Chapitre 7

3261 Words
Chapitre 7 Deux jours suffirent pour que les époux donnent leurs instructions en vue de leur absence, l'un à son régisseur, l'autre à madame Reynolds. La semaine suivante, après un court passage à Londres qui leur permit de constater que Georgiana trouvait la « saison » très divertissante, ils prirent enfin le chemin des Cornouailles. La première étape importante, après une nuit passée dans le Hampshire, serait Bournemouth où Darcy pensait passer deux jours. Là ils logèrent dans une charmante auberge dont les appartements jouissaient d'une magnifique vue sur la mer. Le temps n'était guère paisible et un vent fort piquetait les flots de bronze de vagues mousseuses. Malgré la fatigue du voyage, Elizabeth ne put résister au plaisir de sortir respirer l'air marin. Après le dîner, la jeune femme s'accouda à la fenêtre. Le ciel s'était légèrement éclairci, la mer brillait d'un éclat métallique, les vagues bruissaient toutes proches et le vent qui s'était apaisé, chuintait et murmurait. « À quoi songes-tu, ma chérie ? », lui demanda Darcy en fermant son livre. — Je me demandais si, à moi qui suis pourtant friande de nouveautés, un voyage en mer ne me semblerait pas redoutable. Elle a englouti tant de vies et ses profondeurs doivent être sombres et glacées. — Il est vrai, mais elle peut être aussi amicale, apporter l'aliment à grand nombre d'hommes et nous transporter vers des pays lointains qui sans elle, nous seraient inaccessibles. Rien en ce monde n'est noir ou blanc, totalement bon ou mauvais. — Il est un peu tard pour philosopher, je crois ; j'ai sommeil, le bruit des vagues me semble une merveilleuse berceuse et j'ai un peu froid. — Viens donc, mes bras te réchaufferont. Le lendemain, la journée fut consacrée aux beautés de la côte. La saison n'était pas encore à son apogée, et Bournemouth gardait sa simplicité de petit port de pêche. Ils firent même quelques emplettes : deux jolies aquarelles marines pour Jane et Georgiana, Darcy lui-même se laissa tenter par un livre sur les anciennes colonies du Nouveau Monde et sur cette Amérique, il offrit à sa femme un petit recueil de faune et de flore d'un naturaliste qui avait entrepris le voyage. — Je crois que ces Amériques vont attirer de nombreux jeunes gens à l'avenir incertain. Les lois anglaises sont ainsi faites que si vous n'êtes pas l'aîné d'une famille, vous deviez vous contenter, comme Fitzwilliam, de l'armée ou d'un mariage de raison. J'ai l'impression que ces horizons inexploités seront bien tentants, non seulement pour ces fils de bonne famille, mais pour d'autres qui doivent fuir leurs créanciers... ou la misère. — Et partir, si loin de leur patrie, de leur famille ? — Il ne tiendra qu'à eux de s'intégrer à une nouvelle patrie et fonder là-bas une famille. — Cette idée m'attriste. — Pas moi. Une telle aventure ne manque pas d'intérêt. Beaucoup n'ont pas grand-chose à perdre et chacun fait sa propre vie. Je ne pense pas que le bonheur dépende de l'endroit où l’on mène son existence. — Allons bon ! C'est le « seigneur » de Pemberley qui parle ! T’imagines-tu loin de ses collines, de ses bois et de ses rivières ? — Moi, non. Mais d'autres, peut-être nos enfants ou nos petits-enfants, seront-ils tentés par l'aventure. — Quelle horreur ! J'espère bien que non ! — Ni toi, ni moi, ne seront là pour le voir et dans le cas contraire, notre opinion n'aura aucun poids. — Parle pour toi ! Je pense être une aïeule redoutable qui donne son opinion sur tout. — Comme Lady Catherine, dit-il en riant, je te rappelle que ses opinions données avec tant de vigueur eurent l'effet contraire à ce qu'elle escomptait. — J'essayerai d'être plus astucieuse et de ne faire qu'insinuer intelligemment. — Permets-moi de penser que, si ton intelligence est infiniment supérieure à celle de ma tante, les insinuations prudentes n'ont jamais été ton fort. Le couple mit quelques jours, de petit port en petit port, d'auberge en auberge, chacune plus pittoresque que la précédente, à arriver dans la propriété de leurs amis Carew qui se trouvait à environ cinq miles de Polperro. Le corps principal de la maison était de l'époque Élisabéthaine, mais des ailes avaient été