Brianna
Le lendemain matin, je suis réveillée de bonne heure par Fanny qui entre en trombe dans ma chambre.
— Debout là-dedans ! m’ordonne ma meilleure amie en ouvrant les rideaux.
Je grommelle. Elle s’approche de mon lit et tire la couette d’un coup sec.
— Hé !
Je me redresse, mécontente d’être réveillée aussi brusquement après une nuit presque sans sommeil.
— La demoiselle d’honneur numéro une est attendue pour le petit-déjeuner, se contente-t-elle d’ajouter.
Je soupire, me laisse retomber en arrière.
— J’arrive.
Elle sort me laissant seule. J’attrape mon téléphone et jette un coup d’œil rapide aux messages. Rien. J’espère que Hari s’est mis en route. Nous sommes supposés être à l’église dans deux heures.
— BRIANNA !
— Oui, j’arrive !
Je remets mon téléphone sur ma table de nuit, saute du lit et enfile un jogging ainsi qu’un gros pull à la va vite. Les voix et les rires de mes amis me parviennent depuis la cuisine où je les rejoins.
— Ah ! La voilà ! s’exclame Josh attirant l’attention sur moi.
— À quand ton tour pour le mariage ? me taquine Zac.
Mon regard croise celui de Matthew assis en face de moi.
— Eh bien… (Des images de notre b****r torride de la veille me reviennent en mémoire. Mon corps entre ses bras, ses lèvres contre les miennes… Je détourne le regard, les joues légèrement rougies.) Laisse-moi prendre mon petit-déj, être demoiselle d’honneur à celui de ma mère et on en reparlera.
Je m’assois sur l’un des tabourets et me sers un café bien corset ainsi qu’un bol de céréales avec une banane coupée en rondelle dedans. Les conversations de mes amis reprennent de plus belle tout autour de moi.
— Bree…
Je lève les yeux. Matthew m’observe avec insistance. Je secoue discrètement la tête coupant court à toute conversation éventuelle. Une étrange lueur parcourt son regard.
— S’il te plaît, mime-t-il du bout des lèvres.
Je secoue une fois de plus la tête, lui réponds de la même manière :
— Je ne peux pas.
**
Le petit-déjeuner fini, j’aide Brit et Zac à ranger la cuisine et vais récupérer mes affaires pendant que Fanny et Josh s’occupent de démarrer la voiture. J’en profite pour jeter un nouveau coup d’œil à mon téléphone. Un message. Je clique sur la notification.
Tempête de neige à New York. Je crains de ne pas pouvoir être dans les temps à l'église. Je fais au mieux...Xx. H.
Je soupire exaspérée. Bordel de merde. Il ne manquait plus que ça. Je glisse mon téléphone dans ma poche, attrape mon sac et retourne en bas. Sans grand étonnement, Matthew m’attend dans le couloir.
— Il y a une tempête de neige à New York. (Je le regarde les sourcils froncés.) Fanny et Josh l’ont entendu aux infos.
D’accord et…Je m’interromps net dans ma pensée. Il a mis son blouson. Je ne peux réprimer le rire nerveux qui s’échappe de mes lèvres tandis que mon regard se perd dans le sien.
— Tu n’es pas sérieux.
Il hausse les épaules, les mains dans les poches de son blouson, l’air détendu.
— Tew, ce n’est pas…
— Quand bien même ton parfait fiancé réussirait à contrer la tempête, il ne sera jamais là à temps pour t’escorter le long de l’allée, me coupe-t-il calmement. Maintenant, si tu préfères faire sans cavalier…
— Non. (Il me regarde, surpris.) J’accepte que tu sois mon cavalier, mais uniquement le temps pour Hari d’arriver, d’accord ?
Il acquiesce. Nos regards toujours ancrés l’un à l’autre, je sonde rapidement le sien afin de m’assurer que nous sommes bien d’accord. Ses lèvres s’étirent en un sourire théâtral tandis qu’il m’ouvre la porte. Criant un « à tout à l’heure » à l’attention de Brit, Zac, Isaac et Becca qui doivent nous rejoindre un peu plus tard, je sors et m’empresse de regagner la voiture de Josh, mon ex-petit ami sur les talons.
A peine installés, Fanny nous jette un regard à travers le rétroviseur :
— Tutto bene ?
— Si. Tutto bene, je réponds.
Elle nous adresse un sourire enthousiaste :
— Dans ce cas, c’est parti.
**
Hari
Les violentes rafales de neige s’abattent sur mon pare-brise. Cela doit faire au moins une bonne heure que je suis parti et malgré ça, je peine à avancer. À ce rythme-là, je ne serai pas sur place avant la soirée… Génial. Merci Caederic et la discussion imposée. Un coup de klaxon retentit derrière moi.
