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Si tu l'as fait en toute légalité, il ne devrait pas y avoir de problème alors, conclut Moussa, après que Sidafa lui ai raconté toute l'histoire à propos de l’e********t de Kélèty.
Il vint s’assoir au près de lui et lui tendit un verre de vin qu’il s'était servi dans sa grande calebasse.
- Tiens, dit-il en lui tendant le verre.
- Merci.
- Pourquoi est ce que tu es comme ça Alors ? Demanda Moussa. Tu as la mine déconfite, je peux savoir ce que tu as.
Il hésita pendant un moment avant, de lui faire savoir son état d’âme. Car après tout, c’est son ami, son confident, et c’était comme un père pour lui.
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C'est Fatima, tu sais comment elle est. elle est contre cette décision. D’après elle, je sépare un enfant de sa famille et pourtant je l’ai fait en partie pour elle. Elle a viré toutes nos domestiques, et est toute seule avec deux bébés à portée de main, je pensais qu’elle serait heureuse d’avoir quelqu’un qui pourrait l’aider avec les enfants, dit-il avec colère.
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Tu as fait ce qu’il fallait Sidafa, en faisant ça, tu as montré à ces idiots d’humains qu’ils ne peuvent pas contester ton autorité mais, peu importe ce que tu fais dans la vie, ta femme le trouve toujours insensé.
- Moi-même je ne la comprends, elle est censée être une démonne, mais elle agit avec tant d'humanisme que parfois…..
- Tu te dis qu’elle est humaine ? Le termina-t-il à sa place en le regardant droit dans les yeux. Je te comprends tu sais, ma femme Oumou était exactement pareille, rajoute-t-il en se perdant dans la nostalgie. Et je n’ai jamais su pourquoi. Elle avait presque réussi à tuer la bête qui est en moi, et puis un beau jour, ils me l’ont prit. Dit il en faisant références aux humains.
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Toute cette histoire me dépasse, reprit Sidafa après un moment de silence. Mais ce qui est sûr, c’est que je ne vais en aucun cas laisser cet enfant repartir de là où il vient.
- Très bonne décision mon ami, dit Moussa en ingurgitant une énième gorgée de vin. Au fait, quand est ce que tu comptes baptiser tes enfants ? Demanda soudainement Moussa.
- Je pense le faire au septième jour de leur naissance.
- Très bien, nous allons pouvoir organiser une grande fête à l'occasion, beaucoup plus grande que celle de la naissance.
- On a beaucoup de combats à mener mon roi, les démons de Sabadjou ne reculent pas assez à mon goût.
- Je sais, mais parfois, il faut oublier le travail et faire la fête.
- On ne doit pas se permettre de divertissement, en faisant la fête pendant que l’ennemi est à deux pas de la porte.
- Je suis ton roi Sidafa ; le fait-il remarquer. Tu me dois obéissance et soumission, alors tu feras exactement ce que je te dirai de faire.
- Oui majesté ! Mais…
- Il n’y a pas de mais, ma décision est prise, et il y aura une cérémonie de baptême rien que pour toi.
- Bien majesté ! Se résigna-t-il.
C’est ainsi qu'ils passèrent toute leur matinée, à boire jusqu’à épuisement.
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- Kélèty c’est ton nom, hein ? Hochement de tête. Tu devrais manger, le conseilla Fatima, après s’être rendue compte qu’il n’avait rien avalé depuis la nuit. Rester là à te morfondre ne va rien arranger du tout, dit Fatima à se souciant un peu de l’état d'âme de Kélèty.
Toute la matinée, elle avait observé ce dernier, et elle savait au fond d’elle que même s’il faisait le dur, qu'il était triste par rapport à cette situation. D’une manière ou d’une autre, elle se souciait de lui, c’est pourquoi elle lui a préparé un déjeuner rien que pour lui, en essayant indirectement de lui faire plaisir et le remonter le moral.
- Je n’ai pas faim, lui répondit ce dernier.
- Tu n’as rien mangé depuis hier et tu dis que tu n’as pas faim.
- Laissez-moi tranquille voulez-vous, s’énerva-t-il.
- D’accord, se résigna-t-elle. Refuse d’avaler quoi que ce soit, on verra combien de temps tu vas tenir sur pieds.
- Pourquoi vous agissez comme ça avec moi, d’abord votre mari me brutalise et vous, vous comportez comme la sainte mère.
Devant cette question un peu inattendue, Fatima releva doucement la tête pour le regarder dans les yeux. Elle aurait pu lui dire tout ce qu’elle voulait. Mais rongée par le remord, elle décida de lui conter toute la vérité.
- Je me sens coupable de tout ce qui passe en ce moment, dit elle en descendant de la table à manger et venir s’assoir au prés de lui.
