Le visage derrière le masque

1032 Words
Mon cœur s'arrêta presque. Derrière le masque fissuré du chef des Dévoreurs... J'avais aperçu un visage. Pas entièrement. Juste une partie. Mais c'était suffisant pour me glacer le sang. Parce qu'il ressemblait étrangement à quelqu'un que je connaissais. À moi. Je reculai d'un pas. Puis d'un autre. — Non... Le chef des Dévoreurs sourit. Comme s'il savait exactement ce que je venais de voir. — Tu comprends enfin. Le Premier Loup se plaça immédiatement devant moi. Un grondement puissant résonna dans toute la forêt. Les arbres tremblèrent. Le sol vibra. Mais les Dévoreurs continuaient d'avancer. Sans peur. Sans hésitation. Comme des soldats déjà morts. Kael se rapprocha de moi. — Ne le regarde pas. — Qui est-il ? Ma voix tremblait. — Je ne sais pas. Mais même lui semblait inquiet. Très inquiet. Aiden rejoignit notre groupe. Son épaule saignait encore. Pourtant il gardait les yeux fixés sur l'homme masqué. — Ce n'est pas possible... Selene fronça les sourcils. — Quoi ? Le chef de meute déglutit difficilement. — Il est censé être mort. Le silence tomba. Mon cœur accéléra. — Qui ? Mais avant qu'il puisse répondre... Le chef des Dévoreurs leva une main. Et toute son armée s'arrêta. Instantanément. Puis il retira lentement son masque. Personne ne respirait. Personne. Lorsque le masque tomba au sol... Un choc parcourut la clairière. Même le Premier Loup recula. Je restai figée. L'homme me ressemblait. Pas totalement. Mais suffisamment pour que le lien soit évident. Les mêmes yeux. La même forme de visage. Les mêmes cheveux noirs. Comme une version plus âgée de moi. Mon souffle se coupa. — Qui êtes-vous ? L'homme me regarda longuement. Puis répondit : — Je suis ton oncle. Le monde sembla s'arrêter. Mon oncle ? Impossible. Ma mère m'avait toujours dit que nous n'avions plus de famille. Que nous étions seules. Alors pourquoi cet homme disait-il cela ? — Vous mentez. Il secoua doucement la tête. — Non. Ses yeux rouges brillèrent légèrement. — Je suis le frère de ta mère. Une douleur étrange traversa ma poitrine. Je voulais le croire. Je voulais avoir encore de la famille. Mais quelque chose n'allait pas. Quelque chose de profondément mauvais émanait de lui. Selene serra les poings. — Tu n'as pas le droit de prononcer son nom. L'homme éclata de rire. — Après toutes ces années, tu me détestes encore. — Tu l'as trahie. Son sourire disparut. — J'ai essayé de sauver notre peuple. Le Premier Loup grogna violemment. Comme s'il rejetait totalement ces paroles. Mon regard passa de l'un à l'autre. — Quelqu'un va enfin m'expliquer ce qui se passe ? L'homme soupira. Puis il me regarda. — Il y a dix-sept ans, notre peuple était condamné. Le vent soufflait autour de nous. Personne ne l'interrompit. — Les meutes se détruisaient entre elles. Les Chasseurs devenaient plus puissants. Et le Sang Lunaire disparaissait. Je l'écoutais malgré moi. — Alors j'ai cherché une solution. — Tu as cherché le pouvoir, corrigea Selene. — Le pouvoir était la solution. Un silence lourd suivit. Puis il continua : — J'ai découvert quelque chose d'ancien. Quelque chose d'interdit. Mon cœur accéléra. — La Porte ? L'homme sourit. — Très bien. Tu apprends vite. Le Premier Loup grogna encore. Cette fois plus fort. Comme un avertissement. Mais mon oncle continua. — La Porte permet d'accéder à une force immense. — Une force maudite, cracha Selene. — Une force nécessaire. Ses yeux rouges se posèrent sur moi. — Mais seule l'Héritière du Sang Lunaire peut l'ouvrir. Mon souffle se coupa. Je comprenais enfin pourquoi tout le monde me cherchait. Pourquoi personne ne me laissait tranquille. Pourquoi ma vie avait explosé le jour de mon anniversaire. Puis un souvenir surgit brusquement. Une image. Ma mère. Pleurant. Elle tenait une petite fille dans ses bras. Moi. Et elle répétait encore et encore : — Ne le laisse jamais la trouver. Je sursautai. Le souvenir disparut. Mais une chose restait. La peur. La peur immense que j'avais ressentie dans sa voix. Je regardai mon oncle. Et je compris. Ma mère ne le craignait pas. Elle le redoutait. — Tu as tué ma mère ? Le silence tomba. Même les Dévoreurs cessèrent de bouger. L'homme ne répondit pas immédiatement. Puis il murmura : — Non. Je l'observai attentivement. Quelque chose dans son regard semblait sincère. Mais pouvais-je lui faire confiance ? Après tout ce que j'avais vu ? Après tout ce que j'avais appris ? Soudain... La marque sur mon bras recommença à briller. Plus fort. Beaucoup plus fort. Je poussai un cri. Une lumière argentée explosa autour de moi. Tous reculèrent. Même le Premier Loup. Je tombai à genoux. La douleur était insupportable. Comme si quelque chose essayait de sortir de mon corps. Puis une voix résonna dans mon esprit. Une voix que je connaissais. Ma mère. "Yuna... écoute-moi." Des larmes montèrent immédiatement à mes yeux. — Maman... "Le temps est presque écoulé." — Que dois-je faire ? Autour de moi, le monde semblait figé. Comme suspendu. "La Porte ne doit jamais être ouverte." Mon cœur accéléra. "Peu importe ce qu'ils te racontent." — Pourquoi ? Le silence dura quelques secondes. Puis elle répondit : "Parce que ce qui se trouve derrière n'est pas un pouvoir." Un frisson glacé traversa tout mon corps. "C'est une prison." Mes yeux s'ouvrirent brusquement. Le monde revint. Les cris. Le vent. La forêt. Tout. Je relevai immédiatement la tête. Mon oncle me regardait. Comme s'il savait ce qui venait de se passer. — Elle t'a parlé, n'est-ce pas ? Je ne répondis pas. Mais mon silence suffisait. Puis quelque chose d'inattendu arriva. Le Premier Loup avança. Lentement. Jusqu'à moi. Toute la forêt retenait son souffle. L'immense créature baissa alors la tête. Devant moi. Comme si elle reconnaissait mon autorité. Comme si... Elle me prêtait allégeance. Un choc traversa toute l'assemblée. Aiden resta bouche bée. Selene avait les yeux écarquillés. Même Kael semblait incapable de croire ce qu'il voyait. Et mon oncle... Mon oncle venait de perdre son sourire. Pour la première fois. Parce qu'il comprenait enfin une chose. Je n'étais plus la fille perdue qui découvrait son héritage. Quelque chose changeait. Quelque chose s'éveillait. Et ce pouvoir... Même lui semblait le craindre.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD