Je me tiens debout devant la porte du Président, malheureusement je pensais décompresser avant de venir mais cela a plus été une boule de stress. Je pose les yeux sur ma main où il y avait la morsure que m'a procurée Caleb que j'ai recouverte d'un pansement. Je lève ma main prête à toquer, je sens une boule se former à nouveau dans ma gorge...
"- Luna ?"
Je me retourne rapidement, je croise le regard de John qui s'approche de moi le sourire aux lèvres, son sourire s'efface quand il déplace son regard sur les blessures que j'ai eues hier.
"- Comment c'est arrivé ?" il demande paniqué.
Il essaie de toucher mon visage que j'écarte, je prends sa main entre les miennes.
"- Ce n'est rien.
- Rien ? Tu ne reviens jamais blessée de tes missions normalement.
- Ce n'était pas une mission, j'ai eu un accident de voiture.
- Tu t'es fait examiner ?"
Je fixe son regard rempli d'inquiétude, je souris.
"- Je vais bien."
La porte derrière moi s'ouvre brusquement, je me fige en sentant la présence du Président derrière moi. Tel un serpent qui attend le bon moment pour frapper, sa main se pose sur mon épaule, mon corps se tend subitement.
"- Oh. John... On avait prévu de se voir ?" demande le Président.
John fait non de la tête.
"- Je voulais voir ma fille.
- Ah. Vous avez fini... Nous devons parler affaires."
John me regarde puis regarde le Président avant d'hocher la tête.
"- J'ai fini."
John m'adresse un sourire, nous tourne le dos et s'éloigne. Je regarde le dos de John devenir de plus en plus éloigné, je ne sens presque pas l'air passer dans mes poumons, je sens un souffle chaud sur mon oreille :
"- Rentre Luna."
Je sens qu'il s'écarte de moi, je me retourne face à lui, je rentre dans le bureau qui me paraît si sombre. Je me fige soudainement lorsque mon regard tombe sur le chef des interventions que j'ai appelé hier soir et que j'ai payé pas plus tard que ce matin.
"- Installe-toi." il me demande.
Mon corps raide avance comme un playmobil jusqu'au fauteuil, je me laisse pratiquement tomber dessus, la présence du chef d'intervention me glace le sang. J'ai les mains moites, les pas du Président qui se rapprochent résonnent tellement que cela donne une fréquence rythmique cardiaque. Je sens que je transpire.
Le Président s'installe à côté de moi, alors le chef d'intervention se place devant nous, j'enfonce mon ongle dans le dos de ma main.
"- D'après ce que m'a rapporté le chef d'intervention... Tu as eu un accident hier soir ?"
Il est allé balancer cette ordure... Décidément, je ne peux faire confiance à personne dans cette f****e Agence. Qu'est-ce que le Président a contre eux pour qu'ils soient tous des foutus balances hein ?
Je me contente de fixer le chef d'intervention.
"- Oui... Mais ce n'était rien de grave." je réponds simplement.
Je sens les doigts du Président qui caressent mon épaule et remontent doucement sa main jusqu'à mon oreille pour y glisser ma mèche de cheveux. Son geste me dégoûte. Je vais devoir prendre une f****e douche après ça. Il m'écœure tellement. J'avale ma salive qui a un goût amer, je suis tellement tendue que je ne sens même pas le canapé sur lequel je suis assise.
"- Luna... Tu ne comptais pas m'en parler ?
- Si."
Il retourne soudainement ma tête vers lui, il plonge son regard dans le mien, j'ai l'impression d'avoir un truc autour de la gorge.
"- D'après lui... Tu ne comptais pas le faire."
J'enfonce un peu plus mon ongle dans le dos de ma main pour essayer de calmer ma peur et pouvoir bien le fixer dans les yeux pour paraître forte.
"- Je ne vois pas pourquoi ? C'était une attaque personnelle.
- Une attaque personnelle ?" il répète doucement.
Je hoche la tête.
"- Si je vous informais de tous les ennemis qui veulent me tuer on en aurait pour une année." je dis sans flancher.
Le regard du Président se fait plus doux, puis le chef d'intervention ouvre la bouche.
"- Nous sommes aussi censés faire le ménage des caméras."