- Vous pouvez développer ? Demanda Kélèty.
- Eh…bien, disons que tu es là, en partie à cause de moi ou pour moi, si tu veux.
Kélèty, se demandait en quoi cette femme peut elle être responsable de son e********t, elle paraissait si gentille qu’on la confondrait à un être humain et non pas à un être démoniaque. Mais décida de l’écouter attentivement jusqu’au bout afin d’éclaircir à jamais toute cette histoire, mais surtout, qu’il sache enfin pourquoi il est là.
- J’ai accouché des jumeaux, il y a de cela trois jours, poursuivit-elle.
- Et quel est le rapport avec moi ? Demanda Kélèty avec impatience.
- Attends j’y viens, je disais donc…
- Que vous avez accouché des jumeaux, l’interrompit-il. C’est bon j’avais compris cette partie, maintenant vous pouvez accélérer.
- Ça t’arrive, un peu d’être poli ? Se mit-elle en colère.
- Je suis sur les nerfs ces temps-ci Madame, j’espère que vous comprenez.
- Ce que je ne comprends pas, c’est ton insolence jeune homme, je fais tout ce que je peux pour que tu te sentes à l’aise, mais décidément ça ne sert à rien.
Furieuse ! Elle se leva et commença à arpenter dans toute la pièce.
- Je ne suis pas habitué à être enfermé, reprit Kélèty après quelques temps, moi j'ai toujours été libre, comme un poisson dans l'eau.
- Je m’en fous de ça, lui cria-t-elle dessus. Personne ne me mal parle dans ce village, au risque de faire face à la colère de mon mari. Tu veux savoir pourquoi tu es là, enchaina-t-elle.…voilà la raison, tu es ici parce que d’une manière indirecte, tu t’en ai prit à moi, à cause de vous, les humains, mes enfants et moi étions tout le temps dérangés pendant nos moments de repos, par vos bruits incessants en la pleine lune. Pour ma tranquillité, il a ordonné que personne ne vienne ici mais toi tu n’as pas écouté. Voilà pourquoi tu es là. À présent tu connais toute la vérité, et si tu veux bien m’excuser, je dois aller nourrir mes enfants. Dit elle en sortant en trombe dans la cuisine pour se rendre dans la chambre de ses petits, avec les nerfs en plomb.
Resté seul dans la cuisine, Kélèty, commença à méditer sur les derniers événements passés, il pensait que cet ultimatum posé n’était simplement qu’un moyen pour un diable d'interdire l’accès à un endroit aux humains. Comme tant d'autres en ont fait. Le seul endroit qui le faisait vivre, où il trouvait tous ses repères, a été dans le lot, ne pouvant pas cautionner cela, il a décidé d’enfreindre coûte que coûte à cette règle. Il se refusait d’être séparé de sa zone de confort. Au point où il n'a même pas cherché à savoir la vérité d’abord. Et au final, il n'a rien vu venir, tout s’est passé tellement vite qu’il n’avait même pas eu le temps de réagir.
Mais il se refusa tout regret, si c’était à refaire, il le referai encore une nouvelle fois. Mais quand il ferma les yeux, et qu’il a repensé à sa mère complètement dévastée ce matin par sa disparition, le remord le foudroya en plein cœur. Et c’est là qu’il s’est rendu compte que depuis le début, il a agit avec égoïsme, qu’il est responsable des larmes de sa mère.
Vouloir être trop audacieux, il a fini par dévaster sa famille, il n’avait pas idée à quel point son comportement, pouvait impacter sur cette dernière. Après mille réflexions, il décida de rester fort, face à la situation, il n’y avait plus de place pour des remords, il était temps de chercher un moyen de sortir d’ici. Mais pour Ça, il fallait qu’il s’entende d’abord avec ses ravisseurs, et pendant qu’il y était, pourquoi ne pas manger cette nourriture qui est préparée pour lui, ce serait un bon début.
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- Maman, Kélèty ne va plus revenir à la maison ? Demanda innocemment Bourama.
- Bien sûr que si mon chéri, pourquoi tu dis Ça.
- Parce qu’on raconte dans le village qu’un gros monstre l'a kidnappé et qu’il va le tuer.
- Ne dis pas ça, personne ne va faire du mal à ton frère Kélèty, je vais tout faire pour qu’il revienne à la maison, tu as compris.
Il hocha la tête, même ce jeune garçon était affecté par cette histoire.
- Il me manque maman, dit-il en se blottissant davantage dans les bras de sa mère.
- Je sais, il me manque à moi et ainsi qu’à ton père aussi. Je veux que tu me promettes une chose chéri.
- Oui, maman !