— Je ne peux pas aller plus vite connard !
Heureusement Hayden est endormi, son casque sur les oreilles. Les conducteurs devant moi peinent tout autant. Comme quoi, l’autre taré qui n’arrête pas de klaxonner et moi-même ne sommes pas les seuls dans la même galère. Heureusement, j’ai la musique pour passer le temps. Je tapote le volant tout en fredonnant les paroles de la chanson Isn’t She Lovely de Stevie Wonder. Des images de Brianna se présentent à mon esprit. D’ailleurs quand on parle de la louve.
Je tente de réprimer le sourire niais qui se dessine sur mon visage en voyant son nom apparaitre sur l’écran de mon téléphone posé sur le support main libre. Je coupe la musique et décroche.
— Désolé bébé, je pense que je ne pourrai pas…
— Ce n’est pas Brianna.
Mes mains se crispent sur le volant. Je peux sentir la tension monter en moi tandis que cette voix masculine, la même que j’ai entendu le soir où Bree m’a appelé beurrée comme un petit lu, résonne dans ma tête.
— Qui êtes-vous ? je demande d’une voix calme et détachée.
— Son ex-petit-ami.
Son ex-petit-ami ? Potentiel p******l, oui. Ou plutôt ex-potentiel p******l étant donné que je me suis occupé de remettre les pendules à l’heure.
— Brianna n’est jamais sortie avec qui que ce soit d’autre avant…
— Détrompez-vous. Elle et moi sommes sortis ensemble il y a quelques années. Nous n’avons juste jamais fait quoi que ce soit sexuellement, c’est tout.
Je vois. Dans ce cas, je ne suis pas persuadé que le terme « ex-petit ami » soit le plus approprié. Potentiel p******l en revanche…
— Pourquoi m’appelez-vous avec le téléphone de Bree, si je puis me permettre ?
— Parce qu’elle et moi sommes ensemble à l’église. Étant donné que vous ne pouvez pas être là pour jouer son cavalier, c’est moi qui vais m’en charger.
Un rire moqueur s’échappe de mes lèvres à l’entente de ses mots. Comme c’est mignon et galant de sa part.
— Ne vous en faîtes pas, je devrais réussir à être là pour la réception. Vous n’aurez donc pas à vous charger de cette mission bien longtemps.
— C’est justement pour ça que je vous appelais.
J’inspire et expire lentement tentant tant bien que mal de gérer la tension qui s’empare petit à petit de moi.
— Je vous écoute.
— Ne venez pas, ce n’est pas la peine.
La voix de Brianna retentit au loin. Il lui répond qu’il arrive et ferme la porte derrière lui.
— Je sais ce qui s’est passé lors de votre voyage en Europe, elle m’a tout raconté.
Je serre un peu plus le volant au point que mes phalanges en deviennent blanches.
— Écoutez, je vous remercie du souci que vous vous faites pour elle, mais cette discussion est close. En tant que son « ex-petit ami » comme vous le dîtes si bien, vous n’avez pas à interférer entre ma fiancée et…
— Fiancée, mais pas femme, m’interrompt-il une pointe de fourberie dans la voix.
— Le mariage est pour bientôt, je contre-attaque avec assurance.
Il rit, moqueur.
— Je suppose que c’est pour ça qu’elle et moi nous sommes encore embrassés au point de presque faire l’amour, pas plus tard qu’hier soir.
Je donne un coup de frein brutal manquant de me prendre Mr. Klaxonner de Première dans le cul.
— Non, mais ça ne va pas ? Couillon ! s’emporte-t-il.
Il s’en faut de peu pour que je descende de voiture et aille lui refaire le portrait. J’ai les nerfs à vif. La voix de Brianna résonne une fois de plus au loin de l’autre côté de la ligne malgré la porte fermée.
— Je vous prie de m’excuser, le devoir m’appelle, dit mon interlocuteur faisant mine d’être sur le point de raccrocher. (Il ajoute. :) J'oubliais, ne venez pas. Personne n’a besoin de vous ici.
— Espèce de…
Il raccroche.
— Connard !
Mon poing s’écrase sur le volant dans un geste de colère. Le son de mon klaxon retentit aussi bien à l’extérieur que tout autour de moi. Cette fois-ci, c’est à moi de m’impatienter.
**
Brianna
Fanny et moi retrouvons ma mère, ma tante Heady et ma cousine Emilia dans l’une des petites salles attenantes à l’église. Matthew et Josh, quant à eux, sont attendus par Bobby, ses frères Danny et Joe et Luke, son neveu, dans l’autre. Matthew me lance un sourire furtif avant de disparaître derrière la porte.
