Je dois rêver... C'est une hallucination, je dois être trop sous tension et en manque de nourriture. Je dois vraiment être barge. Mais je suis pourtant sûre qu'il est réel, j'en fais tomber ma cigarette au sol, ses pupilles noires descendent sur la cigarette qu'il attrape et ramène entre ses lèvres. Il plonge ses iris noirs dans les miens, ses mèches qui tombent devant ses yeux sont plus longues. Il retire la cigarette et souffle lentement la fumée dans le coin de ses lèvres.
Je me lève rapidement, mon sac et mes affaires encore éparpillés au sol à mes pieds. Je n'arrive plus à réfléchir, j'ai les mains moites et la gorge sèche. Il finit par se lever et me faire face de toute sa hauteur devant moi.
"- Ça fait longtemps... Mon Papillon."
Je sens l'intérieur de ma poitrine se réchauffer soudainement et mon pouls s'accélérer.
"- Toi." je murmure.
Je ne sais pas quoi dire d'autre, Max m'avait prévenue mais je ne savais pas qu'il viendrait ici. Mes poings se serrent, je le regarde avec une expression haineuse même si, dans ma poitrine, j'ai le cœur qui bat très rapidement.
"- Qu'est-ce que tu fous ici ?" je lui demande en serrant les dents.
Il prend une bouffée dans ma cigarette que j'avais laissée tomber, il garde le silence, le temps de souffler la fumée et de reprendre une bouffée. Ses iris pénètrent dans les miens.
"- Je suis aussi Président d'une agence.
- C'est Véronica la Présidente, non ?"
Ses sourcils se froncent et son expression durcit puis son visage se détend.
"- Véronica ne sera pas disponible un moment."
Les paroles de Max me reviennent en tête... J'avais enlevé de ma tête que Véronica est dans le coma mais c'est Max le fiancé, il devrait prendre le contrôle de l'agence. Pourquoi faut-il que tout m'arrive en ce moment ? Le simple fait de le voir respirer me donne la gerbe. Et avec son regard qui m'examine dans tous les sens. Je me baisse pour ramasser mes affaires et quitter cette terrasse au plus vite.
Je saisis mon rouge à lèvres qui décide de me faire faux bond et roule jusqu'à la chaussure italienne de cet homme. m***e.
Je tends ma main vers le rouge à lèvres, il met soudainement son pied dessus. Mon regard monte de ses longues jambes, son torse, son cou et pour finir son visage, la cigarette rougit à la longue bouffée qu'il prend sans me quitter des yeux. Il se baisse à nouveau, attrape mon rouge à lèvres entre ses longs doigts. Il m'adresse un sourire en coin en tendant le tube dans ma direction. Je serre les dents et me redresse rapidement, ma pochette dans les mains.
"- Je n'en veux plus. Jette-le."
Je lui tourne le dos et marche en direction de la porte pour retourner à l'intérieur, je sens son regard brûlant sur ma nuque. Je sens cet endroit se réchauffer sans aucune raison. Il ne m'empêche pas de partir et c'est tant mieux parce que je veux être le plus loin possible de lui. Je passe parmi la foule, j'ai le cœur qui tambourine tellement que je l'entends dans mes oreilles, je respire fortement à croire que j'ai couru un marathon et ce n'est pas le cas. Je me fais bousculer par une personne qui reculait, ma pochette tombe au sol et tout s'éparpille à nouveau. Je regarde tout le contenu qui est au sol. Je sens les regards sur moi, je vois flou et mon esprit part à nouveau. Je sens une main sur mon épaule qui me fait sursauter, je me tourne face à la personne en retournant son bras derrière son dos.
"- Aïe !"
Je lâche rapidement le Président en levant ma main.
"- Désolée."
Il se tourne face à moi, sa main autour de son épaule, il me regarde comme si j'étais devenue folle, je vois dans son regard qu'il est mécontent mais laisse paraître une autre face devant les invités. Il se baisse pour ramasser mes affaires et se lève pour me tendre ma pochette, il réduit l'espace entre nous et me chuchote.
