Chapitre 4

1141 Words
POINT DE VUE DE LORRY SPRINGSTONE / KELLY THOMPSON** L’enthousiasme initial de Monsieur Braxton s’effondre. Il devient nerveux, perdu dans ses pensées. Il tente de garder contenance, mais quelque chose en lui semble le troubler profondément. Son cœur s’emballe, et son battement résonne dans le bureau. Sa poitrine se met à grossir de manière inexplicable. Il presse ses pectoraux massifs de ses deux mains pour les ramener à leur taille normale, mais en vain. « Êtes-vous bien, Monsieur Braxton ? » lui demandé-je avec anxiété, mais son esprit est ailleurs, et son corps poursuit cette étrange mutation. Ses oreilles s’élargissent, ses beaux yeux bruns rougissent soudain comme du sang, et une odeur âcre, semblable à celle d’un canidé, envahit l’air. Plus de doute pour moi : Monsieur Braxton est un loup-garou, sur le point de se transformer en une bête sauvage. Cela, je ne peux le permettre dans mon école remplie d’humains qui n’ont jamais vu de loup hors des livres ou des films. J’anticipe le traumatisme durable que cela causerait à mes pauvres élèves et professeurs. Par réflexe, je lui jette un verre d’eau froide qui était sur mon bureau, espérant désespérément arrêter sa transformation. À ma grande surprise, ça fonctionne. Monsieur Braxton, choqué par l’effet désagréable de l’eau froide, pousse un cri semblable à celui d’un chien battu. Il reprend presque aussitôt ses esprits, et les parties de son corps déjà mutées retrouvent leur forme humaine. Une fois son esprit clair, comme vous pouvez l’imaginer, il n’est pas du tout content. « Quelle attitude est-ce là, Mademoiselle Springstone ? C’est ainsi que vous traitez vos visiteurs ? » lance-t-il, la colère marquant ses traits. « Oh, pardon, Monsieur Braxton », réponds-je en attrapant précipitamment une serviette dans mon sac pour essuyer l’eau sur lui. « Ça va, Mademoiselle Springstone, ça va. Je peux m’en charger moi-même », rétorque-t-il avec irritation en repoussant ma main. Je comprends sa réaction après ce que je viens de faire, mais son geste me blesse, me semblant inapproprié. Timidement, je retourne m’asseoir tandis que Monsieur Braxton, aidé de ma serviette, sèche l’eau sur son élégant costume de soie. Une fois terminé et visiblement apaisé, il reporte enfin son attention sur moi. Il affiche un sourire feint, comme si rien ne s’était passé, pensant sans doute que moi, simple humaine à ses yeux, n’ai rien compris à ce qui se tramait. Puis, avec une détermination d’acier pour accomplir sa mission, il me parle doucement, ses yeux rivés aux miens, à propos de mon refus. « Mademoiselle Springstone, je dois avouer que je suis impressionné par votre loyauté envers votre école. Peu de gens refuseraient une telle opportunité grandiose. Avec les temps difficiles d’aujourd’hui, qui aurait le courage de rejeter non pas une, mais deux barres d’or offertes par l’un des rois les plus puissants ayant jamais existé, pour un travail qui n’est même pas exigeant ? Une ou deux tâches, et hop, deux barres d’or sur votre compte bancaire. Toutefois, Mademoiselle Springstone, consentiriez-vous à reconsidérer votre décision pour faire plaisir à mon roi ? » demande-t-il d’une voix calme, son visage empreint de gravité. Pour un messager, Monsieur Braxton est assurément remarquable. Il maîtrise la diplomatie et l’art de la négociation. Sa voix douce comme le miel et ses yeux pétillants, magnétiques, me captivent presque. Avec cette nouvelle approche, j’ai failli céder et répondre par l’affirmative. Je ne sais toujours pas si c’est la déesse de la lune elle-même qui m’a arrachée au charme de cet enchanteur, mais une force profonde m’a permis de refuser fermement mais poliment son invitation dorée. « Monsieur Braxton, vous êtes un homme charmant. J’aurais aimé vous rencontrer en d’autres temps ou circonstances. Malheureusement, vous arrivez au mauvais moment : une période de ma vie où j’ai choisi de m’éloigner d’un certain environnement. Je vous prie de ne pas demander d’explications ! Prenez-le comme tel. Vous pouvez maintenant partir, j’ai beaucoup de travail sur mon bureau », dis-je. Monsieur Braxton est déconcerté, mais cette fois, contrairement à avant, il garde son calme. Cependant, il ignore ma demande de quitter les lieux et, avec une détermination accrue, joue sa dernière carte, espérant que je cède. « Mademoiselle Springstone, j’ai peur que vous ne saisissiez pas l’urgence de la situation. Le seul fils et héritier de notre roi est gravement malade, et son cas exige une attention spéciale. Nous aurions préféré trouver dans notre… euh, communauté (il se corrige, espérant que je ne sache rien des loups-garous) un médecin pour soigner l’enfant. Depuis plusieurs années, nous sommes désespérés, jusqu’à ce qu’un ami du roi lui parle de vous et de vos compétences médicales exceptionnelles. Nous avons étudié les résultats de vos recherches sur différents cas rares de maladies, et je dois dire, nous sommes impressionnés », insiste-t-il. Pourtant, comme on pourrait s’y attendre, au lieu de m’attendrir, mon cœur se durcit comme une pierre. Je commence à m’agacer face à cet homme que j’avais d’abord pris pour un gentleman, mais qui maintenant m’irrite. Je décide alors d’employer un langage qu’il comprendra vite : un bon coup de pied aux fesses. « Monsieur Braxton, sortez de mon bureau, nom d’un chien ! Et vous pouvez prendre vos maudites barres d’or et les mettre où je pense », lui dis-je rudement en levant mon majeur. Le grand et imposant messager royal est frappé comme par la foudre. Son assurance s’effondre, et, honteux, il se lève et quitte mon bureau sans un mot. Soulagée, je retourne à mes papiers, espérant avoir tourné la page. Vient alors le moment de rentrer dans mon appartement douillet au centre de Liverpool, où je vis seule mais confortablement, avec une vue spectaculaire sur la ville. Mais je n’avais pas prévu l’arrivée soudaine d’enleveurs qui, sur mon chemin, me capturèrent et m’emmenèrent dans une voiture noire aux vitres teintées vers une destination inconnue. On me banda les yeux tout le trajet, et l’un des ravisseurs m’avertit de garder le silence si je voulais rester en vie. Je n’eus jamais l’occasion de voir clairement leurs visages, mais je sentis qu’ils étaient puissants et gigantesques. Après un long trajet, la voiture s’arrêta sur le bord de la route. On me fit descendre, et deux de mes ravisseurs me saisirent chacun par un bras. Nous entrâmes, je crois, dans des buissons, car je percevais l’odeur des herbes et des arbres. Soudain, j’entendis des rugissements, comme entourée d’animaux sauvages, mais pas de ceux qu’on connaît. Puis, une odeur familière me frappa : la même puanteur forte que celle de Monsieur Braxton. Quelqu’un retira mon bandeau, et mes yeux s’écarquillèrent de stupeur en me retrouvant dans ce qui fut autrefois mon foyer. Oui, j’étais de retour au clan du Sud. « Mademoiselle Springstone, bienvenue dans le royaume du Roi Alpha Jason Bentley », dit Monsieur Braxton avec un sourire narquois, à moitié transformé en loup.
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