— Nouveau prétendant ?
Je sursaute, surprise. Emmy se tient dans l’embrasure de la porte, un sourire charrieur sur le visage. Nous échangeons une longue étreinte.
— Je n’arrive pas à y croire, dit-elle en se détachant de moi. Cela fait à peine un an que nous ne nous sommes pas vues et te voilà avec un prétendant absent qui t’a passé la bague au doigt et un autre, présent, qui semble prêt à te la retirer. (Elle plisse les yeux, suspicieuse.) Quel est ton secret ?
— C'est...
— Félicitations pour tes fiançailles ! s'exclame ma tante qui vient de nous rejoindre.
Je lui réponds d'un sourire factice alors qu'elle me prend dans ses bras. J'en profite pour jeter un coup d'oeil à ma cousine par-dessus son épaule :
— C'est compliqué, je mime du bout des lèvres.
Elle acquiesce. Nous entrons dans la petite pièce où ma mère vient tout juste de revêtir sa robe de mariée.
— Tu es sûre que tu ne risques pas de te casser la figure avec cette traîne ? la charrie sa sœur.
— Oui, j’en suis sûre. (Elle prend une petite inspiration et s’humecte les lèvres tout en passant ses mains sur le jupon de sa robe.) J’espère juste que Bobby ne va pas me planter devant l’autel.
— Mais non, ne t’en fais pas.
— Il a bien trop peur de ce que tu pourrais lui faire si jamais il osait te faire cet affront, je renchéris.
Ma mère me tire la langue à travers la glace, le coin des lèvres étiré en un sourire.
— Les filles, dépêchez-vous il va bientôt être l’heure, nous presse ma tante.
Elle s’attèle à la coiffure et au maquillage de ma mère. Fanny, Emmy et moi nous plaçons dans un coin le temps de troquer nos vêtements pour trois robes blanches en dentelle identiques avant de coiffer nos cheveux en demi-couronne tressées. Pour le maquillage, Fanny et moi nous laissons aller aux bons soins d’Emmy qui, comme à son habitude, fait ça vite et comme une pro. Puis, nous rangeons rapidement tout notre bazar. La porte de la pièce s’entrouvre. Josh passe la tête par l’entrebâillement.
— Les premiers invités sont en train d’arriver.
J’acquiesce.
— On arrive tout de suite.
Il nous adresse un clin d’œil complice, reluque furtivement Fanny et disparaît aussi vite qu’il est apparu.
— Et voilà !
Je tourne la tête. Mon regard se pose sur ma mère métamorphosée avec ses cheveux attachés en un élégant chignon tressé et son visage recouvert d’une fine couche de maquillage à la fois discret et lumineux. Fanny lui assure que Bobby va rester sans voix et Emmy émet un sifflement surpris. Les premières notes d’une musique annonçant le début imminent de la cérémonie retentissent.
— Aller vite, photo !
Mariée, dame et demoiselles d’honneur, nous prenons la pose avec grand plaisir. La porte s’ouvre à nouveau alors que le flash de la dernière photo surgit. Parfait timing. Josh, Luke et Matthew entrent dans la pièce.
— Les invités sont en place, nous informe le premier.
— Dans ce cas, tout le monde en place et que ça saute, décrète ma tante. (Se tournant vers ma mère, elle ajoute :) Tu ne vas pas nous faire un malaise avant d’arriver à l’autel ?
— Ne t’en fais pas, j’ai bien l’intention de tenir jusqu’à ce qu’il m’ait passé la bague au doigt.
Danny et Joe se joignent à nous à leur tour. Le premier offre son bras à ma mère, le second à ma tante. Fanny, Emmy et moi attrapons chacune le bras de notre cavalier respectif. Nous prenons place dans le couloir et attendons patiemment le signal. Je peux sentir mon cœur cogner dans ma poitrine.
— Détends-toi, ça va bien se passer, souffle Matthew.
Je lui jette un regard furtif auquel il répond d’un sourire.
— Heureusement que ce n’est pas ton mariage, tu risquerais de tomber dans les pommes.
— Haha, je soupire en roulant des yeux au ciel.
La musique Au-delà des Etoiles finit enfin par se faire entendre. Fanny et Josh disparaissent les premiers le long de l’allée, rapidement suivis par Emmy et Luke. Prenant une inspiration, je redresse le dos, la tête haute.
— Prête ?
J’acquiesce, tourne la tête.
— Et toi ?
Il resserre sa prise autour de mon bras. Une lueur sérieuse, presque solennelle parcourt son regard.
— Prêt.
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