." Alex acquiesce gravement, avant de sourire : " Ah ça… fallait pas toucher à la petite." Bonnette arrive en retard dans le cercle. Lui aussi sait très bien qu’elle lui plaît, la rouquine. " Moi je dis qu’il veut juste se la faire." La policière blonde lui lance aussitôt une pique : " T’es juste jaloux. Franchement, ils vont bien ensemble. Et regardez-le… il sourit." Elle ne voit pas le regard noir que Bonnet lui adresse. Tous observent maintenant le bureau à travers la vitre. À l’intérieur, Blake est à moitié assis sur le bureau du commandant, face à Diana installée sur une chaise. Il sourit. Elle passe une main dans ses cheveux, nerveuse. Alex fronce les sourcils, faussement concentré : " Oh… elle joue avec ses cheveux. Dites, les filles ? C’est un signe de séduction, ça, non ?" Une jeune stagiaire, timide, ose répondre : —"C’est possible… mais elle croise souvent les bras. Elle doit être impressionnée. — Par son charisme, évidemment ! Non mais regardez-moi cette classe… cette élégance… cette nonchalance quand il s’appuie au bureau…" Rouget lui donne un coup de coude : " Dis donc… ce serait pas toi qui serais accro à notre beau lieutenant ?" Puis, soupirant " Mais j’avoue… qu’est-ce que j’aimerais savoir ce qu’ils se racontent. C’était pour l’affaire des bêtes mutilées, non ? Parce que là… ils ont plutôt l’air de flirter. Il la dévore du regard…" Elle soupire à nouveau : "Qu’est-ce que j’aimerais qu’on me regarde comme ça, moi aussi…" Alexis lui passe un bras autour de la taille, tout sourire : " Si vous aviez vingt ans de moins, commandant, je vous regarderais comme ça toutes les nuits. — Quel joli cœur, celui-là…" Ils continuent à commenter, observer, spéculer… quand soudain, William, qui commence sérieusement à en avoir assez d’être scruté comme un animal en vitrine, se lève. Il s’approche lentement de la baie vitrée, fixe le groupe d’un regard noir, fronce les sourcils… et tire brusquement le store. " NOOOOOOOOOON !" Le cri collectif résonne dans presque tout le commissariat. Rouget s’exclame : « quel petit con ! » elle a soudain une idée…elle se tourne vers la petite stagiaire…: « dite moi mon petit…vous n’avez pas quelque chose à aller demander au lieutenant ? » interloquée, la jeune fille répond : « Heu …non…je ne crois pas… - si si …je vous le dit …allez voir le lieutenant Blake et demander lui n’importe quoi c’est un pretexte pour aller voir ce qui se trame dans le bureau…ils sont peut être en train de se galocher langoureusement là dedans ! - mais…mais…je… - y’a pas de mais c’est un ordre ». Alex encourage la petite recrue : « Allez ! Tu peux le faire ! Reviens nous dire si ça sent la tension sexuelle ou pas ! ». Le lieutenant Falco, qui a son bureau à proximité de Blake en rajoute : « Ça doit sentir le parfum de mâle…je l’ai vu se parfumer juste avant d’aller la voir…allez ma petite on compte sur vous ! » La jeune Lucie, du haut de ses dix-huit ans, s’avance timidement vers le bureau et frappe à la porte. Elle sursaute aussitôt en entendant la voix, fortement agacée, qui tonne de l’intérieur : "QUOI ?!" La porte s’ouvre d’un coup sec. Le regard noir de Blake la transperce. " Heu… je… pardon, lieutenant, mais… je…" Il inspire profondément, visiblement à deux doigts d’exploser. " Vous vouliez me demander quelque chose ? — Oui… enfin… je dois vous demander si…" Elle tente de jeter un coup d’œil discret à l’intérieur du bureau. William comprend immédiatement pourquoi on l’a envoyée. Son expression s’adoucit aussitôt. " Laissez-moi deviner… ces idiots vous envoient vérifier si Miss Diana et moi sommes en train de nous envoyer en l’air sur le bureau du commandant ?" Diana écarquille les yeux, faussement scandalisée. " Oh ! Monsieur Blake ! — Pardon, Miss… mais mes hommes s’imaginent des choses dès que je reçois une femme. — Je vois…" William soupire, puis reprend d’un ton calme mais ferme : " Bien. Vous allez retourner voir cette b***e d’abrutis et leur dire qu’ils me font perdre un temps précieux. Dites-leur aussi que Miss Diana est une témoin importante dans mon enquête." Puis, plus sec " Et qu’ils peuvent aller se faire voir." Il adoucit légèrement sa voix en ajoutant : " Bien sûr, vous n’y êtes pour rien. Ne le prenez pas mal quand je claquerai la porte… et faites attention à vos doigts." Il referme aussitôt la porte. Clac. Lucie retourne, penaude, vers le groupe. Peu à peu, chacun se remet au travail… tout en gardant un œil discret sur la porte du bureau. Un quart d’heure plus tard, tout le monde retient son souffle en voyant la poignée tourner. La porte s’ouvre. Ils assistent à un échange très formel de poignées de mains, oreilles grandes