- Tiens, un verre. Me tend Morine.
- Qu'est-ce que c'est ? Je le prends entre mes doigts et sens. Ca pue.
- C'est de l'alcool. Tu devrais te détendre un peu. Ne t'inquiètes pas, ce n'est pas fort.
- Je ne bois pas d'alcool. Mais, merci c'est gentil. Je le repose sur la table et lui offre un sourire aimable.
Juliette glousse à ma réplique mais Morine hausse les épaules et se rassied sur Bryan qui lui caresse maintenant le ventre. Faire ça en public, me choque un peu. Sont-ils tous imbibés d'alcool ?
- On devrait peut-être aller rejoindre les autres, propose Mike, c'est un peu ennuyant ici, non ? En plus, il y a nos parents...
Je guette les alentours et remarque des jeunes et des personnes un peu plus âgées, danser ensemble. La musique est très bonne et tout le monde à l'air joyeux. Que n'aiment-ils pas dans cette fête ?
- Oui ! Fais Kathleen. Tu viens avec nous Alyssa ?
- Euh... Et bien...
- Allez ! Viens ! Me dit Mike. Ce sera cool, tu vas voir. Il laisse échapper un clin d'œil.
Juliette me scrute d'un regard noir. Je crois qu'elle aimerait que je dise non. Juste pour cela, j'ai envie de dire oui mais... Je ne les connais pas et je n'ai pas de voiture... Je ne préfère pas m'aventurer...
- Je suis désolé mais je vais rester ici...
- Ecoute, me dis Kathleen, demain il y a une autre fête chez Jeff, viens avec Cayden, il y est toujours. Ainsi, tu seras avec une personne que tu connais très bien et tu seras plus à l'aise. Mais pour ce qui est d'être à l'aise, tu le seras. Il y aura au moins deux cent personnes comme à chaque fois donc on ne verra pas que tu es nouvelle. Me fais t-elle en m'adressant un sourire de ses dents éclatantes.
Kathleen est une fille très gentille. Il est vrai que j'ai besoin d'être rassurée à propos de cette fête. Je n'ai jamais été à une quelconque fête sinon d'anniversaires et je ne sais pas comment cela se déroule. Nous nous échangeons nos numéros de téléphone et elle finit par partir avec les autres dans une grosse voiture blanche, celle de Mike.
La soirée se termine vers une heure du matin. En rentrant, je m'endors presque dans la voiture. Tel un enfant, je n'ai pas l'habitude de me coucher plus tard que minuit. Je me mets dans les draps en réfléchissant à la proposition de Kathleen. Ses amis ont l'air sympathique, hormis Juliette évidemment. Je pense que je vais accepter d'y aller. Cayden ne voudra certainement pas m'y accompagner vu qu'il ne m'apprécie plus mais je pourrais prendre la voiture de ma mère. Si je reste avec les amis de Cayden et qu'il sera là, je vais d'office me rapprocher de lui. C'est la seule et unique raison pour laquelle j'ai vraiment, vraiment envier d'y aller.
Le matin suivant, je me prépare un petit déjeuné et je décide d'aller parler à la maman de Cayden. Cela fait vraiment longtemps qu'on n'a plus discuter toute les deux et ainsi, j'espère aussi avoir plus d'informations sur ce qu'est devenu Cayden en mon absence.
Lorsque j'arrive chez elle, elle me fait entrer avec un sourire. Elle me propose un thé saveur cup cake à la framboise et j'accepte. Je ne peux refuser pareil goût ! Lorsque j'entre dans le salon, je remarque Cayden endormis sur le sofa. Il est tellement beau. Il est vêtu d'une chemise tâchée de vin ou une chose tel que celle-ci et d'un jeans noir, il a toujours ses converses mais elles ne sont pas posées sur le sofa. Tellement il est grand, elles dépassent de loin la fin de celui-ci. Ses cheveux tombent sur l'un de ses yeux et j'ai une envie irrépressible de la recaler en arrière. J'ai tellement envie de m'asseoir près de lui... Il est tellement magnifique... Je ne savais pas qu'il serait encore plus beau en grandissant. Je n'ai jamais vu plus beau garçon que lui. Sa mère me rejoins et coupe mes pensées en disant :
- Ah il est là ! Je ne l'avais pas vu... Et bien, retournons dans la cuisine alors.
Déçue de sa réflexion, je fais demi-tour lorsque je l'entends pousser un grognement. Je me retourne, mais il dort. Alors, je rejoins Elizabeth dans la cuisine avec la vue de son fils encore vive sous mes yeux.