rajoutées postérieurement et loin de l'enlaidir, les différentes hauteurs et orientations lui donnaient un charme particulier. Elle n'avait pas la grandeur de Pemberley, mais Lizzy la trouva ravissante. Ce qui surtout provoqua son émerveillement, ce furent les jardins. Jamais elle n'avait vu une telle profusion de fleurs : des massifs d'azalées et de rhododendrons explosaient de mille couleurs, des rosiers grimpants ornaient la façade et des hortensias promettaient une floraison somptueuse. Le vent qui venait de la mer était doux, il sentait le sel et les algues et Lizzy aima immédiatement cet endroit Leurs hôtes les accueillirent, évidemment enchantés de leur arrivée. L'état de madame Carew était déjà bien visible et Elizabeth trouvait que sa prochaine maternité avait adouci son regard. Le futur père couvait sa femme comme si elle était une fragile porcelaine, mais elle protestait gentiment, lui disant qu'elle se portait comme un charme. Elizabeth les regardait avec envie et se demandait si son mari éprouvait la même chose. Ils avaient bien sûr évoqué leur désir d'enfants et elle savait que Darcy, au-delà de son envie d'avoir un héritier pour Pemberley, aimait les enfants et désirait de tout cœur être père. Dès le lendemain, leurs hôtes les emmenèrent à Polperro qui était un ravissant port de pêche, niché au creux de collines verdoyantes. — Je comprends parfaitement que la vie à Londres vous pèse, j'habiterais un tel endroit que je n'en bougerais pas pour un empire ! — Mais mon mari m'a fait une description de Pemberley comme d'un lieu hors du commun et d'une grande beauté. — C'est vrai et j'adore Pemberley que je ne quitte pour Londres que par devoir, mais le climat du Derbyshire n'a rien à voir avec celui de votre région. Les hivers y sont rudes et le gel ou la neige peuvent vous obliger à rester blottis au coin du feu de longues journées, ce qui n'est pas pour me convenir. — Il faudra que je vous présente ma belle-mère qui devrait vous plaire. Personne n'a jamais pu lui interdire de parcourir à pied la lande de Bodmin près de laquelle elle possède un cottage. Elle a des opinions très avancées et son franc-parler est la terreur de son fils. Elle n'a pas que des amis dans la bonne société, ce dont elle se moque éperdument et elle peut passer de longs moments à parler aux pêcheurs ou aux rares habitants de la lande qui lui racontent les légendes des Cornouailles. Elle en a même, je crois, fait un petit recueil. — D'après ce que vous m'en dites, elle me plaira certainement. — En plus, c'est une belle-mère parfaite. Jamais elle ne me dit de quelle façon je dois mener ma maison et quand elle nous rend visite, je trouve sa franchise et ses idées, si peu conformes parfois à celles de sa génération, amusantes et intéressantes. — Je serais ravie de faire sa connaissance. Le surlendemain, les Darcy furent donc invités chez madame Carew mère. Sa belle-fille ne les accompagna pas, son mari craignant pour elle trop de déplacements en calèche. Le cottage qu'elle habitait, non loin de Bodmin, était charmant et se trouvait presque en lisière de la lande. C'était une maison en pierres, presque modeste et entourée d'un petit jardin dont les fleurs et les arbustes croissaient de façon quasi naturelle. Loin de donner un sentiment d'abandon, il était délicieux. Madame Carew était une femme grande, mince, aux yeux clairs et au teint bruni par le grand air. Ses cheveux gris étaient réunis en un simple chignon et sa robe était d'une grande simplicité, presque austère. Elle les accueillit les mains tendues et Lizzy qui préparait une révérence, fut interloquée de voir ses mains saisies par une poigne vigoureuse. Elle répondit au salut cérémonieux de Darcy par un grand sourire et une inclinaison de tête. Monsieur Carew dit alors en souriant : — Comme vous pouvez le constater mon cher Darcy et vous, Madame, il ne faut pas attendre de ma mère beaucoup de cérémonie. Et ne croyez pas qu'elle ignore les bonnes manières en cours dans la société londonienne, mais à son veuvage, quand elle décida de me laisser seul maître de ma maison, elle renonça à ce qui lui paraissait superflu. — J'ai l'impression, l'interrompit celle-ci d'un sourire, que