ouvertes. " Miss Diana, merci encore pour votre précieux témoignage. — De rien, lieutenant. Si je peux aider, ce sera avec plaisir. — J’ai bien fait de vous demander d’ouvrir l’œil. Si un jour vous voulez changer de métier… — J’y penserai, mais je suis sûre que vous arrêterez vite le ou les coupables. — J’y compte bien. Et si vous voyez autre chose… — Je vous appelle, comptez sur moi. — Je vous raccompagne." En parfait gentleman, William fait signe à la jeune femme de passer devant lui. En se retournant, il aperçoit Alex et le lieutenant Falco, en pleine démonstration de minauderies et de cœurs faits avec les doigts. Il lève les yeux au ciel. Il doit régler quelques bricoles ce soir, mais promet à Diana d’être chez elle à son réveil pour qu’ils profitent ensemble du week-end — ou au moins d’une partie. Comme toujours, sa compagne l’a bluffé. Non seulement elle a remarqué un détail crucial, mais elle a aussi mis le doigt sur une preuve permettant de demander la réouverture d’une ancienne affaire… un suicide pour le moins étrange. Il devra appeler le procureur, prévenir le commandant, mettre ses hommes au travail. Il regarde Diana rejoindre sa voiture, puis rentre. Aussitôt, les sifflements et moqueries fusent de partout : " Le lieutenant Blake est amoureux ! — Vous nous la présentez quand ? — Ça sent l’amour !" Il lève les yeux au ciel et rejoint son bureau, où l’attendent déjà les membres de son équipe : Alex, bien sûr, la petite brune qui les avait accompagnés à la ferme, et l’agent Ferrand, vingt-trois ans, ancien gamin de l’ASE qui avait failli mal tourner. Le brigadier ne peut s’empêcher de taquiner son chef : " Alors ? Vous avez décroché un rencard, j’espère ? — Mieux que ça. Miss Diana, pendant sa tournée, a repéré une fourgonnette blanche avec une rayure côté conducteur, stationnée près d’un champ, juste après la briqueterie de Saint-Paul, en direction de Jussac." Il marque une pause. " Elle l’a vue à l’aller et au retour, mais la plaque n’était pas la même." Il tend un post-it à Alex. " Vous allez me chercher des infos sur ces deux plaques. - Mais du coup… tu l'as pécho ou pas ? "insiste Alex. William soupire. " Mettez-vous au travail. Parce que je constate que Miss Diana est plus efficace que vous trois réunis. — Ça, ça veut dire qu’elle vous plaît." Blake s’assoit dans son fauteuil, croise les bras. "Miss Diana et moi ne nous fréquentons pas. Je n’ai pas le temps pour ce genre de choses." Il marque un silence. " Même si elle est charmante, c’est désormais une de nos témoins et informatrices. Et comme je l’ai déjà dit, je ne sors pas avec quelqu’un qui…" Il n’a pas le temps de finir sa phrase. Tous ses collègues s’arrêtent net et scandent en chœur : " EST LIÉ À UNE AFFAIRE EN COURS !" Surpris, William leur adresse un doigt d’honneur. " s**t !" Il éclate de rire, se lève et part se chercher un café, promettant à demi-mot que oui… il l’invitera à boire un verre quand l’enquête sera terminée. Victor franchit les portes du commissariat avec son sérieux habituel… et manque presque de s’arrêter net. Des rires. Des chuchotements. Des sourires trop larges. Un sifflement même, quelque part près des bureaux. Il fronce les sourcils. "Qu’est-ce que c’est que cette ambiance ?" D’ordinaire, à cette heure-ci, le commissariat ressemble davantage à un monastère sous tension qu’à une cour de récréation. Là, c’est tout l’inverse. Les agents ont l’air étonnamment détendus, presque joyeux. Trop joyeux. Victor avise un policier qui passe, dossier sous le bras, encore sourire aux lèvres. " Vous, là. Expliquez-moi pourquoi j’ai l’impression d’entrer dans une colonie de vacances." Le policier se fige, hésite une fraction de seconde… puis cède, incapable de résister à l’envie de partager l’information. "Oh… euh… c’est à cause du lieutenant Blake, monsieur le commissaire. — Blake ? " fait Victor, méfiant. "Qu’a-t-il encore fait ? — Rien de répréhensible, hein !" se presse-t-il d’ajouter. "Il a juste reçu une… jolie fille. Dans le cadre d’une enquête." Victor arque un sourcil. " Une jolie fille. — Oui, enfin… très jolie, apparemment. Et intelligente. Et courageuse. Enfin… c’est ce qu’on dit. — On dit beaucoup de choses ici, on dirait, " marmonne Victor. Le policier baisse un peu la voix, conspirateur : "Disons que… tout le monde est à peu près sûr que le lieutenant en pince pour elle." Victor s’arrête de marcher. " Blake. En pincer. Pour quelqu’un ? — Oui, monsieur." Il sourit. " C’est… historique." Le commissaire le fixe longuement, puis soupire. " Donc, si je résume : mon commissariat est euphorique parce que mon meilleur lieutenant sourit à une témoin. — Voilà, monsieur." Victor