"- Rentre, on parlera de ça demain."
Il me pose ma pochette dans la main puis me tourne le dos pour montrer à tout le monde qu'il va bien, je regarde ma pochette puis relève mon regard qui glisse sur la foule et... lui. Il me regarde au loin, attrape un verre qui passe devant lui. Je déteste la façon dont il me regarde. Je fais demi-tour et sors vraiment cette fois, je commande un taxi et attends dehors, le vent caresse ma peau, ce qui me fait frissonner, je frotte mon bras en attendant. Je sens quelque chose qui se pose sur mon épaule, l'odeur de son parfum me fige, je me retourne face à lui.
"- Qu'est-ce que tu me veux !?" je hurle presque, le regard noir rivé sur lui.
Son regard me fixe dans le mien sans qu'il dise un mot, il incline sa tête sur le côté.
"- Je m'attendais à ce que tu me tues vraiment.
- Je suis à deux doigts. Dégage de ma vue !
- Mon Papillon est devenu piquant."
Je déteste qu'il me parle de cette façon.
Je déteste qu'il soit devant moi tout souriant.
Et je déteste la sensation dans ma poitrine en sa présence. Je retire sa veste sur moi et la lui balance dessus, il l'attrape avant qu'elle n'atterrisse au sol.
"- Dégage !
- Tu es vraiment froide." il me fait la remarque.
Comme si je ne l'avais pas remarqué ! C'est fait exprès, enfoiré !
"- Pourquoi devrais-je être autrement ? Tu as gâché ma vie !"
Au même moment le taxi arrive, je vais ouvrir la portière arrière. Il me la claque au nez, il est arrivé à une vitesse près de moi que je ne l'ai pas vu arriver.
"- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je suppose que tu as entendu parler de la sortie d'Ernest.
- Oui et alors ?"
C'est quoi leur problème ? Pourquoi ils pensent tous qu'Ernest a un problème avec moi ? Je ne lui ai rien fait ! En tout cas moi je ne l'ai pas mis en prison même s'il méritait ce qui lui est arrivé, d'ailleurs je ne sais même pas pourquoi il l'est. Et je doute que ce soit pour une violence sur un enfant.
"- Il risque de te rendre une petite visite.
- Je ne pense pas, non. Mais tu risques de recevoir la visite de ma main dans ta gueule si tu ne me laisses pas m'en aller."
Un sourire apparaît sur ses lèvres puis il fait deux pas en arrière en retirant sa main de la porte, je monte dans le taxi sans lui adresser le moindre regard, je claque la portière et me tourne vers le chauffeur qui est tourné vers moi. Je lui donne l'adresse de Trevis et il démarre. Je pose ma tête contre le dossier et lâche un soupir. Je regarde mes mains qui tremblent encore, je les glisse entre mes cuisses comme si cela allait arrêter les tremblements. Je ferme les yeux pour apaiser mon pouls et ma respiration qui ne cessent d'être rapides.
Je devrais le tuer pour avoir réapparu devant moi, je lui avais promis que dès que ce que je ressentais pour lui cesserait, je le tuerais... Mais qu'est-ce que je ressens vraiment là maintenant ? Je n'ai pas cessé d'avoir le cœur et le souffle rapides et ce n'était pas étouffant, c'était tout ce que je ne voulais pas. Et je sais que je ne peux pas lui faire confiance. C'est impossible même. J'en ai marre de réfléchir sans oublier que je suis sûre que demain le Président va resserrer les chaînes autour de ma gorge. Je pose mes coudes sur mes genoux et laisse tomber ma tête sur mes mains qui me couvrent le visage. Tuez-moi, m***e !
La voiture s'arrête violemment, je bascule en avant, je me rattrape sur le siège devant moi, puis lève les yeux. Le chauffeur se tourne vers moi, un regard désolé.
"- Il y avait un piéton devant, excusez-moi."
Je pose les yeux sur le piéton qui s'excuse et part en courant, je m'adosse contre mon siège.