mon fils essaye d'excuser les écarts de sa mère mais il n'y a rien à excuser ou à justifier. Je n'ai gardé de l'excellente éducation qui me fut donnée au collège que celle qui vient du cœur. Je supportais de moins en moins bien l'hypocrisie de ces réunions où aucun mot n'est vrai, où des personnes qui se détestent cordialement se font de grands compliments, où rire d'un bon rire cordial ne se fait pas et où une femme n'est censée n'avoir d'opinions que celles de son mari. — Vous allez, Madame, vous entendre à ravir avec ma femme. — Déjà, j'en ai moi-même l'impression ; elle n'a pas pincé les lèvres d'un air dédaigneux à la vue de cet espace sauvage que j'appelle mon jardin et elle a accepté mes mains en guise de salut. Mais, assez parlé, nous allons nous restaurer et après, je vous emmènerai sur ma chère lande. J'espère que la marche ne vous fait pas peur. — Vous allez trouver chez Elizabeth une marcheuse impénitente Madame, je crois, même plus résistante que moi. Mon cheval est celui qui, en général, marche pour moi. Une collation leur fut servie par une jeune servante aux joues rebondies, à l'ombre d'un tilleul, sur une table de pierre qu'entouraient deux demi-cercles de bancs moussus. Lizzy était enchantée et son mari, en général grave et cérémonieux, souriait de toutes ses dents et mangeait avec appétit. La conversation était légère, amène, la simplicité du ton de madame Carew et sa vive intelligence n'avaient rien à voir avec les fatuités des réunions mondaines auxquelles Darcy était habitué. Madame Carew était d'une grande culture et ses intérêts étaient nombreux. Elle avait beaucoup lu, beaucoup observé et ne s'interdisait aucune curiosité mais ce qui intéressa le plus Elizabeth, furent ses opinions sur la condition féminine. — Naître femme de nos jours en Angleterre n'a rien de bien réjouissant, disait-elle. Dans la bonne société, son seul salut est de trouver un mari et beaucoup épousent sans amour un homme qui leur assurera le gîte et la pitance. Les chanceuses ont beau gîte et belle pitance, les autres se contentent d'avoir évité une misère digne ou la vie avec leurs parents, en souhaitant qu'ils aient une longue existence. Pour les plus pauvres, c'est une vie de travail épuisant, voir mourir ses enfants de misère et de maladies en subissant souvent les coups donnés par un mari qui dépense une partie de leurs maigres ressources en alcool. Une femme célibataire, si elle est issue d'un milieu bourgeois, ne peut en aucun cas espérer travailler si ce n'est pour être institutrice dans une école ou pour des enfants fortunés, ce qui l'assimile à la domesticité. Pensez-vous, monsieur Darcy que nous sommes moins intelligentes que vous par nature ? — Certainement pas et pour ma paix domestique, il vaut mieux pour moi n'avoir aucun mépris pour l'intelligence féminine, répondit-il en souriant — Bien, une femme pourrait donc être médecin ou juge. — Cela me paraîtrait fort inconvenant. — Et voilà, vous êtes un homme de votre époque. — Mais Madame, intervint Elizabeth, comment une femme pourrait-elle, sans renoncer au respect qui lui est dû, faire un métier d'homme ? — Elle aurait sans doute droit à un autre genre de respect, celui que donne la reconnaissance d'une compétence. Jeanne d'Arc, cette jeune fille française qui nous valut quelques soucis, était soldat. — Mais, si mes souvenirs sont bons, elle n'a jamais eu une vie de femme, ni mari ni enfant, dit Darcy. — Vous avez raison et je crois que des siècles vont devoir passer pour que des femmes puissent avoir des métiers d'hommes, sans être méprisées ou seules. Même notre grande reine Elizabeth, dut se résoudre à la solitude et à ne pas avoir de descendance. — Ce qui pourrait être fait déjà est de ne pas refuser aux filles d'hériter de la propriété de leur père. Mon propre père eut cinq filles et à sa mort, sa propriété passera à un cousin, laissant ma mère et mes sœurs célibataires le cas échéant, pratiquement dans le dénuement. Et croyez-moi, ma mère, dans cette perspective, était prête à nous pousser à épouser tout homme nous assurant une sécurité. Je l'ai moi-même extrêmement contrarié en refusant de me marier au dit cousin qui est un homme honorable