Diana n’a pas passé une bonne nuit. C’était prévisible. Les images se sont succédé sans répit : Bastien, puis l’homme de la veille, mêlés dans un même cauchemar poisseux. Elle s’est réveillée en sueur, épuisée avant même que la journée ne commence.
Aujourd’hui, elle ne débute le travail qu’à dix heures. Une intervention de ménage chez une dame... Chiante. Exaspérante. Méprisante. Une Dame, riche.. trés riche.. dans une résidence, autrefois luxueuse mais désormais plus.. accessible.
Elle aurait pu déménager, pour ne pas être avec le peuple.
Mais, elle était trop fière.. trop accrochée à cet espèce de petit Royaume, qu'elle croyait diriger.
Elle possédait le dernier appartement, il n'était pas loué contrairement aux autres, non... elle l'avait acheté.. Sa fille et son beau fils possédaient les autres..
Elle se comportait donc en Impératrice.. Stricte. Hautaine.
L'affiche interdisant le bruit passé vingt deux heures ? Elle.
L'affiche interdisant d'utiliser l'ascenceur aprés vingt et une heure ? Elle.
L'affiche interdisant les chiens dans les parties communes ? Elle.
Et si par malheur, quelque chose ne filait pas droit, la police venait frapper.
Dans cette résidence, il n' avait plus d'étudiants. Plus de familles. Juste des personnes âgées.
Elle frissonne d'avance, cette femme, était un dragon.. à douze heure, elle doit aller chercher une petite fille à l’école. En se préparant, elle ne cesse de repenser à la scène d’hier. Pourquoi n’a-t-elle pas réagi davantage ? Depuis Bastien, elle croyait avoir gagné en assurance, en solidité. Elle s’était juré qu’on ne l’aurait plus jamais comme ça.
Et pourtant… Est-ce que Bastien avait gagné, finalement ?
Il continuait de la hanter. Parfois, elle croyait entendre des bruits à sa porte. En descendant l’escalier, son corps se souvenait malgré elle, se revoyait plaqué, impuissant. Les gestes imposés de l’homme d’hier, ses paroles, ses menaces, venaient se superposer à ces souvenirs et lui donnaient la nausée.
Elle se demandait s’il disait vrai. Avait-il réellement fait ce qu’il racontait, ou cherchait-il seulement à la terroriser ? Vu son caractère, elle ne serait pas surprise que ce soit réel. Et sa femme… prisonnière depuis des années, enfermée dans cette maison, sous l’emprise d’un bourreau que personne ne soupçonne. Les fils, eux, ne voient rien. Devant eux, leur père est irréprochable : gestes tendres, voix mielleuse, exactement comme avec le médecin.
Diana serre les poings.
Elle sait que sa bénéficiaire possède de nombreux bijoux, dissimulés dans sa chambre malgré la simplicité des lieux. Elle se surprend à penser que ce sont peut-être des cadeaux offerts après les coups. Une compensation dérisoire.
Puis une autre pensée la traverse, brutale : la petite fille. Celle dont personne ne parle jamais vraiment. S’est-elle suicidée sans raison ? Ou avait-elle aussi subi ? Aurait-il pu lever la main sur sa propre fille ? Sur sa chair ?
Ses fils, non. Ils sont forts, solides. Mais une fille…
Cette idée la glace.
Elle se promet d’être vigilante lorsqu’elle y retournera. D’observer, d’écouter, d’essayer de comprendre. Sa bénéficiaire ne portera jamais plainte. Mais elle, peut-être, pourra faire quelque chose.
Elle chasse ces pensées, s’habille mécaniquement et mange un peu de chocolat sans conviction. Puis elle prépare un sandwich qu’elle mangera pendant la sieste de l’enfant. Après avoir nourri et câliné Merlin, elle prend la route pour la résidence.
La résidence impressionne toujours Diana.
Un immeuble ancien, mais désormais, sécurisé, silencieux, où chaque pas semble feutré pour ne pas déranger l’ordre établi.