"- Ce n'est rien." je lui réponds.
Je passe ma main dans mes cheveux, soupire de fatigue puis regarde le paysage. Le chauffeur tourne dans un sens qui n'est pas en direction de chez Trevis, je me tourne afin de regarder dans la vitre arrière, puis à gauche et à droite.
"- Je peux savoir pourquoi vous tournez ?
- Il y avait un panneau de déviation."
Un panneau ? Je n'ai pas vu de panneau, d'ailleurs, je ne connais même pas cet endroit. Je commence à examiner la voiture, mon attention est attirée par le certificat du chauffeur puis la photo. Je glisse lentement ma main sous ma robe jusqu'à ma jarretière où j'ai caché mon couteau. Je le sors lentement puis me glisse derrière le siège du chauffeur, je me redresse rapidement et pose la lame contre sa gorge.
"- Tu es qui, toi ?" le questionnai-je.
Il me regarde dans le rétroviseur, son regard se pose par la suite sur la route.
"- Votre chauffeur, Madame.
- Non... Qui t'envoie ? C'est Caleb ?"
Le chauffeur, du moins ce type, ne répond point, il accélère soudainement ce qui me fait tomber en arrière, il tourne rapidement dans un virage, je glisse de l'autre côté. Je me redresse rapidement et tente de le faire dévier de la route en attrapant le volant, il me donne un coup de coude dans le nez, ce qui me fait tomber en arrière. Il tourne à toute vitesse dans une autre direction qui me fait glisser contre la porte opposée. Je me redresse, attrape mon couteau qui m'a échappé des mains, je me redresse et l'enfonce dans son bras. Il hurle de douleur, je le retire et l'enfonce à plusieurs reprises, il crie, trop occupé à voir qu'on a enlevé le couteau. Je me jette sur le volant et le tourne violemment, la voiture fonce et atterrit dans un arbre. Je me fais projeter en avant, je protège ma tête avant d'atterrir sur le tableau de bord.
Mon corps me fait horriblement mal, je me redresse en entendant la porte s'ouvrir, je regarde le chauffeur qui est tombé au sol hors du véhicule, sa main posée contre celui-ci. Il se lève et commence à courir. Je repère une arme sous le siège que je prends, je ne regarde même pas si elle est chargée, je la pointe sur lui et le vise puis appuie sur la gâchette.
PAN !
Il tombe au sol, je descends de la voiture, je masse mon épaule qui a subi le choc de l'accident tout en avançant jusqu'au chauffeur qui tient sa jambe. Je recharge l'arme.
"- Je vais reposer la question... Qui t'a envoyé ?"
Il lève ses mains ensanglantées dans ma direction qui tremblent, ses yeux me regardent de façon terrifiée.
"- I-Il m'a j-juste dit de vous ki-kidnapper." bégaye-t-il.
"- Qui ?
- Je-Je ne connais pas son prénom mais-mais ils l'appellent...'Est'."
Est ? Soit ce type me donne un foutu bobard, soit le nom de ce type en question est... Ernest. p****n.
"- Bien... Alors tu vas aller dire à ce type que s'il veut me kidnapper, il vaudrait mieux trouver quelqu'un de plus compétent.
- O-Ok."
Je m'apprête à lui tourner le dos.
Je suis sûre que c'est de sa faute comme part hasard quand il me trouve dans la même soirée on essaie de me tuer ? Je serre l'arme que j'ai dans la main.Je baisse les yeux dessus puis sûre lui. Rien ne me disais que c'est vraiment Ernest si ça se trouve c'est encore une de ses manipulations. Il me donne envie vomir. Je lève mon arme sur lui, les mains qui tremble mais mon regard qui n'affiche aucune hésitation du moins c'est ce que j'espère.
"- En fait... Je lui dirai moi-même."
Je tire dans sa tête. La pluie se met soudainement à tomber, je lève la tête vers le ciel pour sentir la pluie froide sur mon visage douloureux. Mes yeux tombent sur une caméra.
"- Et... merde."