Mais p****n pourquoi il ne la ferme pas ! Le Président regarde le chef d'intervention qui allume sa tablette prête à la projeter. Le Président s'installe confortablement, alors que j'ai le cœur qui est sur le point de lâcher tout comme tout mon corps, ma raison ne tient plus qu'à un fil.
"- Papillon qui s’est laissée distraire n'a pas vu une caméra ?" il demande mais sa question est plus tournée vers moi.
Je suis f****e, l'ongle s'enfonce dans ma peau jusqu'au sang.
Merde...
Merde...
Je ferme les yeux pour ne pas voir cette fichue vidéo de la caméra de surveillance. J'entends mes battements tellement je suis stressée, je ne sens même plus l'ongle que j'enfonce dans ma main. D'ailleurs je n'entends plus rien du tout, je suis encore dans ce trou noir, où j'ai l'impression que l'air ne passe guère.
"- Mais !" dit soudainement le chef d'intervention qui me sort de mon état second.
J'ouvre les yeux pour voir la panique dans son regard, il lève les yeux sur nous puis les repose sur la tablette, il tape son doigt sur l'écran.
"- Je ne comprends pas." il dit en continuant à taper son doigt dessus.
Le Président commence à s'impatienter, il se penche en avant, ses mains jointes, ses coudes posés sur ses genoux.
"- Alors ?" il questionne le chef d'intervention qui lève son regard sur lui.
Celui-ci baisse les yeux comme une personne coupable.
"- Je ne comprends pas... Il n'y a plus de vidéo."
Je soupire de soulagement, l'air passe enfin dans mes poumons. La caméra n'a sûrement pas filmé.
"- Sûrement parce qu'il n'y en a jamais eu.
- Impossible, Président. J'ai vérifié après avoir fait l'intervention. Il y avait une caméra qui n'a pas été repérée par Papillon."
Il est clairement en train de tout balancer ce c*****d. Le Président s'adosse sur le canapé.
"- Et pourtant tu ne la retrouves pas.
- Je... C'est bizarre."
Le Président soupire.
"- J'en ai assez entendu, dehors.
- Mais...
- J'ai dit—De.hors."
Le chef d'intervention me lance un regard puis quitte le bureau rapidement voyant le regard insistant que lui adresse le Président. Celui-ci passe sa main dans ses cheveux, il se lève pour aller jusqu'à son bureau, il attrape un dossier puis se tourne en le tendant vers moi. Je cesse d'enfoncer l'ongle, je me lève par la suite puis m'approche du Président, j'attrape le document qu'il ne lâche pas.
"- Concernant hier soir...
- Je suis désolée, je n'étais pas dans mon assiette.
- Je sais... J'ai remarqué dans les invités qu'il y avait un nom qui n'y était pas : Caleb Stone. J'ai fait le rapprochement."
Il se penche vers mon oreille.
"- Tout est pardonné." il me murmure.
Il lâche le dossier, je profite pour m'écarter de lui.
"- Merci, Président.
- Ce contrat doit être clôturé avant demain soir. Tu vas pouvoir le faire ?
- Oui.
- Bien." il répond simplement.
Je recule et lui tourne le dos, mes pas s'accélèrent petit à petit à chaque fois que je sens la porte plus proche, j'attrape la poignée...
"- Luna." il m'interpelle à nouveau.
Je prends un grand souffle puis me retourne face à lui.
"- Oui ?
- Je veux toute l'équipe Alpha si j'apprends qu'un seul n'a pas participé... Je les virerai."
Il commence à comprendre mon jeu. Je me contente de répondre d'un hochement de tête et sors rapidement du bureau avant qu'il ne m'interpelle à nouveau. Je colle mon dos contre la porte. Je pensais me faire punir aujourd'hui mais tout s'est bien passé... Enfin... Je crois. Je regarde le dossier dans ma main. Mais j'ai encore une mission dans les mains quand je sors de son bureau. Je me mets à marcher dans le bureau quand le chef d'intervention vient me barrer la route.
"- Tu l'as effacé hein ?" il me demande soudainement.
Je croise mes bras après avoir levé les yeux au ciel.
"- Effacé quoi ?