- Je ne veux plus que tu écoutes ce qu’on racontera dans le village, ce ne sont que des rumeurs, ils veulent simplement nous faire peur, mais toi, tu ne vas pas avoir peur, hein mon grand ? parce que tu es courageux ! Tu comprends mon fils ?
- Oui maman, je te promets je ne vais plus les écouter maintenant.
- Très bien mon fils.
- Maman Fanta ?
A l’entente de cette voix assez familière, Fanta releva la tête et regarda Habib dans yeux, il avait l’air vraiment désolé et se sentait un peu coupable de la disparition de son meilleur ami.
- Je…je suis vraiment désolé pour Kélèty, dit-il en prenant le soin de bien choisir ses mots afin de ne pas blesser davantage Fanta.
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Je sais que peu importe ce que je dis, ça ne va rien arranger à la situation.
- On est d’accord, tu aurais dû l'empêcher d’y aller, ou mieux encore, tu aurais dû venir me voir directement pour me dire que Kélèty a décidé d’aller jouer sous le baobab. Peut-être qu’avec un peu de chance, on aurait pu éviter tout cet incident, l’accusa-t-elle
- Maman, je comprends votre colère, reprit calmement Habib. Mais vous savez, bien comme moi, que personne jusqu'à aujourd'hui, n’a réussi à faire changer d'avis Kélèty. Je n’aurai rien pu faire maman pour l’en empêcher.
- Eh bien, tu aurais dû essayer au moins, dit Fanta sur les nerfs.
- Justement je l’ai fait Maman, mais il n'y avait rien à faire.
Elle était en train de s’énerver contre Habib, qui n'avait rien fait de mal. Ils étaient face à un fait, et il fallait trouver un coupable.
- Excuse moi Habib, se détendit-elle.
Elle inspira et expira profondément, ses nerfs étaient à rude, il fallait à tout prix qu’elle se calme, s’énerver contre Habib ; ne va en aucun l’aider à résoudre son problème.
- Je suis vraiment perdue en ce moment, mais rejeter toute la faute sur toi, est injuste.
Il hocha la tête, comme si sur ce point, ils étaient d’accord.
- Qu'est ce qu’il a demandé en échange de sa libération ?
- Rien.
- Rien ? S'étonna-t-il.
- Il veut pas le libérer, mais je te jure qu'il le fera, essaya-t-elle de se convaincre et convaincre aussi son fils ainsi qu’Habib.
- D’accord, je voulais vous dire que je suis là en cas de besoin, tout ce que Kélèty aurait pu faire pour Vous, je le peux et je le ferai, jusqu'à son retour. Et il reviendra.
- Merci Habib, mais comme tu peux le voir, je vais me débrouiller, et arrêtons de nous voiler la face, ta mère n’acceptera jamais que tu viennes ici, donc reste chez toi, comme ça, on évitera les embrouilles.
- Je sais que vous êtes une femme forte, mais montrer sa faiblesse dans les moments difficiles n’est pas signe de renonctiation. S’il vous plait, acceptez mon aide. C’est ce que Kélèty aurait fait à ma place, poursuit-il. C’est mon droit, donnez moi la chance de m’occuper de la mère de mon meilleur ami. Laissez moi accomplir tous les devoirs de mon frère à tel point que vous ne sentirez plus son absence ; tout ce qu’un fils pourrait faire pour sa mère, je le ferai, dit-il avec détermination.
- Même si cela ne plait pas à ta mère ? Souleva-t-elle ce petit détail en espérant qu’il allait changer d'avis.
- Vous n'avez pas l'air de comprendre, j’ai deux mères aujourd'hui, et je dois essayer de les faire plaisir à chacune d'entre elles. Je vais parler à ma mère, je vais essayer de la raisonner d’une manière ou d'une autre.
- Très bien Alors.
- Bon, faut que j’y aille, je reviendrai vous voir demain matin.
- D'accord, prend soin de toi.
Une fois qu’il fut parti, elle alla coucher son fils endormi sur ses pieds. Quand son mari rentra le soir, elle espérait qu’il viendrait avec une bonne nouvelle mais, rien y fut. Elle perdait peu à peu espoir, mais se refusa de baisser les bras. Avec les démons, rien n’est garantie, et surtout, il n’y avait aucune bonté ni de charité. Le seul moyen qu'ils auraient pour retrouver leur enfant, était que ce diable leur pardonne la bêtise de celui-ci. Mais les démons ne connaissent pas le pardon, ils ne connaissent que le sang et le bonheur de voir les autres malheureux. Au-delà de tout cela, Fanta se promit de ramener son fils à la maison et ce, quoi qu’il en coutait.
NB: la prochaine publication serait le prologue, afin que vous compreniez le mode de vie de ces deux espèces, que j'ai mises en contraction.