secoue la tête, partagé entre l’agacement et une certaine amusement malgré lui. "Très bien. Tant qu’il continue à résoudre des affaires, il peut bien tomber amoureux de la moitié de la ville." Il repère William près de la machine à café, une tasse à la main, visiblement concentré sur ses pensées. Il s’approche sans bruit, les bras croisés, l’air faussement neutre. " Alors, lieutenant… " commence-t-il d’un ton calme, presque trop calme. William lève les yeux. " Monsieur le commissaire? — J’apprends que vous créez une dynamique collective assez remarquable aujourd’hui. — Pardon ?" Victor incline légèrement la tête, un coin de la bouche relevé. " Sourires dans les couloirs. Agents dissipés. Paris clandestins. Cœurs dessinés avec les doigts." Il marque une pause. " Vous n’auriez pas, par hasard, reçu une visite… inspirante ?" William comprend immédiatement. Il soupire. "Si vous faites référence à une témoin dans une affaire en cours, oui. Rien d’anormal. — Bien sûr, bien sûr. Une témoin," répète Victor. Il observe William attentivement. "Curieux, tout de même. D’habitude, quand vous recevez une témoin, le commissariat ne se transforme pas en comédie romantique. — les hommes ont beaucoup d’imagination, monsieur. — Trop, apparemment. On m’a même dit que vous aviez souri." William esquisse un rictus malgré lui. " J’ai dû avoir un spasme facial." Victor laisse échapper un léger rire. " Rassurez-moi, Blake… vous n’êtes pas en train de tomber amoureux sous mon toit ?" William se redresse aussitôt. " Absolument pas. — Réponse beaucoup trop rapide, " note son supérieur. William serre un peu plus sa tasse. "C’est une personne impliquée dans une enquête. Vous savez très bien que je ne mélange pas... — Je le sais." Il tapote l’épaule de son lieutenant. " Mais je sais aussi reconnaître un homme qui essaie très fort de se convaincre lui-même. Elle doit être vraiment mignonne.." William soutient son regard, puis soupire à son tour. " en effet.. mais.. - Tant que le travail est fait. — Il est fait, Monsieur le commissaire.." concède William. Le chef ajoute : " Et même très bien, d’après ce que j’entends." Il s’éloigne, puis se retourne une dernière fois. " Essayez simplement de ne pas faire exploser mon commissariat si jamais vous l’invitez à boire un verre." William le regarde partir, secoue la tête, un sourire discret au coin des lèvres… qu’il s’empresse d’effacer quand il réalise qu’Alex l’observe, hilare, de l’autre côté de la pièce. Alexis rejoint William près de la machine à café, l’air faussement détendu mais avec ce petit sourire qui annonce une bêtise imminente. Il jette un coup d’œil autour d’eux, puis baisse la voix, conspirateur. " Tu sais ce qu’on dit sur le commissaire, quand même ?" William soupire sans même le regarder. " J’ai peur de la réponse. — le boss aime beaucoup les jolies femmes. Et il n’a jamais été du genre timide, " poursuit Alex avec un sérieux exagéré. Il hoche la tête. " Lui présenter ta compagne, c’est… comment dire… prendre un risque." William arque un sourcil. "Tu es en train de me dire que je devrais la cacher ? — Je dis juste que si tu la présentes, faut pas t’étonner s’il sort son sourire et son regard de tombeur." William lâche un souffle amusé. " Il est mon supérieur hiérarchique. — Certes. Mais aussi un homme," rappelle Alex. Il désigne discrètement l’open space. " Et regarde autour de toi. La moitié de nos collègues féminines sont déjà à deux doigts de lui demander un autographe quand il passe." Comme pour appuyer ses propos, deux agentes passent non loin et adressent un sourire appuyé à leur chef, qui traverse le hall. Alex ricane. " Tu vois ? Effet immédiat." Il reprend, plus moqueur. " Franchement, entre lui et moi, je me demande lequel a le plus de succès." William secoue la tête, mi-exaspéré, mi-amusé. " C’est ridicule. — Peut-être, mais c’est la réalité du terrain, mon lieutenant." Il lui tapote l’épaule. " Alors réfléchis bien avant d’amener ta jolie rousse au commissariat. Parce qu’ici… elle va attirer beaucoup d’attention. Et pas seulement la tienne." William fixe sa tasse de café, pensif, avant de répondre calmement : " Je lui fais confiance." Alex sourit, plus sincère cette fois. " Je sais. Et c’est pour ça que je te taquine." Il ajoute, avec un clin d’œil. " Mais quand même… si il commence à la draguer, je prends les paris sur ta réaction. — Tu n’auras pas le temps d’encaisser les gains, " réplique William en s’éloignant. Alex éclate de rire, le regardant partir, convaincu d’une chose : le commissariat n’a pas fini de s’amuser avec cette histoire.
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