Zac.
J’ai roulé la moitié de la nuit sur ma moto. Je ne voulais pas rentrer au campus et affronter les questions d’Erwin. Je n’avais pas non plus envie d’aller voir ma mère. Je l’aime plus que tout mais c’est difficile à gérer en ce moment.
Quand je la vois, j’ai honte de ne pas l’avoir aidée avant. Je n’ai rien vu. Il la frappait depuis toujours et je n’ai rien vu.
Il y a quelque temps, je suis revenu à la maison à l’improviste et je l’ai trouvé en train de lui asséner une gifle. Elle pleurait et lui criait de la laisser tranquille. J’ai cru devenir fou, comme si c’était un cauchemar. Mon père s’est retourné et m’a ordonné de dégager. Il avait l’air d’un malade, comme si le seul visage que j’avais connu de lui jusque-là n’était qu’un masque et que sa vraie nature se dévoilait seulement maintenant. Je n’ai pas dégagé. En revanche, je lui ai collé une sacrée dérouillée à cet enfoiré de lâche. Je l’ai foutu dehors et je lui ai dit que s’il osait se pointer à nouveau, je le tuerais. Je n’en ai pas vraiment discuté avec ma mère. C’est encore trop difficile pour nous deux. Il est quatre heures du mat’ quand je rentre au campus. J’essaie de me faufiler le plus discrètement possible dans la chambre mais avec Erwin, c’est peine perdue.
Un battement d’ailes d’oiseau le réveillerait.
– T’as vu l’heure bordel ?
Il allume sa lampe de chevet, s’assoit dans son lit et me regarde, les cheveux en bataille.
– Excuse-moi, je ne voulais pas te réveiller.
– Je sais ouais. Je m’en tape que tu m’aies réveillé. Tu fais chier avec tes virées nocturnes. C’est quoi cette manie de plus dormir, hein ? T’as vu ta tronche, sérieux ? T’as pas passé une seule vraie nuit depuis des semaines. Tu sais qu’avec nos études c’est mauvais les insomnies ?
– Oui, je suis au courant. Écoute, t’en fais pas. Ça repartira comme c’est venu. Je suis juste passé prendre mes affaires et je te laisse.
Je me change tout en l’écoutant m’engueuler.
– Tu vas aller courir à cette heure-là ? Non mais t’es dingue !
– Juste une petite heure et je reviendrai dormir avant de commencer les cours.
– On démarre à huit heures ce matin.
– Je sais ouais.
Je me dépêche de partir avant d’en entendre davantage. Je sais qu’il dit cela pour mon bien mais je n’ai pas envie de me justifier. Je pars courir autour du campus. À cette heure, tout est calme à part quelques étudiants qui rentrent de soirée. Cela fait déjà trois quarts d’heure que je cours. Mon corps n’en peut plus et me supplie d’aller me coucher. Mais mon esprit est trop encombré pour que je puisse trouver le sommeil.
Je décide de courir trois quarts d’heure de plus. Il est six heures quand je remonte. Erwin est sur le pied de guerre, prêt à aller étudier deux heures avant le cours.
– Je préfère ne rien dire, Zac ! Je file déjeuner et après je retrouve Cindy à la bibliothèque. Dors, OK ?
– Oui papa !
Il me balance un oreiller avant de sortir en riant malgré lui. Je me douche et me mets au lit, m’accordant une heure de repos.
Dans mon demi-sommeil, je ne vois que des images de Lucianna et je n’ai soudain plus vraiment envie d’ouvrir les yeux. Le réveil me sort pourtant de ces doux rêves et je saute dans mes fringues pour aller en cours.
La journée s’étire à n’en plus finir. Je fais de mon mieux pour rester concentré mais elle est dans toutes mes pensées.