Ici, tout est propre, net, contrôlé. Comme sa propriétaire.
Madame Delcourt règne sur les lieux avec une autorité tranquille.
L’appartement du dernier étage est à elle. Les autres ? À sa fille et à son gendre. La résidence entière appartient à la famille. Et cela se sent, dans la façon dont la vieille dame s’installe, parle, ordonne — comme si les murs eux-mêmes lui devaient obéissance.
Diana enlève ses chaussures, enfile ses chaussons, et s’annonce.
" Vous êtes en retard," dit Madame Delcourt sans lever les yeux de son journal.
" Bonjour Madame Delcourt… je suis à l’heure prévue, " répond Diana calmement.
Un soupir, appuyé.
Ici, Diana n’est pas une aide. Elle est une domestique, et la nuance est soigneusement entretenue.
" Mon gendre arrive, " annonce la vieille dame.
"Vous nous préparerez du café. Et tâchez de ne rien renverser cette fois. Vous avez le temps de faire le ménage. Au travail."
Diana serre la mâchoire, mais ne répond pas.
Elle éxécute ses tâches. Les toilettes sales, petits problèmes gastrique. Les protections souillées, Madame à des fuites urinaires visiblement. La vaisselle de la veille. Grasse. Trop grasse.. d'ou les problèmes digestifs.
Madame est riche. Oui. Mais la richesse ne peut pas cacher la terrible véritée du temps qui passe.. surtout pas à une aide à domicile.
Elle se dirige vers la cuisine quand la sonnette retentit. La propriétaire aboit :
" Allez ouvrir enfin ! ne le faites pas attendre !".
Elle essuis ses mains mouillées sur sa blouse en marmonnant et s'empresse d'ouvrir.
Victor entre. Sans un regard, sans une réponse à son "bonjour Monsieur" dit presque à voix basse.
La quarantaine, costume parfaitement coupé, allure assurée.
Un homme qui sait qu’il plaît, et qui sait surtout qu’il inspire le respect. Il embrasse sa belle-mère sur la joue avec une politesse maîtrisée.
" Bonjour Victor, " dit-elle en se redressant.
" Bonjour".
Son regard glisse alors vers Diana.
Rapide, évaluateur. Il ne la connaît pas. Elle non plus. Elle sent pourtant ce sourire discret, presque amusé, se dessiner quand sa belle-mère reprend :
" Elle est gentille, mais un peu empotée… Il faut tout lui expliquer trois fois."
Victor ne dit rien.
Il se contente de sourire. Un sourire fin, moqueur, presque complice.
Diana le voit. Elle le sent. Une chaleur désagréable lui monte aux joues. Elle retient un soupire, quand la dame continue :
" Elle n'est pas trés gracieuse, mais ils n'ont pas assez de personnels en ce moment.. Le café ma petite !". Elle contient une réflexion, retient son envie de claquer la porte. Elle respire et affiche un sourire cordiale :
" Tout de suite Madame, puisque c'est demandé si gentiment..". Elle tourne les talons.
Elle sert le café. Ses gestes sont précis, maîtrisés. Pas une goutte ne tremble.
Madame Delcourt continue, comme si Diana était un meuble :
" Et puis ces jeunes, toujours fatiguées… moi à son âge, je gérais bien plus que ça.
— J’imagine, " répond Victor doucement.
Diana pose la tasse devant lui. Leurs regards se croisent une fraction de seconde.
Il voit la colère contenue. Elle voit qu’il la remarque enfin. Il voit son mépris. Elle voit son assurance d'homme riche.
L'heure passe, Diana continue sont travail. Elle entend des bribes de conversation :
" comment va ma fille ? toujours déprimée ?
- Elle ne va pas bien en effet...". " et le Prefet ?" " Et vous ma chère ? vous n'avez besoin de rien ?".
Avant de repartir, Diana se tourne vers la vieille dame, avec un sourire parfaitement poli.
" Au fait, Madame… vous devriez peut-être parler de vos soucis de digestion à l’infirmière."
Un silence tombe.
" Quels soucis ?!" s’offusque Madame Delcourt.
"Je n’ai aucun problème de ce genre !"
Diana incline légèrement la tête, puis jette un regard innocent vers les toilettes entrouvertes… puis vers la boîte de médicaments contre la constipation, posée bien en évidence sur la table basse.
Elle hausse les épaules.
" Vraiment ? J’aurais cru. Bonne journée.".
Victor baisse les yeux vers sa tasse pour cacher son sourire.
Madame Delcourt, elle, se raidit, piquée au vif.
Diana, déjà dans l’entrée, remet ses chaussures.
Elle n’a pas gagné. Mais elle n’a pas plié.
Et parfois, c’est déjà beaucoup.
Victor suit Diana du regard tandis qu’elle se dirige vers l’entrée.
Elle est belle. Insolente. Irresistible.
Pas la beauté tapageuse, pas celle qu’on remarque immédiatement dans une pièce. Quoique.. si elle était mieux coiffée et mieux habillée..
Une beauté plus discrète, presque fragile. Les épaules légèrement rentrées, comme si elle cherchait à prendre moins de place qu’elle n’en a le droit.
Cette façon de parler avec retenue, de regarder sans soutenir trop longtemps. De contenir quelque chose.
La timidité, il la reconnaît tout de suite.
Et ce qu’elle cache.
" Intéressante," lâche-t-il doucement quand la porte se referme derrière Diana.
Madame Delcourt relève le menton.
" Une simple aide à domicile. Rien de plus."
Victor hoche la tête, mais son regard s’attarde une seconde de trop sur la tasse encore tiède.
" Elle a du caractère, pourtant."
La vieille dame hausse les épaules.
" Un peu trop, à mon goût. Mais elles sont toutes pareilles. Il faut les remettre à leur place de temps en temps."
Victor esquisse un sourire mince. Il n’approuve pas vraiment. Il observe. Il classe.
Dans son esprit, Diana n’est déjà plus une silhouette anonyme. Elle est devenue une variable. Une anomalie légère dans un décor trop bien réglé.
Dehors, Diana sent encore ce regard dans son dos.
Elle ne saurait pas dire pourquoi, mais quelque chose l’a dérangée plus que d’habitude. Ce n’était pas la condescendance de Madame Delcourt — elle y est habituée. C’était l’attention silencieuse de son beau fils.
Ce sourire contenu, presque amusé, au moment précis où elle s’est rebellée.
Elle a l’impression fugace d’avoir attiré l’attention d’un homme qui n’aime pas qu’on lui échappe.
Victor, lui, se lève pour prendre congé.
"Elle reviendra ?" demande-t-il négligemment.
"Évidemment. Elle est payée pour ça."
Il acquiesce, déjà ailleurs.
Dans sa tête, un nom manque encore.
Mais il se dit qu’il finira bien par le connaître.
Et que, d’une manière ou d’une autre, leurs chemins se recroiseront.
Les questions de Diana s'évanouissent vite devant l'école.
Flavie lui saute dans les bras dès qu’elle la voit.
" Nounouuuuu !
— Ça va, ma louloute ? Tu as été sage avec la maîtresse ?
— Oui ! J’ai fait du coloriage !
— Oh, c’est super. Tu as faim ?
— Oui, on mange quoi ?
— Papa a dit des lasagnes.
— Miam !"
Diana sourit. Elle attache la petite dans son siège en discutant. Flavie parle beaucoup pour son âge, pose mille questions, raconte mille choses. Elles roulent jusqu’à la caserne : la maman est gendarme, le papa professeur de maths. Un logement de fonction les attend.
Après une petite course jusqu’à l’appartement, Flavie retrouve ses jouets pendant que Diana prépare le repas. Elle la fait manger, lui lit une histoire, puis la couche pour la sieste.
Diana s’assoit enfin pour manger, répondant au message de William qui lui promet une soirée entièrement dédiée à elle. Elle espère qu’il ne sera pas rappelé. Elle lui manque terriblement.