mais d'une rare bêtise. — Vous comprenez donc ce qui m'irrite, même si je sais que tout ce que je dis ce ne sont que des mots et que je ne vois guère de solution. J'ai pourtant parfois des sujets de satisfaction. Je vois par exemple, monsieur Darcy que le fait que votre femme ne soit, d'après ce qu'elle vient de nous dire, pas une femme fortunée ne vous a pas arrêté et que votre amour a été le plus fort. Darcy rougit légèrement, sur ce sujet il n'avait pas tout à fait bonne conscience. — Je n'ai aucun mérite à cela. Elizabeth est riche de tant d'autres façons que je puis dire que c'est moi qui eus le privilège d'obtenir sa main et croyez-moi, elle ne me l'a pas accordée sans réfléchir. D'épouser l'homme qu'elle aimait était la seule chose qui lui importait, sa situation était accessoire. — Je vois que vous avez eu tous deux beaucoup de chance et ce sont peut-être des personnes comme vous ou leurs enfants et petits-enfants qui feront que ce monde sera meilleur. Darcy s'inclina en souriant et sa femme lui prit la main. Après s'être restaurés, tous s'en allèrent vers la lande. La lande de Bodmin est austère, désolée mais Elizabeth fut immédiatement captivée par ses marais qui brillaient au soleil, son étendue sauvage où seuls paissaient quelques moutons et la pierre qui affleurait çà et là. On était bien loin de la douceur fleurie de la côte et le plus étonnant, était l’irruption par endroit de blocs de granit dressés en cercle. — Comment sont-ils arrivés là ? demanda la jeune femme. — De mémoire d’homme, ils ont toujours été là et ce sont sans doute les premiers habitants des Cornouailles, je n’ose imaginer de combien de siècles cela date, qui les ont dressés à cet endroit, peut-être pour adorer leur Dieu. — Je ne suis pas étonnée que tant de légendes naissent en Cornouailles, ce lieu est plein de magie et les contrastes avec la douceur de la côte sont impressionnants. Le Derbyshire est magnifique, mais sa beauté n’a pas de mystère. Ici l’âme se sent transportée dans un monde un peu irréel où l’homme n’est que toléré. — J’aime décidément beaucoup votre femme, monsieur Darcy. Elle fait parler son cœur avant de regarder si ses souliers ne sont pas pleins de boue et avec ces marais, ils doivent l’être. — Lors de l’une de nos premières rencontres, elle avait parcouru trois miles dans des chemins boueux. J’étais avec quelques amis, dont deux dames de Londres et nos regards étonnés ne l’ont absolument pas dérangée. — Et vous, cela vous dérangea-t-il ? — Un peu, mais j’avais encore beaucoup à apprendre, répondit-il en souriant. Désirant être de retour avant la tombée de la nuit, les jeunes gens durent se séparer assez rapidement de leur hôtesse qui leur promit qu’elle leur rendrait visite avant leur départ. Madame Carew qui avait trouvé le temps long les attendait avec impatience. Deux lettres leur étaient parvenues, l’une de Georgiana adressée à son frère et une autre de Jane pour Lizzy. Dans leurs appartements Lizzy put ouvrir sa lettre. « Ma chère Lizzy, J’espère que votre voyage se déroule selon tes vœux et que tu profites des beautés des Cornouailles et d’un peu de solitude avec ton mari. J’ai tout d’abord une merveilleuse nouvelle à te donner : Charles et moi allons être parents d’un petit Bingley qui devrait naître en décembre, à peu près à l’époque de Noël. Mon mari exulte de joie, projette déjà d’acheter un poney pour son fils ou sa fille et a pour moi les égards qu’on a pour les plus fins objets de cristal. Mais en toute honnêteté, je me porte très bien et ne ressens aucune fatigue. Les Wickham nous rendaient visite quand le médecin nous donna la bonne nouvelle et Charles en profita pour leur demander d’écourter leur séjour car j’avais besoin de repos. Je dois t’avouer que leur présence l’agaçait parfois. Ils sont toujours aussi irresponsables et futiles, même si je trouve Lydia moins gaie que je l’aurais souhaité. Monsieur Wickham, la guerre terminée, risque de perdre son emploi dans l’armée mais, cela ne semble pas l’inquiéter Il aurait, à Newcastle, d’importantes relations qui peuvent lui procurer une situation bien meilleure que l’armée. Je ne sais pas si nous pouvons nous fier à sa parole. (Sûrement