Jason sentit tout son être bouillonner d'un sentiment jusque-là inconnu. Il dut faire appelle à tous ses sens afin de chasser de son esprit toutes les images qui commençaient à y prendre forme.
- Je vous présente ma fille cadette, lui dit le président.
Jason essayait tant bien que mal de percer ce mystère au fond de ses yeux, mais il n'y parvenait pas. À vrai dire, c'était la première fois de sa vie qu'il essayait de percer une personne au grand jour sans pouvoir le faire. Cette fille semblait être venue tout droit d'une autre planète. Sa belle peau noire était reluisante et son regard était magnifique. Elle avait certes mis un voile, mais il trouvait qu'il faisait ressortir sa beauté. Elle s'approcha de lui d'une démarche qui se voulait sûre et lui tendit la main.
Délicate, observa -t-il. Sa main était douce et soyeuse. Un sentiment étrange lui parcourut les veines.
- Je suis Aida Diouf, j'espère que vous vivrez plus longtemps que les autres, lâcha celle-ci avant de retirer la main.
Jason avait bien sûr entendu parler de tous les gardes du corps qui étaient morts en voulant la protéger. Alioune lui avait dit que sa sœur refusait que quelqu'un d'autre perde la vie juste pour sauver la sienne. Elle s'était résignée, mais si Jason Parker était connu pour une chose, c'était bel et bien sa ténacité. Il n'allait pas laisser tomber, au contraire, il allait tout faire pour avoir le fin mot de l'histoire.
- Ne faites pas attention à ce qu'elle vient de dire, lui dit doucement le président. Elle a tendance à tout dramatiser et la situation de ces derniers temps l'a plongée dans une totale résignation.
- Je comprend bien ce que vous voulez dire et je dois dire que je suis habitué à ce genre de situation, je crois bien que je pourrai gérer. Répondit Jason.
La vue de son garde du corps avait créé en Aida un sentiment étrange. Jamais de sa vie, elle n'avait été autant captivée par un homme. Cet homme si grand, si beau et si bien bâti allait assurer sa protection. Il avait l'air d'être tout droit sorti d'un film ou bien d'un roman tant il avait l'air irréel.
Aida se mit à le contempler à la dérobée alors qu'il parlait à son père. Il avait le regard sérieux et un regard sombre. Il avait les mâchoires ciselées et le visage dur. On aurait dit qu'il ne souriait jamais. Il était impressionnant, Aida lui aurait donné un mètre quatre-vingt-dix. Il s'était laissé pousser les cheveux et cela lui donnait l'allure d'un rebelle.
Cette chemise qu'il portait semblait être trop petite pour ce tas de muscle. Il devait être un vrai accro à la gymnastique.
- Je dois reconnaître en effet qu'en matière de beauté, je ne me défends pas mal du tout. Entendit-elle.
Elle le vit qui la regardait comme s'il voulait essayer de lire dans son esprit. Elle regarda autour et vit qu'ils n'étaient que deux. Elle se demandait bien où étaient passés les membres de sa famille.
- Je leur ai demandé de nous laisser discuter, mais à ce que je vois, vous n'avez rien remarqué vu que vous étiez en train de me détailler comme un morceau de viande.
Aida souffla. Elle savait qu'elle venait de se faire prendre. En revanche, Aida Diouf était connue pour sa capacité à ne jamais rien reconnaître même lorsqu'on la prenait sur le fait.
- Je ne vois pas de quoi vous vous parlez et même si c'était le cas, je doute fort que vous soyez aussi irrésistible que vous le pensez, se défendit celle-ci.
Jason commençait à apprécier cette petite. Elle était déterminée et ne lâchait rien aussi facilement. Il s'assit sur l'un des canapés et se passa une main dans les cheveux.
- Si vous le dites ma petite Dame. Finit-il par dire.
Il lui indiqua l'un des canapés.
- Je suis chez moi et je m'assieds quand je le veux, répliqua celle-ci.
Jason se leva et se rapprocha d'elle. Il lui souffla tout près de son oreille :
- Écoutez ma petite, je veux que notre rencontre à tous les deux se passe bien alors soit vous vous asseyez ou soit....
Il laissa sa phrase en suspens et retourna s'asseoir.
Elle grogna mais vint se placer devant lui.
- Qu'est-ce que vous allez bien pouvoir faire ?
- Ah ma petite, je crois bien qu'il vaut mieux que vous me posiez ses petites fesses sur le canapé ou sinon je vais me fâcher, la prévint-il.
Elle était décidée à ne pas obéir. Elle croisa les bras et resta et débout.
- D'abord, je m'appelle Aida et je ne suis pas petite, se défendit celle-ci.
- Oui, je vois ça. Répliqua Jason, vous avez quel âge ? Dix-huit ans ? Ou alors Vingt ans ?
- J'aurai bientôt vingt-quatre ans.
- De mieux en mieux, lâcha Jason.
Il se leva et la souleva puis d'un geste qu'il voulait délicat, il la fit asseoir sur le canapé. Il revint s'asseoir à sa place initiale.
- Bien, maintenant que tout est clair, je crois que nous pouvons discuter comme les adultes que nous sommes.
- Je ne vois pas en quoi discuter avec moi vous aidera à mieux faire votre travail, fit remarquer Aida.
Jason soupira. Il savait que cette fille essayait de le mettre en colère ou alors, elle voulait tester sa patience. Il était habitué à ce genre de personne.
- Je crois que vous perdez votre temps comme tous les autres, je refuse que quelqu'un d'autre meure par ma faute. Si vous tenez à votre vie, je vous conseillerai gentiment de retourner dans votre pays.
Jason la considéra un moment et vit de la sincérité dans ses yeux. C'était bien la première fois qu'une femme se montrait aussi sensible et aussi sincère.
- Désolée de vous décevoir mademoiselle, mais Jason Parker ne laisse jamais tomber une mission. Quand je m'engage pour quelque chose, je la fais jusqu'au bout.
- Vous ne comprenez pas, hurla-t-elle.
- Bien sûr que je comprends et c'est bien pour cela que je suis là. Je veux tout savoir : Votre emploi du temps, quelle catégorie de personnes, vous fréquentez, les endroits que vous visitez souvent.
Aida soupira. Cet homme à l'allure effrayante n'était pas disposée à se laisser ébranler par les histoires de ses prédécesseurs. Ce que son frère Alioune lui avait dit se confirmait. Jason Parker ne reculait devant rien. Il avait le regard déterminé.
- Merci de bien les noter sur un carnet et de me les remettre plus tard, sur ce, à toute suite mademoiselle Diouf.
Il se leva et sortit. Aida se demandait bien où il allait et se dit finalement qu'il était libre de faire ce qu'il voulait à condition qu'il soit aussi loin que possible d'elle. Elle avait senti son aura et elle l'avait trouvé dangereux et très toxique même si à côté de cela , elle avait ressenti tout au long de leur entrevue une sensation jusque-là inconnu.
Aida venait de comprendre que cette mission de Jason Parker dans son pays allait les mettre tous les deux dans des situations rocambolesques.