Son téléphone sonne. Le bureau. Une collègue absente. On lui demande de gérer un repas du soir en urgence. Diana accepte, mais seulement pour une demi-heure, après la garde. Pas question d’attendre pour rien.
" Ce sera à 18h30 au lieu de 19h. Sinon, ce n’est pas possible."
Elle en a assez d’être le bouche-trou. Elle prévient William qu’elle rentrera un peu plus tard.
Pendant la sieste de Flavie, elle range un peu l’appartement, puis sort un livre.
Elle se plonge dans un autre monde, juste une demi-heure, pour respirer. Pour oublier.
" Nounouuu… plus sommeil…"
Elle referme son roman et va chercher la petite. Flavie se blottit contre elle. Les bras potelés autour de son cou, la chaleur de son visage encore endormi sous son menton. Ce n’est pas agressif. Ce n’est pas intrusif. C’est doux, simple, réparateur.
" Tu sens bon… comme une maman."
Diana sourit malgré elle. Une pensée fugace lui traverse l’esprit, comme un murmure , Natacha la taquine :
"Et toi, tu n’en voudrais pas, un enfant ?"
Elle secoue intérieurement la tête. Pas maintenant. Elle espère n’avoir pas oublié son traitement hormonal, qui lui sert aussi de pilule. Elle ne sait même pas si William voudrait être père. Ils n’ont jamais vraiment abordé la question.
Elle se dit qu’elle est juste plus sensible aujourd’hui. Que l’innocence de Flavie lui fait du bien après la perversité de la veille. Mais elle pense aussi à l’avenir. À Flavie devenue grande. À ses nièces. À ce qu’elles auront à affronter.
L’après-midi passe doucement : goûter, dessins, pâte à modeler, histoires inventées. Puis le père rentre.
" Bonsoir.
— Papaaaaa !"
Il attrape sa fille, pose ses affaires.
" Bonsoir Diana.
— Bonsoir.
— Tout s’est bien passé ?
— Oui, impeccable. Elle a bien mangé, dormi deux heures. Et vous ?
— Très bien, merci. Les journées ne sont pas trop dures ?
— Un peu… les aléas du travail.
— Des personnes compliquées ?
— Oui. Beaucoup de sexisme. C’est lourd à la longue.
— Je comprends… je vois ça au collège, dès la sixième."
Diana acquiesce.
" On se revoit la semaine prochaine, il me semble ?
— Oui, bientôt.
— Parfait. Au revoir, Flavie.
— Au revoir, nounou."
Elle quitte l’appartement avec un sentiment rare : ici, elle se sent en sécurité. Le père est respectueux, engagé, attentif. Jamais un regard déplacé, jamais une remarque ambiguë. Il se bat même pour que les filles soient mieux considérées dans son établissement.
Elle regarde l’heure, rejoint sa voiture et démarre pour assurer cette dernière demi-heure.
Encore une fois, elle avance. Mais cette fois, un peu plus droite.
Rien de très compliqué.
La dame est aimable, presque douce. Elle a seulement besoin qu’on lui réchauffe son repas, qu’on lui rappelle de prendre ses cachets et qu’on lui prépare son petit-déjeuner pour le lendemain. À sa demande, Diana met une chaîne d’information en fond sonore.
Elle n’est pas si âgée que ça. Sans doute même plus jeune que Madame Montpeissein, ou que la grand-mère de William. Mais elle a fait un AVC il y a quelque temps et en a gardé des séquelles. Des oublis, des absences. Parfois des flashs de sa jeunesse qui surgissent sans prévenir, la laissant perdue quelques secondes.
En allant fermer les volets de la chambre, Diana passe devant une photo posée sur la commode. Un homme, probablement son fils. Grand sourire, allure rassurante, presque chaleureuse. Pourtant, quelque chose la dérange. Une sensation sourde, difficile à définir. Un malaise diffus, comme un écho désagréable.
Un air de déjà-vu.