pas pensa Lizzy.) Je crois qu’il n’a plus du tout d’affection pour Lydia, il sortait souvent seul le soir et l’un des valets me confia même qu’il rentrait souvent un peu ivre, ce dont s’était plaint notre voisin, Lord W., monsieur Wickham l’ayant parfois réveillé en pleine nuit. (UN PEU ivre, Jane tu es trop gentille !) Lydia ne se confie pas à moi mais, comme je te disais plus haut, je la trouve maussade. Ne dis rien à notre mère qui s’inquiéterait. Georgiana est venue plusieurs fois nous rendre visite. (Ne t’inquiète pas elle ne venait qu’en l’absence de Wickham) Je la trouve changée, moins timide et très gaie. Seule avec moi, elle ne faisait que vanter les mérites de Nigel Galbraith qui, selon elle, est la perfection faite homme. Je me souvenais de nos conversations de jeunes filles et trouva ta belle-sœur très émouvante et très amoureuse. J’espère que monsieur Galbraith ne lui fera pas de peine mais je ne le pense pas. Mais j’oubliais une autre nouvelle d’importance, Charlotte Collins attend elle aussi un heureux événement. J’espère que cet enfant ressemblera à sa mère et que son père évitera de lui lire les sermons de Fordyce dès le berceau. Plus sérieusement, Charlotte a l’air très heureuse et devine qui sera la marraine. Lady Catherine bien sûr ! Voilà ma chère Lizzy, il me tarde de te revoir afin que nous installions ensemble la nursery et que nous allions acheter de tout petits vêtements, couverts de rubans et de dentelles. Notre enfant sera le plus bel enfant de tout Londres. Ta sœur affectionnée. Jane. — Je pense que, comme le fait Georgiana dans sa lettre, ta sœur annonce la naissance prochaine de leur enfant, demanda Darcy. — En effet, ils semblent très heureux. — Oh, connaissant Bingley, il doit rayonner et vouloir faire participer toutes ses relations de sa joie. Quand cet enfant naîtra, il n’y en aura aucun dans toute l’Angleterre qui pourra rivaliser en beauté et mille autres vertus. D’autres nouvelles ? — Oui, les Collins attendent aussi un héritier. — J’espère qu’il ressemblera à madame Collins. — C’est également la réflexion de Jane. Ta tante sera la marraine. — Cela est fort judicieux de la part de ton cousin. Lady Catherine peut être très généreuse. — Et que te conte Georgiana ? — D’après sa lettre, la seule chose vraiment remarquable de sa vie est la naissance de ton neveu. Elle me dit apprécier grandement la « saison », qu’elle a dansé dans un bal donné par Lady R, qu’elle profite de ton charmant professeur de français pour faire des progrès et c’est à peu près tout. Rien sur le jeune Nigel Galbraith. — Mon chéri, à son âge il y a des choses que l’on ne confie pas à son frère mais plus volontiers à une sœur. Je risque à notre retour d’en savoir beaucoup plus que toi. Darcy n’ajouta rien. La semaine se déroula de façon extrêmement agréable pour le jeune couple. Promenades sur la côte, dans la campagne fleurie des Cornouailles, soirées amicales au coin du feu, thés pris à l’ombre des arbres, tout était parfait. Madame Carew vint comme promis leur rendre visite et leur raconta certaines des légendes qui couraient dans la lande. Elle leur parla aussi de la rude vie des pêcheurs pour lesquels elle avait beaucoup d’admiration : — La mer est à la fois leur amie, la mère nourricière mais aussi la compagne félonne, imprévisible et dont les colères peuvent leur coûter la vie. La mer de Cornouailles est un immense cimetière et sur la côte les veuves sont nombreuses. — J’ai également des sentiments divers quand je la regarde, je la trouve à la fois belle et redoutable. Nos paysans du Derbyshire ont sans doute une vie plus facile. — Mon fils m’a rapporté les beautés de Pemberley. — Oui, chaque fois que j’y reviens, l’apparition de la maison me transporte d’émerveillement. Vous devriez venir nous voir Madame. — Ce sont de bien grandes distances pour une dame de mon âge et je ne suis pas sûre que vos relations ne seraient pas choquées de mon franc-parler. — Nos relations peut-être mais pas nos amis et mon père par exemple apprécieraient beaucoup votre ironie. Le jour du départ étant arrivé, Lizzy se sépara avec un peu de tristesse de leurs amis
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