- La caméra ! J'ai revérifié et il n'y a plus de vidéo.
- Peut-être parce qu'il n'y en a jamais eu."
Je le bouscule pour passer.
"- Impossible ! Toutes les vidéos de la journée ont disparu !"
Je me stoppe.
"- Comment c'est possible qu'il y ait des vidéos de tous les jours sauf de hier comme par hasard ?"
Seulement celles de hier ? Trevis n'a pas accès aux caméras de surveillance ? Si ? Il doit avoir trouvé une façon de régler le problème. Je me tourne face à lui avec un sourire en coin.
"- Peu importe... C'est mieux comme ça non ?"
Je ne le laisse pas répondre et m'éloigne, je cherche Trevis dans toute l'agence, et le trouve enfin dans la salle de tir. Je me rapproche de lui, tapote son épaule et lui fais signe. Il s'arrête de tirer puis enlève le casque de son oreille.
"- Oui, Cheffe ?
- Tu as réussi à effacer la vidéo ?"
Il fronce les sourcils sans comprendre ce que je lui demande.
"- Euh... Non. Tu m'as dit clairement que tu t'en occupais alors je n'ai rien fait."
Donc ce n'est pas lui ? Alors si ce n'est pas lui c'est... L'image du sourire agaçant de Caleb me vient en tête. Je sors rapidement de la salle de tir pour aller dans la salle de recherche, je tape le nom de Caleb dans la barre de recherche mais rien... Je tape Stone son nom du moins j'espère qu'il utilise encore ce nom. L'ordinateur me montre toute les personnes de la famille Stone sauf son visage a lui et a Veronica.
Je tapote mon dos, je cherche dans ma mémoire puis relève la tête, mes doigts se déplace vivement sur le clavier afin de marquer le nom qu'il m'a dit la première fois de notre rencontre: Bailey...Toujours rien. Le Gouvernement ne rate normalement aucune tête ? Je cherche un nom, même un visage qui entoure Caleb, rien... C'est comme s'il était un fantôme. Je sors mon téléphone pour contacter Max. Le téléphone sonne encore... Encore puis...
"- Allô ?
- Où je le trouve ?
- Luna ?" m'interpelle-t-il, surpris de mon appel.
"- Je dois venir te buter ? Ou je le trouve ?" je lui repose clairement la question.
Il reste silencieux pendant plusieurs secondes puis finit par me dire :
"- J'en sais rien... Il doit être par-ci et par-là. Si je dois me rappeler... Il est en route pour aller voir Véronica à l'hôpital.
- Quel hôpital ?
- Willem Cops."
Je raccroche et enfouis le téléphone dans ma poche. Je vais chercher les clés de moto dans la réserve, me précipite dans le garage, monte sur la moto et démarre. Je roule à toute vitesse jusqu'à l'hôpital Willem Cops.Je slalome entre plusieurs voitures lorsque je remarque, à travers ma visière, un cortège de véhicules noirs quelques mètres avant l'hôpital : une voiture à gauche, une à droite, une devant, une derrière, toutes protégeant celle du milieu. Il n'y a plus aucun doute pour moi… c'est lui.
Je lève les yeux vers l'enseigne de l'hôpital Willem Cops qui se rapproche. J'accélère pour les dépasser à toute vitesse, puis freine brusquement, la roue arrière se décollant légèrement du sol. Je stoppe la moto directement devant la voiture. Après avoir coupé le moteur, j'enlève le casque et me place face à elle.
La voiture s'arrête à un mètre de moi. Face à la précipitation de son freinage, elle bloque tout le cortège derrière elle. Le chauffeur descend, et tous les hommes des véhicules alentours sortent, pointant leurs armes sur moi. Les passants nous regardent et s'écartent. Je m'avance sans craindre leurs armes : que je meure maintenant ou plus tard ne change rien.
"- Baissez vos armes." ordonne Rayan.
Je m'arrête lorsque je vois tous les hommes baisser leurs armes. La portière arrière de la voiture du centre s'ouvre, Caleb en descend, un manteau posé sur son épaule, chaque pas qu'il fait dans ma direction me montre qu'il n'est plus un petit chef de pègre, il vient me dominer de toute sa grandeur avec ce sourire qui m'énerve...