Elle s’attarde une seconde de trop devant l’image, puis détourne les yeux. Il a pourtant l’air sympathique. Elle se raisonne : elle est sûrement encore perturbée par la veille. Trop de tensions accumulées, trop d’images qui se superposent.
Elle pense à William. L’heure de le retrouver approche. Elle en a terriblement envie… et, en même temps, une boule se forme dans sa gorge. Comment lui dire ce qu’elle a vécu ? Rien que d’y penser, elle se sent incapable de parler. Les mots se bloquent avant même d’exister.
Elle ferme les volets.
Soudain, un cri fend le silence derrière elle.
« IL M’A v***e ! ».
Elle sursaute et file dans la cuisine où la maitresse de maison semble tranquillement en train de diner :
« Tout va bien ? Vous avez crié ?
- ben…non j’ai rien dit tout va bien pourquoi ?
- je vous ai entendu crier ?
- c’était surement la tele
- bon…dans ce cas si tout va bien je vous laisse, c’est l’heure de partir pour moi
- d’accord merci
- bonne soirée, pensez à vos cachets
- j’y penserais au revoir mademoiselle
- au revoir ».
Bon…. elle a froid dans le dos, elle aurait juré l’entendre crié…est ce qu’elle a revé ? Elle soupire, et prend la route pour rentrer chez elle…
En arrivant, elle est soulagée — presque émue — de voir que son lieutenant est déjà là.
Elle se dépêche d’ouvrir la porte. L’odeur du fromage fondu l’accueille aussitôt.
William est en cuisine, concentré sur une casserole de pâtes au fromage, une de ses recettes anglaises qu’elle adore. La table est déjà mise, le vieux poêle ronronne doucement, et les Beatles se sont invités sur la chaîne hi-fi.
Merlin, profondément outré, miaule à ses pieds pour réclamer une sortie immédiate, ses grands yeux verts pleins de reproches.
Diana se pousse pour le laisser passer, défait ses affaires.
" Tu es là depuis longtemps ? Tu as déjà fait tout ça ?
— Une petite demi-heure. J’ai été plutôt efficace. Tu arrives juste à temps."
Elle esquisse un sourire fatigué.
" Tu es un amour… je me sens épuisée.
— C’est prêt dans cinq minutes. Juste le temps de venir t’embrasser."
Il quitte la cuisine et la prend par la taille. Diana se serre aussitôt contre lui, instinctivement. Il sait : quand elle fait ça, c’est qu’elle a besoin d’être rassurée.
Il la referme contre son torse, l’embrasse dans les cheveux.
" Tu m’as manqué, Foxy.
— Toi aussi…"
Il inspire doucement.
" Tu sens bon… tu sens le bébé.
— C’est la petite, elle m’a fait un câlin. Elle a encore une odeur de nourrisson."
Il recule légèrement pour la regarder.
" Ça va ? Tu as l’air… différente.
— Oui… enfin… je sais pas. Je suis fatiguée, j’ai mal partout."
Il fronce légèrement les sourcils, inquiet.
" Viens manger. Après, je te ferai un massage. J’ai rapporté de l’huile aux plantes que Granny prépare pour les douleurs. Tu me diras si ça te fait du bien."
Elle s’installe. Quand il pose le plat devant elle, elle mange avec appétit, presque avec soulagement. Elle réalise à quel point elle avait faim.
" Je ne ressens plus vraiment la faim… je m’en rends compte seulement après avoir mangé.
— Tu ne ressens pas bien la soif à cause de l’autisme… peut-être que le stress joue aussi pour la faim.
— Peut-être…"
Ils parlent de choses simples pendant qu’ils débarrassent. Puis Diana s’installe sur le canapé. À sa demande, elle enlève son haut. Il veut pouvoir la masser correctement.
William verse quelques gouttes d’huile dans ses mains, les chauffe, puis commence par ses épaules. Elles sont dures. Trop dures.
Il sent les nœuds sous ses doigts, des tensions profondes, inhabituelles même pour elle.