- Tu sais... Je suis désolée pour lui, commence t-elle. J'ai perdu le contrôle de son éducation un petit peu après que vous êtes partis. Il a traîné avec un petit garçon prénommé... Ah je ne me rappelle plus... Mais il est devenu... grossier. De plus en plus, il répondait à mon mari. Nous l'avons fait entrer dans un internat et au lieu de revenir à la maison, les week-ends, il allait chez des amis. Nous avons donc décidé d'oublier l'internat et de le mettre dans une école à quelques pas d'ici mais lorsqu'il revenait de celle-ci, directement il montait dans sa chambre ou alors, il revenait très tard parce qu''il "était avec des amis". Un jour, il est venu ici avec une grosse voiture, sa voiture. Puis, il revenait de plus en plus avec des choses hors de prix. Tu sais... Nous ne savons même pas comment cela se fait qu'il a pu se payer des choses pareilles. Parce qu'il est clair que seul le football ne peut pas lui donner autant d'argent. Mon mari a déjà tenté de le suivre mais il roule tellement vite... Il n'est quasiment jamais ici hormis pour dormir, et encore... Des fois, il part pendant des semaines sans prévenir et moi je ne cesse de me faire du souci...
Elle souffle, desespérée de la situation.
Elle fait une pause et regarde sa tasse de thé en buvant une gorgée. Elle est triste et me fait de la peine. J'ai également de la peine pour ce qu'il est devenu et ce qu'il fait endurer à ses parents. Il est clair que je dois faire le deuil de l'ancien Cayden. Il n'existe plus.
- Il trafique dans les choses illicites ? Je lui pose la question qui me brûle les lèvres.
- Je ne sais pas... Il n'a jamais été arrêté par la police. Elle baisse le regard encore une fois. Elle continue : je ne sais plus qui est mon fils. Tu sais, des fois il revient avec des marques sur le visage... Je pense qu'il se bat continuellement et je ne sais pour quelles raisons et avec qui... Elle a les larmes aux bords des yeux et ça me fait souffrir de la voir ainsi. Mais... Continue t-elle tout bas... Je suis certaine qu'il peut changer.
- Je suis sûr. Je lui dis, n'étant pas du tout certaine mais j'ai tellement envie de l'encourager. Et puis, entendre ces mensonges tout haut, me donne envie d'y croire.
Cayden se bat ? Si l'on m'avait dit, dix ans plus tôt que Cayden se battrait, je n'aurais pas cru mes oreilles. Autrefois, lorsqu'il me défendait, il usait seulement les paroles. Mais pas de grossiers mots comme il le fait aujourd'hui, non, seulement des paroles pour adoucir et ça marchait.
Je baisse la tête moi aussi sur ma tasse de thé. Comment as t'il pu changer autant ?
- Alors comme ça, vous complotez contre moi ? Dis Cayden en apparaissant, il ouvre l'armoire et en sors un verre. Sa vue me fait rougir automatiquement. Je le regarde encore une fois ébahie par sa beauté. Il est tellement magnifique alors qu'il vient à peine de se réveiller et qu'il s'est sûrement couché très tard. C'est impossible comme une personne peut-être aussi belle.
- Pas du tout. J'explique à Aly ce que tu es devenu.
- Et qu'est-ce que je suis devenu au juste ? Il se penche vers moi, en posant son corps sur la table, il me regarde dans les yeux et je deviens rouge. Il sent l'alcool à plein nez.
- Tu sens l'alcool. Je plisse mon nez, fais une grimace de dégoût et il ricane.
- Petite.
Petite ? Parce que je ne bois pas d'alcool ? Ca me répugne. Chacun ses goûts. Je n'aurais jamais cru dire ça un jour de Cayden mais... Il m'irrite.
- Tu es devenu une autre personne que je connaissais, Cayden.
- Ne prononce même pas mon prénom. Tu n'es rien pour moi. Il se fâche et me brise le coeur. Content qu'il ai vu de la peine dans mes yeux, il porte son verre remplit d'eau au bord de ses lèvres en souriant. Il boit une gorgée lorsque j'essaye de me ressaisir en disant :
- Je viens ce soir, chez Jeff.
A cette déclaration, il recrache sa gorgée à terre et sa mère fronce les sourcils. Je suis contente de l'avoir touché. C'était mon but.
- Pardon ? Fait-il en me regardant pour la première fois, réellement. Il prend un essuie et s'essuie la bouche.
Je ne sais pas quoi lui répondre quand il finit par ricaner et par lâcher :
- Tu n'iras pas.
- Qui es-tu pour me donner des ordres ? Dire ses paroles me glace le sang. Jamais j'aurais cru dire une pareille sornette.
- Bien. Vas-y mais tu le regretteras. Il prend son verre et s'en va.
- Essuie à terre ! Crie sa mère.
Quelques secondes plus tard, il revient dans la pièce, jette un torchon juste devant moi et dit :
- Tiens Alyssa, c'est de ta faute, non ? Frotte !
L'entendre pour la première fois dire mon prénom en entier me donne un frisson tout le long de ma colonne vertébrale. Quelle sensation ! Moi qui croyais ne pas aimer l'entendre, c'est tout autre chose lorsque ça sort de sa bouche.
- Pardon ? Mais il n'a certainement pas entendu. Il est déjà repartit dans une autre pièce.
Sa mère, décontenancée, change de pièce certainement pour lui crier dessus. Hors de question que je nettoie ça. Depuis quand ose t-il me donner des ordres ?