Il descend lentement le long de sa colonne, s’attarde au creux des reins. Son corps parle pour elle : quelque chose de récent, de lourd, de v*****t.
Bastien ?
Ou autre chose encore ?
Peu à peu, elle se détend. Pas complètement. Certaines douleurs ne disparaissent qu’avec des mots.
Quand il libère une contracture à la nuque, elle soupire longuement.
" Oooooh… ça fait vraiment du bien… sans vouloir te vexer, tu me fais presque autant de bien en me massant qu’en me faisant l’amour."
Il rit doucement.
" Tu es tellement tendue… on dirait que tu portes quelque chose de trop lourd.
— Comment ça ?
— Tes épaules… comme si tu gardais un secret qui pèse trop."
Elle se raidit légèrement.
" Oh…"
Il s’arrête, pose simplement ses mains sur son dos.
" Hé… tu peux m’en parler, tu sais. Mettre des mots aide parfois. Qu’est-ce qui ne va pas ?"
Elle hésite, puis se lance, à demi.
"Je crois que je m’inquiète pour ma bénéficiaire… celle que tu as vue avec son mari.
— Pourquoi ?
— Le médecin est passé… et j’ai l’impression qu’il la frappe vraiment. Mais je n’ai aucune preuve. Et le voir si mielleux devant les autres… ça me trouble."
Il acquiesce lentement.
" Et ça te ramène à… Bastien ?
— Comment tu sais ?
— Certains points du dos sont liés aux chocs émotionnels. Granny m’a appris ça."
Elle souffle.
" Je me sens un peu mieux.
— Tu vois… quelques mots suffisent parfois à desserrer les nœuds.
— Je sais… mais ce n’est pas facile."
Il la rassure d’une caresse.
" Tu n’es jamais obligée de tout me dire. Je veux juste que tu n’aies jamais peur de me parler."
Elle hésite encore.
"Il y a autre chose…
— Tu n’es pas enceinte, ne t’inquiète pas."
Elle se retourne vers lui, les yeux ronds.
"Mais… comment…?
— Je t’ai vue regarder tes plaquettes, te crisper au ventre. Et tu t’es tendue quand j’ai parlé de l’odeur de bébé."
Elle reste sans voix.
"Tu n’as rien oublié. Et crois-moi, je le sentirais bien avant que toi tu doutes.
— Vraiment ?
— Parole de lieutenant. J’ai un don pour ça… au point que je fais parfois des gaffes monumentales au boulot."
Elle sourit faiblement. Il continu .
" Mais qu’est-ce qui t’inquiète vraiment ? Tu n’en veux pas ?
— Si… mais j’ai peur. Peur de ne pas être capable. Peur d’avoir une fille…
— Pourquoi ?
— À cause de la violence. Du harcèlement. De ce que j’ai vu, vécu… hier encore…"
Il l’enlace, l’embrasse doucement entre les omoplates.
" Être une femme est difficile, oui. Mais ça change. Lentement, mais ça change. Et jamais je ne laisserai quelqu’un te faire du mal."
Il marque une pause, sincère.
" J’ai 33 ans, un boulot stable, je t’aime, et j’ai envie de construire quelque chose avec toi. Mais c’est ton corps, ton rythme. Si tu n’es pas prête, on attendra. Et si ça arrivait par surprise… je serais là. Toujours."
Il termine le massage, libère un dernier nœud.
Diana se laisse aller contre lui, le cœur un peu plus léger.
Pour la première fois depuis longtemps, elle se sent vraiment en sécurité.
« je me sens tellement mieux…tu as des mains si ….magiques…vous êtes un ange William Black …comment on dit ange en anglais déjà ?
- Angel
- Angel….c’est mieux que Will comme surnom… ».
Elle se leve et grimpe à califourchon sur son Ange…il lui sourit ravit de voir qu’elle a retrouvé de l’énergie….et lui mordille l’oreille :
« laisse moi t’enmener avec moi jusqu’au 7 eme ciel … ».